lundi, septembre 25, 2006

Un deuil d'été

Chapitre moins un :

En ce matin clair qui me prend par surprise, je laisse ricocher ma pensée.
Et cette même pensée s'incarne dans mes derniers mots qui ne furent pas des paroles ou des souffles mais bel et bien de l'encre sur ce papier aussi froid que ma peau.

Je crois que la mort ne va pas tarder à oeuvrer, en me saisissant dans un trait étrange, comme la lame de la guillotine s'abattant sur la nuque du condamné mais ne parvenant pas à sectionner entièrement les artères de sa respiration.

C'est bien de cette idée dont il est question, celle d'une mort échouée, qui se répète pour s'obtenir pareil à ses coups successifs sur le cou d'un coq étourdi mais vivant.

Moi-même j'ai été un coq étourdi mais vivant et pour savoir qui tenait la masse fendant mes os il va falloir rester pendant que je pars.

Avant toute chose il convient de ne pas sanctifier la mort, elle n'est qu'un exercice, qu'une façon de soumettre l'envie de s'en aller de la cruauté naturelle. Trop de personnes la jugent comme un ennemi caché et infaillible, comme un chose effrayante et qui ne doit pas être émise dans la vie, mais la mort est en nous. Elle nous conditionne et nous fait avancer pour qu'on oublie de la nommer et petit à petit au gré des instants elle surgit, balayant un proche ou un homme célèbre quand ce n'est pas plusieurs milliers d'entre nous qui partons dans des eaux énervées.

Il ne faut pas la tenir à l'écart mais savoir l'apprécier voilà ce que j'ai retiré de mon séjour dans cet asile de gens biens.

Premier mercredi de mai, le soleil baignait les invités, j'étais venu là pour finir ma nuit après une soirée arrosée, on m'avait dit qu'il n'y avait pas plus grand plaisir que d'être titubant au milieu de puritains inconnus.
J'avais donc décidé de me rendre à cette réception dans ce somptueux jardin orné d'imbéciles imbus de leur réussite personnelle, je m'y étais rendu grâce au "passeport" de mon ami Ruse.

"Résonnait les éclats d'un enclos aux dorures factices"

J'ai gardé de mon père une haine quasi mystique pour la bourgeoisie à l'ancienne

...ce récit n'est pas le mien...

Les ouvertures de l'église renvoyaient des éclairs aveuglants, j'attendais les bras croisés derrière le type les bras en croix que la foule sorte pour que je puisse rentrer et entretenir la saleté des autres.
Je détestais ces journées postées dans l'embrasure, à attendre que des couples se jurent fidélité en s'embrassant avant de ne plus vouloir s'embrasser cinq ans après, parce qu'il aura pris du poids, parce qu'il se sera établi, et qu'il aura oublié le suspense.
Cependant, j'adorais le délicieux instant durant lequel le silence prenait place après la fuite des hôtes, c'était comme redécouvrir un paradis, certes ce paradis puait le marketing religieux à des kilomètres mais tout de même il restait quelque chose d'infiniment profond dans cet endroit.