mardi, septembre 05, 2006

Du sang sur le cuir : Fragment 1

La rue charriait son lot de passants troubles.
Deux trois réverbères offraient de quoi voir au devant mais pas sous nos pas.
J'étais rentré trop tôt dans cette soirée, du fond de ma bière sans intérêt, je me laissais aller, vide. Assis dans l'herbe, j'observais la foule qui s'agitait, les jupes qui flottaient, les pupilles des garçons qui éclataient sous la sensualité estivale et ma propre blessure vis à vis de mon incapacité à me fondre dans ce peuple. Face à moi, la large baie vitrée était comme peinte par la consommation dormant à l'intérieur, elle ressemblait à une grande affiche publicitaire où se bousculaient toutes sortes d'alcools et de déstresseurs en tout genre.
Je saisissais à peine les sons à l'origine de leurs déhanchés.

Je détestais ces soirées en fait, mais j'y allais toujours, comme pour me dire que je reste un jeune comme les autres, habile à l'enivrement et aux relations jetables.
Chaque samedi, je me retrouvais là, dans ce jardin, parfois quelques personnes qui semblaient m'apprécier pour mon décalage venaient m'adresser la parole quand ce n'étaient pas des inconnus éclairés qui crachaient leur pitié alcoolisée à coups de : " Ben alors on est tout seul, on est tout triste."

D'après eux, la solitude a à voir avec la tristesse alors que je la vois plus comme une préparation pour la suite comme un noyé qui s'entraîne à mourir en sachant qu'il remontera toujours, c'était ma façon de vivre.

Néanmoins, il n'y avait pas que le plaisir pervers d'analyser une jeunesse inconsciente qui me tenait éveillé dans ces évènements, il y avait aussi suivant un ordre plus ou moins établi des apparitions esthétiques.
Il y avait toujours une fille qui se détachait par une ondulation inhabituelle, un état inédit que je remarquais bien vite, comme si mon cerveau fut doué d'un sonar repérant les âmes libres.