Tu ressembles à...tristesse
Possible que du top départ " la naissance " au passage de la ligne blanche sur le tiroir de bois " la mort ", on ne soit fait que de ça. Je vous vois tous, entrouvrant vos petits yeux noirs, ne vous en faites pas je vais vous expliquer du début jusqu'à la fin et ça ne sera pas très long, à peine plus long qu'une prière et vous n'avez pas à vous agenouiller. Donc. Quelques explications s'imposent. Tout d'abord pourquoi ce " Tu ressembles à...tristesse " ? La suite des opérations nécessitent un flashback détaillé.
Cage capiteuse, coussins bleus mouchetés de vert, la lourdeur. Quatre stations de silence à essayer de comprendre, à quoi bon le silence. Je reprends ma route et je me sens gris comme trop souvent. Me voilà sur un quai, désert à part le violon titubant dans les mains d'un chauve; comment ce chauve était arrivé jusque là, par quelles galères et quelles femmes; en fait je pense à rien, mon coeur est aussi pesant que l'air. Ce malaise s'arrache de par mes pupilles bleues, tout est bleu et absolument atroce. Quitte à guetter la solitude. On m'a laissé tomber et je suis cassé par dizaines de morceaux sur la grande allée liserant ma campagne. Campagne sponsor officiel des averses. Campagne pluvieuse, campagne humide ce qui la rend encore plus sèche.
Je fais des rêves, beaucoup de rêves, trop de rêves. Ce sont des rêves simples et je l'avoue assez bas, connaître un peu l'amour et le luxe et surtout et ça tourne souvent autour de ça, être reconnu. J'ai déjà imaginé mille moyens pour parvenir à ces fins brillantes, cela va d'un bon roman sur la détresse à l'invention d'un système qui ferait fonctionner la chasse d'eau en même temps que l'on rabat la cuvette des toilettes, avouez que c'est une bonne idée, encore faut-il que l'on prenne la peine de rabattre la cuvette mais c'est une autre histoire. L'autre histoire, celle du commencement continue d'injecter son parfum nègre dans ma cage thoracique. Je me sens, ma poitrine bat et pourtant je n'aperçois rien d'autre que des fossoyeurs blonds me tendant la main. Et j'ai tant besoin d'une main.
Cela paraît triste. Ce matin, j'ai effectué mon habituel trajet de la gare à l'université, le dernier chaînon de ce voyage non voyage prend les plis d'acier d'un escalator, j'étais quasiment seul dessus et il était très lent et je voyais son bout et je voyais ces marches mécaniques s'abattre et se faire avaler comme une mer désespérée. Je me suis exactement dit : " Quelle tristesse ! " et ça l'était. Il existe bien des fourmilières de choses qui paraissent inanimées mais qui sont tout bonnement mortes et agissent par réflexes post-mortem. Les caissières en font parti et j'en fais sans doute parti, malgré moi, sans m'en rendre compte quand je marche et que j'essuie les regards de ceux qui ne m'avaient jamais remarqué, qui ne s'étaient jamais fait remarqué, que je n'avais pas encore osé imaginer, c'est normal. On a beau dire : " Une journée comme les autres " on ment profondément, on fait abstraction par peur d'être incompris de tous les visages creusés des vieux, de toutes les sucettes sucées des enfants, de tous les derrières des femmes et de tous leurs yeux merveilleux, de tous les gens qui se sont imprimés inconsciemment dans votre champ de vision et une nuit peut-être dans trois mois vous rêverez de celui-ci ou celui-là et en vous réveillant vous vous direz des étoiles crevées sur la tête " J'ai rêvé d'inconnu " et c'était bien le cas.
Je ne sais pas où m'amène ce texte à part vers une mélancolie en fil rouge. Je ne sais pas, je suis debout, je me tais, je pense mais ça n'a plus de saveur, je n'ai plus d'orgueil, je suis juste amer. Je sais que dehors tonne un soleil aux asiles bleus, je sais qu'en faisant un effort et après quelques cinémas et discussions sur tout et rien et particulièrement la littérature américaine je pourrais cueillir une fille, par les lèvres, mais je n'en ai pas tellement envie, j'ai les yeux ouverts grand ouverts sur la civilisation mais ils sont blancs du moins je les vois blancs dans ma tête vu qu'il ne reflète plus rien. Des reflets apparaissent sur les cailloux noirs, pas sur les aubes blanches, parce que le blanc est déjà un reflet. Je voudrais lancer des galets sur l'aquarelle mais je sais que les ricochets me déchireront les oreilles. J'ai des espoirs en la musique, comme en le paysage jaune des fenêtres de trains, tu auras peur si tu me suis, tu auras peur et je te bousculerai et tu t'effondreras sur le carrelage. C'est indescriptible.
Il m'est impossible de former parfaitement ce qui me traverse mais ce n'est pas beau à voir. J'ai un cerveau et de l'encre mais je ne peux pas écrire convenablement, complètement ce qu'il y a. Ou ce qu'il reste. Je suis un danseur dont on a coupé les pieds pendant qu'il dormait. Et c'est ça l'existence en tout cas ce soir, c'est " Tu ressembles à ... tristesse " ou un vers que j'ai composé tout à l'heure, un vers pas trop mauvais il me semble, un vers dont j'ai le début et la fin mais dont le milieu trébuche dans une triple ponctuation, ce milieu, ce coeur crémeux qui en donne le sens, tout son grain. Ce vers aurait très bien pu me faire planer pendant des semaines ou me révéler à moi-même mieux qu'un somnifère, ou il aurait très bien pu me faire sourire jusqu'à ce que le jour se taise.
Au fond, je n'écris que des sourires, sourires imaginaires, sourires durs, sourires parfaits, sourires d'une autre vie, pas meilleure ni pire, une autre c'est tout. C'est inachevé, ça a une peau de larmes grasses et de migraines, ça a une peau bouffée par l'apaisement des sunlights se diffusant dans le canal, ça a ma peau. Je suis un costume de corps et je viens à peine de finir mon pantalon, j'attaque la chemise pour cacher mes os, mes organes minables, quand j'aurais terminé mon trente et un dans l'ultime fibre du noeud papillon je pourrais me remettre nu et vivre dans la forêt avec des fauves clairs non syndicalisés. Les orties se confondront aux fleurs et ça sera le jeu, l'amour, éviter de se piquer et se perdre dans toutes ces fragrances inimaginablement belles, plonger dans son regard. Mais pour le moment c'est encore dur et lourd, ça m'écrase comme le toit en taule fine d'un ascenseur, mes cervicales plient. Je n'en suis qu'à mon pantalon mais d'ici peu la chemise et le noeud papillon d'ici peu une exquise harmonie de mots à la place de ces trois funestes points entre " Tu ressembles à " et " tristesse ".
Je sais juste que je ne ressemble pas à la tristesse et que je ne vais pas mourir.
Tout le contraire oui, comme toujours.
(me sortir de l'étouffement, couper la parole aux lettres noires, la vie poétique)
/C'est jamais comme ce que j'avais prévu, c'est la beauté/
Cage capiteuse, coussins bleus mouchetés de vert, la lourdeur. Quatre stations de silence à essayer de comprendre, à quoi bon le silence. Je reprends ma route et je me sens gris comme trop souvent. Me voilà sur un quai, désert à part le violon titubant dans les mains d'un chauve; comment ce chauve était arrivé jusque là, par quelles galères et quelles femmes; en fait je pense à rien, mon coeur est aussi pesant que l'air. Ce malaise s'arrache de par mes pupilles bleues, tout est bleu et absolument atroce. Quitte à guetter la solitude. On m'a laissé tomber et je suis cassé par dizaines de morceaux sur la grande allée liserant ma campagne. Campagne sponsor officiel des averses. Campagne pluvieuse, campagne humide ce qui la rend encore plus sèche.
Je fais des rêves, beaucoup de rêves, trop de rêves. Ce sont des rêves simples et je l'avoue assez bas, connaître un peu l'amour et le luxe et surtout et ça tourne souvent autour de ça, être reconnu. J'ai déjà imaginé mille moyens pour parvenir à ces fins brillantes, cela va d'un bon roman sur la détresse à l'invention d'un système qui ferait fonctionner la chasse d'eau en même temps que l'on rabat la cuvette des toilettes, avouez que c'est une bonne idée, encore faut-il que l'on prenne la peine de rabattre la cuvette mais c'est une autre histoire. L'autre histoire, celle du commencement continue d'injecter son parfum nègre dans ma cage thoracique. Je me sens, ma poitrine bat et pourtant je n'aperçois rien d'autre que des fossoyeurs blonds me tendant la main. Et j'ai tant besoin d'une main.
Cela paraît triste. Ce matin, j'ai effectué mon habituel trajet de la gare à l'université, le dernier chaînon de ce voyage non voyage prend les plis d'acier d'un escalator, j'étais quasiment seul dessus et il était très lent et je voyais son bout et je voyais ces marches mécaniques s'abattre et se faire avaler comme une mer désespérée. Je me suis exactement dit : " Quelle tristesse ! " et ça l'était. Il existe bien des fourmilières de choses qui paraissent inanimées mais qui sont tout bonnement mortes et agissent par réflexes post-mortem. Les caissières en font parti et j'en fais sans doute parti, malgré moi, sans m'en rendre compte quand je marche et que j'essuie les regards de ceux qui ne m'avaient jamais remarqué, qui ne s'étaient jamais fait remarqué, que je n'avais pas encore osé imaginer, c'est normal. On a beau dire : " Une journée comme les autres " on ment profondément, on fait abstraction par peur d'être incompris de tous les visages creusés des vieux, de toutes les sucettes sucées des enfants, de tous les derrières des femmes et de tous leurs yeux merveilleux, de tous les gens qui se sont imprimés inconsciemment dans votre champ de vision et une nuit peut-être dans trois mois vous rêverez de celui-ci ou celui-là et en vous réveillant vous vous direz des étoiles crevées sur la tête " J'ai rêvé d'inconnu " et c'était bien le cas.
Je ne sais pas où m'amène ce texte à part vers une mélancolie en fil rouge. Je ne sais pas, je suis debout, je me tais, je pense mais ça n'a plus de saveur, je n'ai plus d'orgueil, je suis juste amer. Je sais que dehors tonne un soleil aux asiles bleus, je sais qu'en faisant un effort et après quelques cinémas et discussions sur tout et rien et particulièrement la littérature américaine je pourrais cueillir une fille, par les lèvres, mais je n'en ai pas tellement envie, j'ai les yeux ouverts grand ouverts sur la civilisation mais ils sont blancs du moins je les vois blancs dans ma tête vu qu'il ne reflète plus rien. Des reflets apparaissent sur les cailloux noirs, pas sur les aubes blanches, parce que le blanc est déjà un reflet. Je voudrais lancer des galets sur l'aquarelle mais je sais que les ricochets me déchireront les oreilles. J'ai des espoirs en la musique, comme en le paysage jaune des fenêtres de trains, tu auras peur si tu me suis, tu auras peur et je te bousculerai et tu t'effondreras sur le carrelage. C'est indescriptible.
Il m'est impossible de former parfaitement ce qui me traverse mais ce n'est pas beau à voir. J'ai un cerveau et de l'encre mais je ne peux pas écrire convenablement, complètement ce qu'il y a. Ou ce qu'il reste. Je suis un danseur dont on a coupé les pieds pendant qu'il dormait. Et c'est ça l'existence en tout cas ce soir, c'est " Tu ressembles à ... tristesse " ou un vers que j'ai composé tout à l'heure, un vers pas trop mauvais il me semble, un vers dont j'ai le début et la fin mais dont le milieu trébuche dans une triple ponctuation, ce milieu, ce coeur crémeux qui en donne le sens, tout son grain. Ce vers aurait très bien pu me faire planer pendant des semaines ou me révéler à moi-même mieux qu'un somnifère, ou il aurait très bien pu me faire sourire jusqu'à ce que le jour se taise.
Au fond, je n'écris que des sourires, sourires imaginaires, sourires durs, sourires parfaits, sourires d'une autre vie, pas meilleure ni pire, une autre c'est tout. C'est inachevé, ça a une peau de larmes grasses et de migraines, ça a une peau bouffée par l'apaisement des sunlights se diffusant dans le canal, ça a ma peau. Je suis un costume de corps et je viens à peine de finir mon pantalon, j'attaque la chemise pour cacher mes os, mes organes minables, quand j'aurais terminé mon trente et un dans l'ultime fibre du noeud papillon je pourrais me remettre nu et vivre dans la forêt avec des fauves clairs non syndicalisés. Les orties se confondront aux fleurs et ça sera le jeu, l'amour, éviter de se piquer et se perdre dans toutes ces fragrances inimaginablement belles, plonger dans son regard. Mais pour le moment c'est encore dur et lourd, ça m'écrase comme le toit en taule fine d'un ascenseur, mes cervicales plient. Je n'en suis qu'à mon pantalon mais d'ici peu la chemise et le noeud papillon d'ici peu une exquise harmonie de mots à la place de ces trois funestes points entre " Tu ressembles à " et " tristesse ".
Je sais juste que je ne ressemble pas à la tristesse et que je ne vais pas mourir.
Tout le contraire oui, comme toujours.
(me sortir de l'étouffement, couper la parole aux lettres noires, la vie poétique)
/C'est jamais comme ce que j'avais prévu, c'est la beauté/

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