lundi, octobre 01, 2007

Unisson

Tout se brise autour de moi, dans la grande chambre d'airain, de la désolation, des peines physiques et mentales, mélangées, abusées. Les rêves ne m'atteignent plus la tête, je me débat face à la fureur des jours lassés, nous voilà tous flingués, assis sur nos propres constats : que ce monde pourrait se faire beau, qu'il a la gueule dégueulasse. Bougies sans ombres, médinas sans saveurs, l'alcool monte, terrasse et égorge les dragueurs. Gaieté grise du ciel nu, laissant fleurir ses quelques becs assassins. Le réfectoire était fermé aujourd'hui, je n'aime pas vraiment ce qu'ils servent mais je n'ai pas trop le choix. Rouge, pelé, l'extrême orteil supplie dans sa chaussure étroite. On a beau être en sueur et déshabillés, on a beau se mettre sens dessus dessous, le vertige reste plat. Venez les lances que j'idolâtrais, venez hallebardiers de tous bords me mettre sous le nez vos lumineuses lames, que je reprenne un peu de goût dans ce sang suggéré. Bombes artisanales humidifiant les moelles, versant les enfances. Les hommes de foi se révoltent, en Birmanie, les caméras filment, captent l'importance, avant de repartir vers plus léger. Coudes, épaules, fronts, poings dévorant mon corps oscillant, mes reins se plombent, mon dos se segmentent, c'est la fête. Entrer dans un monde différent, euphorique, immaculé, joyeux, votre bouche bave au sol alors que vous jouez l'ailleurs. Veines tatoués sur des sous-vêtements bon marché, veines gravés sur les plafonds des chapelles, veines inscrites sur l'oeil droit d'Eve. Visibles canaux sanguins, lignes comestibles de la surexcitation ou de la perte. Artiste ignoré regardant artiste ignoré sur écran géant, les gens à côté, focalisés sur l'image, émus par divertissement. J'ai pleuré, je me suis divertis, j'ai gagné une trentaine de minutes sur la mort en stand-by, je t'ai quitté, j'ai gagné deux ans sur mon cancer annoncé. Ceux qui vivent ne pensent qu'à se divertir, ils crèvent pour oublier qu'ils vont crever sous peu dans leur(LA) misérable solitude. Est-ce tout ce qui nous attend, un peu de dislocation blanche, des estampes passées, des bluettes magnifiques avant la Sublimation. Salvatrices, précieuses les caresses libres du matin. Masses démesurées d'abrutis paranoïaques et égocentriques, masses démesurées de mes semblables. Désormais nous aviserons la Vierge avec pudeur et agacement, comme un or insoutenable. On me soutient que c'est loin de tout brasier, que loin de tout brasier ma sève logerait, elle ne saurait flamber et créer ses papillons splendides, ma sève serait trop liée à l'anarchie. Ma déstructuration de façade ne ferait que desservir ma déstructuration de fond. Au fond, je n'ai que de l'emmerdement et trois pousses de soleil que je garde piétement. Gogues d'électricités s'ouvrant à l'éclair froid de tes pupilles. Je suis fait comme un rat, tous faits comme des rats et des singes pathétiques, je ne sais même de quoi ont l'air les yeux dont je me plains. Les servantes ont du vite s'ennuyer de ma mauvaise conduite et de mes mains baladeuses. Mes mains, ma carcasse entière se ballade en ne trouvant rien d'autre que la sente prochaine à défroquer de plus belle. Dans l'éternelle pandiculation de mes traits, je connaîtrais bientôt les villes en chacun de leurs liliaux et poreux logogriphes. Spectaculaire pharisaïsme du paros, emphatique boulimie des mots à perruque, des mots du premier rang, des mots bien peignés et tenus au secret des seuls intimes. Nous n'en tirerons rien, excepté l'harmonie par moment, ça mérite bien nos millions de coups durs non. Priant, à l'intérieur de l'ombrageuse sternutation des interlopes, je sens que ça me traîne et ainsi m'imprime des couleurs à dupliquer sans fin.