Extrait réaliste : Volutes maternelles
Ce matin je me suis levé tard, vers 12h30.
Ma mère était déjà là depuis une bonne dizaine de minutes, elle avait du m'attendre en fumant sa clope.
Je suis descendu et à l'instant où j'arrivais en bas, mon père casque sur la tête et blouson sur les épaules ouvrit la porte avec sa bonhomie naturelle.
J'entendis passer un bonjour et je lui renvoya dans un filet de voix inaudible, filet de voix que je réserve aux personnes qui m'ennuient gravement.
Après un passage par la case W-C et une relecture encore une fois les yeux fermés ou plutôt sans lire d'un magazine de cinéma sans opinion baignant dans cette antichambre nutritionnelle depuis deux mois ou plus, après cette libération donc et un appel bruyant du père qui avait une "envie pressante", je découvris enfin mon visage dans la glace usée de ma salle de bain, ce visage avait perdu ses marques et n'apparaissait plus comme une belle cicatrice inexpressive.
J'étais redevenu jeune le matin.
Pendant que nous mangions, les regards s'échappèrent, comme distraits par une amertume inconnue, mon père, le ventre nu, mastiquait non sans bruit un menu particulier fait de betteraves et de piémontaise tandis que ma mère, l'oeil dans la haine silencieuse, mangeait lentement et précieusement une part de quiche de la veille, au milieu de ce concert des mâchoires il y avait quelque chose.
Un silence, et de ce silence surnageait une autre chose : la perdition
En effet, devant le portrait de ses parents étrangers l'un pour l'autre, ne parlant que par reproches et regrets, je restais là, à me demander par quelles étapes étaient ils passés pour en arriver jusque là, à être des animaux de tristesse, je me demandais si l'amour avait vraiment existé entre eux ou si j'étais le seul à aimer vraiment malgré l'apparente immatérialité de mon histoire.
Pour clore ce repas, après que les visages furent figés une dernière fois dans une pause mélancolique, arrachée au fin fond des iris démotivés, une larme vint saisir l'embrasure des beaux yeux de ma mère, et dans ses pleurs l'envie de s'échapper avec la fumée de la nouvelle clope embrassant ses lèvres.
Ma mère était déjà là depuis une bonne dizaine de minutes, elle avait du m'attendre en fumant sa clope.
Je suis descendu et à l'instant où j'arrivais en bas, mon père casque sur la tête et blouson sur les épaules ouvrit la porte avec sa bonhomie naturelle.
J'entendis passer un bonjour et je lui renvoya dans un filet de voix inaudible, filet de voix que je réserve aux personnes qui m'ennuient gravement.
Après un passage par la case W-C et une relecture encore une fois les yeux fermés ou plutôt sans lire d'un magazine de cinéma sans opinion baignant dans cette antichambre nutritionnelle depuis deux mois ou plus, après cette libération donc et un appel bruyant du père qui avait une "envie pressante", je découvris enfin mon visage dans la glace usée de ma salle de bain, ce visage avait perdu ses marques et n'apparaissait plus comme une belle cicatrice inexpressive.
J'étais redevenu jeune le matin.
Pendant que nous mangions, les regards s'échappèrent, comme distraits par une amertume inconnue, mon père, le ventre nu, mastiquait non sans bruit un menu particulier fait de betteraves et de piémontaise tandis que ma mère, l'oeil dans la haine silencieuse, mangeait lentement et précieusement une part de quiche de la veille, au milieu de ce concert des mâchoires il y avait quelque chose.
Un silence, et de ce silence surnageait une autre chose : la perdition
En effet, devant le portrait de ses parents étrangers l'un pour l'autre, ne parlant que par reproches et regrets, je restais là, à me demander par quelles étapes étaient ils passés pour en arriver jusque là, à être des animaux de tristesse, je me demandais si l'amour avait vraiment existé entre eux ou si j'étais le seul à aimer vraiment malgré l'apparente immatérialité de mon histoire.
Pour clore ce repas, après que les visages furent figés une dernière fois dans une pause mélancolique, arrachée au fin fond des iris démotivés, une larme vint saisir l'embrasure des beaux yeux de ma mère, et dans ses pleurs l'envie de s'échapper avec la fumée de la nouvelle clope embrassant ses lèvres.

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