mardi, septembre 05, 2006

Du sang sur le cuir : Fragment 3

En chemin, passant les barrières et les lignes de corps hallucinants, je m'arrime sur la double galaxie rétinienne qu'abrite la belle Meredith, j'examine non sans plaisir, l'infinie abîme bleue noire couvée par ses petites paupières, ses bras désarticulés, sa pâleur arrachée à un ciel d'octobre, ses jambes toujours plus nues, latitudes immorales sur le planisphère de mes envies cruelles, son cou léger, fixé sans doute par un architecte de l'anatomie funambule à ses heures, sa dérangeante chevelure nordique s'achevant là où tiennent les reins, là où tiennent mes mains désormais, je la savais blonde, voilà que la nuit me la donne sous un autre jour, jais à reflets méthylènes, est-ce là un essai de la jeunesse peroxyde ou une infime cassure dans le prisme naturel des couleurs, je ne le saurais jamais, ce que je sais c'est que je tremble, extatique.

Nous arrivons enfin, franchissant l'ultime coin illuminé de la bourgade d'Anavenin, dans la fosse du reste de la ville, l'aurore commence déjà à poindre, l'éblouissement matinal gagne peu à peu le sombre quotidien des boîtes aux lettres, c'est à ce moment que ma pupille conseille à mon bulbe électrique d'user de la parole pour faire rentrer l'arctique Meredith dans l'Aston Martin désaffectée, mais au cuir beige et filandreux intact, pour qu'elle puisse y écrire son dernier article(celui de sa mort of course).

J'ai fondu sur elle, semblable aux déchirures océaniques, je me sens noyé dans ses plis stricts et insensés, je me sens perle au coeur du fruit marin de ma reine glacée, enthousiasmante, mes tendons crissent au fur et à mesure que l'évasion progresse, la grise rosée a atteint les vitres ridicules du véhicule, ridicules face à nos exploits, je nous imagine contorsionnistes immenses dans une minuscule boîte de fer et de verre, nous débattant dans nos ébats en attendant l'asphyxie, le clou du spectacle plantée entre la vertèbre vingt et vingt-quatre, soit nos années.

L'éclair pénétrant du matin m'aveugla momentanément, cette cécité à courte durée me fit voir un signe malsain, alors que je décidais de me distraire d'elle pour accomplir ma tâche sanglante elle me demanda doucement, avec préméditation, de rester là pour toujours.
C'est ainsi que mes études me revinrent en pleine figure.

Péniblement, je rassemble le peu de perversion qu'il me reste pour vous souffler la troisième règle :

Ne jamais tomber sur quelqu'un qui vous aime encore plus que vous, sous peine de mort.