Coeur, à la buée
L'enfant : Vous êtes condamnés à sans cesse gribouiller dans des carnets obscurs des rêves innommables mais que vous vous bornez à classer.
La foule : Nous écrivons pour laisser trace des rêves de l'humanité.
L'enfant : Laisser trace pour qui?
La foule : Pour nous et ceux d'après, pour nous.
L'enfant : Vous ne laisserez donc que des miroirs, alors que vous auriez pu plus facilement laisser le ciel en état.
La foule : En état de quoi? Le ciel c'est le ciel, c'est là-haut et ça se tait.
L'enfant : En état de respirer, maintenant il tousse et vous emporte.
La foule : Non, ça c'est la colère des Hommes.
L'enfant : Les Hommes ont un regard solitaire et froid, pendant quelques temps, ils n'ont fait qu'observer le ciel, sans voir la terre leur bouffer les pieds, depuis il ne fixe que la terre, un fusil à la main et une grenade dans la poche, pour dominer en marchant droit, tandis que le ciel, tranquille, à tout le temps de faire crever ses fleurs, quelque chose comme l'effet de serre.
La foule : Peut-être, mais nous gardons les yeux ouverts.
L'enfant : Je préfère être aveugle face au décalage.
La foule : Quel décalage?
L'enfant : Le décalage entre la nature d'un Homme et sa définition dans le dictionnaire ou dans les archives, dans les sondages, dans les bulletins, dans les banquets, dans le ventre tué d'alcool de la fille venant de perdre ses parents, elle ne pleure pas, elle se dit
" Tristesse "
puis
" Repartir"
enfin
" Deux places de moins" ,
c'est cette nuance entre le chiffrage systématique des êtres humains et la réelle valeur du chiffre qui n'est qu'une information, qu'un détail statistique, qu'une invention, il faut voir que ça n'a pas d'intérêt d'en accorder aux données et aux appréciations mais qu'il faut simplement faire battre les sourires, faire se serrer les mains, faire couler les paupières, faire approcher les corps, faire fusionner les frissons,
il faut faire pour rêver,
ne plus crier mais écouter son cri, ne plus rire mais l'admirer, ne plus errer mais vivre, passer du bon côté de la vie.
La foule : On le sait que la vie a des bons côtés, et je ne vois pas de décalage entre toi par exemple qui est un enfant et.../
L'enfant : Le décalage c'est justement que tu me vois avant tout comme un enfant et non plus comme une émotion.
***************************************************************************
***************************************************************************
(Frise astrale et symbolique censée représenter le chemin restant)
Après ça, la foule dit à l'enfant d'aller plus loin et qu'il était ennuyeux, qu'il ne s'intéressait à rien, qu'il était de la souffrance, la foule reprit son chemin et écrasa brutalement les crayons de couleur de l'enfant laissant au passage une traînée irisée et éclatée aux faux airs de monde,
Lumière brisée :
l'ampoule qui se casse sous la note des hurlements du torturé juif de 43 ou de l'oublié musulman de 63, ou de l'oublié musulman de maintenant, ou de l'oublié bouddhiste de maintenant, ou de l'oublié affamé au nord du matin calme, ou de l'oublié nègre et esclave de toujours, ou de l'oublié "je ne sais plus si je dois croire" de demain + trois quart.
L'enfant resta dans son coin, pensa que la tendresse était encore loin, lu avec un léger rictus un petit livre rouge qu'il balança dans un Grand Bond en Avant, compris qu'il était le seul à émergé ainsi et se rassura un peu dans l'hiver, en ouvrant la bouche et en la collant avec tout son coeur contre la vitre...
contre le semblant de vitre grillagé qui surplombe la porte insurmontable
(ça sonne insubmersible, vous me remettrez deux glaçons aux fonds du concerto de violons en zone Arctique)
de la cellule trente et une de l'hôpital psychiatrique pour mineurs des Deux Aigles à Cologne D.C.
Tangue eau.
La foule : Nous écrivons pour laisser trace des rêves de l'humanité.
L'enfant : Laisser trace pour qui?
La foule : Pour nous et ceux d'après, pour nous.
L'enfant : Vous ne laisserez donc que des miroirs, alors que vous auriez pu plus facilement laisser le ciel en état.
La foule : En état de quoi? Le ciel c'est le ciel, c'est là-haut et ça se tait.
L'enfant : En état de respirer, maintenant il tousse et vous emporte.
La foule : Non, ça c'est la colère des Hommes.
L'enfant : Les Hommes ont un regard solitaire et froid, pendant quelques temps, ils n'ont fait qu'observer le ciel, sans voir la terre leur bouffer les pieds, depuis il ne fixe que la terre, un fusil à la main et une grenade dans la poche, pour dominer en marchant droit, tandis que le ciel, tranquille, à tout le temps de faire crever ses fleurs, quelque chose comme l'effet de serre.
La foule : Peut-être, mais nous gardons les yeux ouverts.
L'enfant : Je préfère être aveugle face au décalage.
La foule : Quel décalage?
L'enfant : Le décalage entre la nature d'un Homme et sa définition dans le dictionnaire ou dans les archives, dans les sondages, dans les bulletins, dans les banquets, dans le ventre tué d'alcool de la fille venant de perdre ses parents, elle ne pleure pas, elle se dit
" Tristesse "
puis
" Repartir"
enfin
" Deux places de moins" ,
c'est cette nuance entre le chiffrage systématique des êtres humains et la réelle valeur du chiffre qui n'est qu'une information, qu'un détail statistique, qu'une invention, il faut voir que ça n'a pas d'intérêt d'en accorder aux données et aux appréciations mais qu'il faut simplement faire battre les sourires, faire se serrer les mains, faire couler les paupières, faire approcher les corps, faire fusionner les frissons,
il faut faire pour rêver,
ne plus crier mais écouter son cri, ne plus rire mais l'admirer, ne plus errer mais vivre, passer du bon côté de la vie.
La foule : On le sait que la vie a des bons côtés, et je ne vois pas de décalage entre toi par exemple qui est un enfant et.../
L'enfant : Le décalage c'est justement que tu me vois avant tout comme un enfant et non plus comme une émotion.
***************************************************************************
***************************************************************************
(Frise astrale et symbolique censée représenter le chemin restant)
Après ça, la foule dit à l'enfant d'aller plus loin et qu'il était ennuyeux, qu'il ne s'intéressait à rien, qu'il était de la souffrance, la foule reprit son chemin et écrasa brutalement les crayons de couleur de l'enfant laissant au passage une traînée irisée et éclatée aux faux airs de monde,
Lumière brisée :
l'ampoule qui se casse sous la note des hurlements du torturé juif de 43 ou de l'oublié musulman de 63, ou de l'oublié musulman de maintenant, ou de l'oublié bouddhiste de maintenant, ou de l'oublié affamé au nord du matin calme, ou de l'oublié nègre et esclave de toujours, ou de l'oublié "je ne sais plus si je dois croire" de demain + trois quart.
L'enfant resta dans son coin, pensa que la tendresse était encore loin, lu avec un léger rictus un petit livre rouge qu'il balança dans un Grand Bond en Avant, compris qu'il était le seul à émergé ainsi et se rassura un peu dans l'hiver, en ouvrant la bouche et en la collant avec tout son coeur contre la vitre...
contre le semblant de vitre grillagé qui surplombe la porte insurmontable
(ça sonne insubmersible, vous me remettrez deux glaçons aux fonds du concerto de violons en zone Arctique)
de la cellule trente et une de l'hôpital psychiatrique pour mineurs des Deux Aigles à Cologne D.C.
Tangue eau.

1 Comments:
soufflée
Enregistrer un commentaire
<< Home