mercredi, août 23, 2006

Gravophone : Le piano joue les syllabes

Sur la grève, Jules se souffle dans les mains, ses jointures ont blanchies...

Il repense à Shirley Temple, à ces enfants star, il repense à ces enfants dans la mine, entrouvrant les paupières, il aperçoit les vagues de cristaux de brise, il se lève en s'appuyant un peu, décide de reprendre son fusil et de traverser l'herbe...

Derry, quelque part dans les guerres d'Irlande, on peint les portes, on les peint pour cacher qu'elles pourrissent, bientôt on peindra les corps, une canne blanche à la main, une jolie femme erre en la faisant valser dans les rues inondées de la veille qui abritent de bonnes flaques reflétant son anachronisme, elle crache par terre...

Tranquillement, allongé, la tête contre l'avenue glaciale, Viktor voit la ville défiler, ces centaines de centaines portant des drapeaux agitées, à la criée, ils imposent la foule, ici on l'appelle Vik', ce fut celui qui osa à contre-courant mouillé son tee-shirt dans l'éthanol pour ensuite faire frotter la bouteille contre le trottoir pour la lancer contre les formes bleues rue Oberkampf...

En noir et blanc, le flou dégoulinant des chanteurs des autres années emplissant leurs cornées où on peut lire "American Way of Lie", mes couteaux typiques couleur mazout ricochent dans la plaine, ce sont les corbeaux tumultueux, ceux qui ont fait fondre Vincent et qui ont justifiés le verre des cabines téléphoniques...

Des épines sur le bras, on aurait dit des seringues de nos jours, levé, il danse autour des fontaines, on aurait dit évier loin des nuits, je l'ai même vu une fois rouler simultanément à la lame qui s'émousse, scalpé, tenant le cuir chevelu d'une génération dans ma main tournée, il écoute, le son des gouttes de sang coulant des cheveux jusqu'au parquet précipice, il sent, l'odeur douce de cuivre de son passé d'esclaves, il le lâche, la dépouille glisse à nos pieds, terrifiante masse humide de jais et d'opale, elle a tracé dans son parcours un point d'exclamation gigotant dans nos dents, c'est la gencive blessée, celle qui nous fait faire des mares obscurcies dans des trous exotiques...

S'accrochant à la pente douce, les immeubles en lin frissonnent, froissée, dans les restes de Dresde, on entend lentement, transportée de la cathédrale aux asiles agonisants en passants par les vides roulottes, la mélodie vit, décrochant les mâchoires sonores des laborantins restés sur place des coeurs irradiés couchés dans leurs paumes de cellophane, une très médiocre compagnie que l'estime dans ces langueurs stones...

Une note, le rappel de la capitale, Brazzaville, centre névralgique en plexiglas et lignes boueuses crées selon les livres, selon les figures et les pirouettes de la rouille et de l'amie septicémie, sous leurs ongles marrons une peau souple et noble, de la terre, ils n'auront pas à suivre les guérillas, ils ont été adoptés(vendus) à des gentils parents blancs français qui les aimeront plus que tout(à des ordures en mal d'amour et de jeunesse halée), ils ne sauront jamais qu'un matin ils ont planté une cuillère dans la gorge d'un camarade par voie de favelas, il faut bien qu'ils partent, maman est tremblante, elle a de la came plein les os, du blanc plein les narines obstruant les parfums méticuleux des excréments de pauvres...

Pareille à ces presque grands-mères, plantées sur la plage, attendant de cueillir la fougue des nègres pour quelques pièces et un verre d'eau...

Légère surbrillance, l'Europe effleurée, au passage, les automnes bougent, c'est une vision de l'esprit, un court strabisme s'est arrimé sur moi, l'oeil ne voit que du ciel, n'examine plus les caractères nocturnes bouffant nos papiers, je viens d'éclore en perdant la vue de moitié...

A droite, soigneusement déposé près des pans de C4 dormant sous les pouponnières nord-coréennes, dans les mains translucides serrant les poteaux télégraphiques dessinant des signes dans les ondes radio, l'air survit dans ses mains...