Du sang sur le cuir : Fragment 2
Ce soir là l'âme libre s'appelait Meredith, défoncée, elle s'assit à côté de moi dans un hasard intéressant.
Ses jambes presque nues dans l'herbe me rendirent euphorique, par désir glacial je lui adressai le bonsoir elle me répondit que le bonjour conviendrait mieux compte tenu de l'état avancé de l'aube, cette réponse m'indiqua que son degré de dévastation n'était pas si avancé, certes, elle avait les iris criblés d'étoiles, mais elles restaient en place, cela voulait donc dire qu'elle me voyait, il fallait que je fasse vite.
Au jardin d'enfant, j'avais toujours été considéré comme un prodige gâché, comme un cerveau mal exploité, pourtant au fond je savais quels jeux régnaient, pendant tout ce temps où les autres me pensaient fou, pendant tout ce temps j'établissais les trois règles d'une simplicité déroutante pour un assassinat propre et invisible et parce que je n'ai plus beaucoup de temps, parce qu'elle est partie chercher une veste avant de partir avec moi à l'autre bout du jardin, et parce qu'il faut que je laisse une trace, je vais donc vous les détailler immédiatement :
La toute première règle est simple, ne surtout pas toucher au cadavre, même si c'est pour ensuite le balancer dans le fracas louche d'une rivière ou dans le dispendieux délire d'un lac, il ne faut pas toucher au cadavre donc car c'est l'oeuvre, le point mystique, il faut laisser vivre la mort dessus, observer la tiédeur morbide l'emporter sur le fraîcheur infantile, regarder avec attention les réactions des pionniers de cette découverte macabre orchestrée avec délice, voir tranquillement les comportements shakespeariens s'opérer comme si chacun voulait pour lui la meilleure expression de l'effroi face à cette silhouette vide.
La deuxième règle est d'un autre genre, elle implique qu'il faille être amoureux intensément de la personne supprimée, il faut en effet que l'on soit sous les scandales aphrodisiaques les plus brûlants possible pour que l'on soit capable d'ôter le souffle idiot et morne de l'existence contenu dans le parme des bouches sèches des adolescentes actuelles, il n'y a en effet que le décret implacable du coeur pour mater le tressaillement accompagnant l'imagination de l'acte meurtrier, la haine n'a rien à voir là-dedans, tout est amour on vous a dit, quoi de plus proche de l'homicide qu'un baiser kidnappé, quoi de plus frère à l'extinction que de laisser filer ses lèvres fiévreuses sur le contour doré et lourd d'une alvéole ou d'un nombril brisé par les saccades abdominales qu'offrent l'haletante respiration de la flore possédée, enfin quoi de plus limpide que de joindre les derniers sacrements à cette prestation tonique et tropicalisante, dressant des nappes hydrophiles sur les longues mosaïques des pores bouleversés, il faut donc aimer pour tuer, je dirais même plus qu'il faut vraiment aimer pour tuer, aimer au point d'être prêt à mourir de l'absence de l'autre, aimer quitte à se perdre en perdant la victime coupable de vous avoir suivie.
J'exposerai la troisième règle après voilà qu'elle revient.
Ses jambes presque nues dans l'herbe me rendirent euphorique, par désir glacial je lui adressai le bonsoir elle me répondit que le bonjour conviendrait mieux compte tenu de l'état avancé de l'aube, cette réponse m'indiqua que son degré de dévastation n'était pas si avancé, certes, elle avait les iris criblés d'étoiles, mais elles restaient en place, cela voulait donc dire qu'elle me voyait, il fallait que je fasse vite.
Au jardin d'enfant, j'avais toujours été considéré comme un prodige gâché, comme un cerveau mal exploité, pourtant au fond je savais quels jeux régnaient, pendant tout ce temps où les autres me pensaient fou, pendant tout ce temps j'établissais les trois règles d'une simplicité déroutante pour un assassinat propre et invisible et parce que je n'ai plus beaucoup de temps, parce qu'elle est partie chercher une veste avant de partir avec moi à l'autre bout du jardin, et parce qu'il faut que je laisse une trace, je vais donc vous les détailler immédiatement :
La toute première règle est simple, ne surtout pas toucher au cadavre, même si c'est pour ensuite le balancer dans le fracas louche d'une rivière ou dans le dispendieux délire d'un lac, il ne faut pas toucher au cadavre donc car c'est l'oeuvre, le point mystique, il faut laisser vivre la mort dessus, observer la tiédeur morbide l'emporter sur le fraîcheur infantile, regarder avec attention les réactions des pionniers de cette découverte macabre orchestrée avec délice, voir tranquillement les comportements shakespeariens s'opérer comme si chacun voulait pour lui la meilleure expression de l'effroi face à cette silhouette vide.
La deuxième règle est d'un autre genre, elle implique qu'il faille être amoureux intensément de la personne supprimée, il faut en effet que l'on soit sous les scandales aphrodisiaques les plus brûlants possible pour que l'on soit capable d'ôter le souffle idiot et morne de l'existence contenu dans le parme des bouches sèches des adolescentes actuelles, il n'y a en effet que le décret implacable du coeur pour mater le tressaillement accompagnant l'imagination de l'acte meurtrier, la haine n'a rien à voir là-dedans, tout est amour on vous a dit, quoi de plus proche de l'homicide qu'un baiser kidnappé, quoi de plus frère à l'extinction que de laisser filer ses lèvres fiévreuses sur le contour doré et lourd d'une alvéole ou d'un nombril brisé par les saccades abdominales qu'offrent l'haletante respiration de la flore possédée, enfin quoi de plus limpide que de joindre les derniers sacrements à cette prestation tonique et tropicalisante, dressant des nappes hydrophiles sur les longues mosaïques des pores bouleversés, il faut donc aimer pour tuer, je dirais même plus qu'il faut vraiment aimer pour tuer, aimer au point d'être prêt à mourir de l'absence de l'autre, aimer quitte à se perdre en perdant la victime coupable de vous avoir suivie.
J'exposerai la troisième règle après voilà qu'elle revient.

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