Two rooms
Deux chambres, deux femmes. Il n'y a pas ici de grandes devinettes à la suite de tout ça. Simplement deux chambres, deux femmes. Tenter de traduire ici l'émotion se dégageant des arbres séculaires brunis par le soleil, de rapporter avec fraîcheur et détails les langoureux chemins de tapisserie qui charpentent la maison ne changerait rien. Je peux par contre me servir du décor extérieur pour évoquer le temps qui passe, imaginez la neige succédant aux squelettiques et craquantes feuilles de l'automne, imaginez l'aube s'enrichissant et prenant aux pieds des herbes renaissantes, imaginez l'éclat puissant de l'air qui réveille les parfums. 365jours + 1quart en gros. Multipliez tout ça par 24. Deux chambres, deux femmes, pendant 24ans.
Des choses viennent de s'induire en vous, vous vous dites ? Il y a secret ! Séquestration ! Vie apparemment minable de bourgeoises immobiles ! Vous savez que vous ne savez rien et que je suis le seul à tenir autour du cou la clé de l'intrigue. Si nous étions en guerre, s'il fallait me bouffer tout entier pour avoir l'information vous l'auriez fait, mais bon ici nous sommes entre bonnes gens et puis vous avez bien un peu de temps devant vous non ? Dieu que j'aimerais être à votre place, votre imagination(si vous avez eu l'imprudence d'en converser traces) doit faire de ces bonds ! Cette grande demeure, vous l'avez placé où ? Dans un parc ? En Angleterre ? Mais encore ? Isolée ? De tout et de rien. Une demeure qui préserve, une demeure dans laquelle tout se révèle, où l'ennui et le temps n'existe plus. Possible. Personnellement, je la verrai bien pleine d'enfants dans les premiers étages avec seulement ces deux femmes au dernier.
Sont-elles leurs mères ? Y a t'il eu une insurection enfantine contre leurs bourreaux matricielles ? Je n'en sais pas plus que vous. Pour le moment, je vois simplement deux femmes dans deux chambres distinctes. Rien n'indique qu'elles soient mitoyennes, qu'allez-vous donc chercher gentlemans ! Aux vues des excès littéraires récents, vous présumez que ces deux femmes sont peut-être tout bonnement mortes, deux tiges de chair qui pourrissent et se font déguster par mille insectes. Là encore, nul besoin ici d'étaler mes talents d'étymologistes, ces bestioles remplissant un simple rôle de sparring-partner dans le cycle de la vie. C'est une histoire bactériale. Les deux femmes s'appellent Catania. Les italiens auront tiltés. Elles ont des cheveux roux et quelques baisers d'anges sous les paupières.
Deux femmes rousses prénommées Catania ont passé 24ans dans deux chambres distinctes et non mitoyennes. Des jumelles oui, j'ai voulu vous placer à l'intérieur d'un univers à la féerie grave où ce ne sont pas les sorcières ou les immigrés que l'on punit et brûle mais les soeurs "comme deux gouttes d'eau". Et bien non. Ce n'est pas ça. Il faudrait repasser pour la révélation car je n'en ai pas fini avec cette histoire. Je m'en vais tout de même éclaircir tout ça grâce au dialogue entre Silas et Korbin(deux des gosses du premier étage), allez-y les petits :
"- J'ai peur grand frère.
Tu as peur de quoi Korb' ?
- Peur de ne pas savoir ce qu'il y a là-haut.
Tu as bien vu hier qu'il n'y avait rien, et puis de toute façon nous y retournerons ce soir comme d'habitude.
- Je sais, mais le fait de lire Marx a un peu modifié ma vision de cette affaire.
Ahah, c'est normal Korb', tu n'es pas censé le lire avant tes quatorze ans.
- Oui, désolé(il sourit). Tu crois qu'elles existent ?
Les Catania sont belles et bien vivantes mais personne n'a pu savoir ce qu'elles étaient...
- Des femmes non...?
Bon c'est bon on peut y aller ? Vous nous donnez notre pognon ou quoi, il fait froid dans ce désert et on est là à raconter n'importe quoi juste pour vous amusez et perdre le lecteur...C'est pitoyable !
Petits cons ! Ce désert c'est ma tête, je fais ce que je veux avec. Et Baff une claque pour chacun et Biff un croche-pattes, et faites gaffe à vous, il me suffit de préciser plus haut que la majorité est à quatorze ans dans ce pays imaginé et je passe aux armes blanches. Non mais. Korbin et Silas sortent de la pièce, Korbin a le nez brisé, quand à l'autre, il s'en sort avec quelques côtes cassées. Pourquoi me faites vous ces yeux là ? C'est parce que j'ai frappé des enfants ? Ah non, c'est parce que ça devient de moins en moins clair. Soit mais remerciez-moi, je viens de virer deux mômes de la maison et j'ai placé un microphone sur eux. Écoutons.
- On ne doit pas parler(on entend le bruit d'un tramway, le son des pièces qui s'entrechoquent, la voix d'un vieil homme qui crie dans les oreilles de tous les voyageurs, il parle d'extinction, de grand départ, et le signal se perd)
Merveilleuses soeurs Catania, aucun cafard ne vous sort des yeux, aucune putréfaction ne défonce vos si doux visages, on y voit à peine, sur la plus âgée des soeurs, quelques rides émouvantes. Elles portent toutes deux une robe verte brillante qui ne fait que donner plus d'arôme à leurs silhouettes élancées, aux pieds(sublimes petits pieds blancs) elles portent chacune une paire de chaussons de danse. Le fait que vous deviez pisser dans un seau pour vous alléger ne me dérange même plus, belles que vous êtes. Le son clair et limpide de ces flavescentes humeurs contre le métal usé a tout du charme des étangs chamboulés par les orages printaniers. Je ne suis pas fou. Non. C'est plutôt vous qui l'êtes à lire depuis je ne sais combien de minutes ces divagations sur deux femmes dans deux chambres distinctes mais non mitoyennes. Vous vous doutez qu'à un moment, je serai fourbe en utilisant une pirouette narrative assez déconcertante.
Au fond, cette histoire et tout ce qui fait la détente est comme une jouissance. On y oublie tous ses désagréments mortels qui grêlent nos existences, on y oublie ses famines, ses peines de coeur et ses emprunts. Pour cela encore, remerciez moi. Pour quelques instants, vos erreurs, vos mauvais choix, votre égoïsme et autant dire votre médiocrité ont été remplacé par un épisode certes alambiqué mais de bonne prose sur des jolies femmes. Filles de feu. Pourquoi vingt-quatre années tout de même ? Sont-elles descendues en bas au moins une fois, au milieu de ces enfants ?
C'est en fait la réadaptation d'une ancienne légende nordique. Deux femmes, deux soeurs, deux princesses à la chevelure blonde, la cadette et l'aînée avaient deux dons différents. La première d'entre elles, avait le talent, si vous parveniez à la faire fondre en larmes sous sa tristesse, de faire retourner à ses dix ans n'importe quel adulte de plus de trente ans, en contrepoids, celui-ci perdra tous ses acquis intellectuels, mais est-ce là une perte. La seconde, la cadette, avait, elle, le don de vous donner toutes les connaissances dont vous rêviez secrètement à condition que vous la fassiez fondre de plaisir rien que par la grâce de vos mains. Dernière précision, chaque être humain(les femmes n'étant pas exclues) n'avait le droit qu'à un seul essai dans toute sa vie.
Voilà pourquoi il y a des enfants et des jeunes hommes tout autour de ça. Voilà pourquoi elles sont quasiment jumelles(les rides sont normales dans la tristesse, s'effacent face à l'éveil physique). Si l'une d'entre elles en a assez de pleurer de peine ou de plaisir, elles échangent leur place, personne ne peut leur en vouloir, elles sont trop précieuses. Cette vie leur va bien, pourquoi ? Parce qu'elles peuvent passer librement par chacun des grands bouleversements humains, le profond malheur, la meurtrissure la plus intime et l'infini don de soi, l'éblouissement charnel. Quelle place pour l'entre-deux dans tout ça ? L'entre-deux, c'est ce couloir qui sépare les deux chambres, un couloir bien éclairé par de larges fenêtres blanches. Un couloir qui quelquefois paraît très long, quelquefois quasi instantané. C'est le couloir du choix. Sans le savoir, vous errez dans ce couloir depuis le début. Laquelle des soeurs allez-vous choisir ? Opterez-vous pour le savoir ou la naïveté ? Irez-vous pour vous ou pour elle ?
Deux chambres, deux femmes, notre choix.
- je vous avais prévenu pour la pirouette narrative, soufflés hein -
Des choses viennent de s'induire en vous, vous vous dites ? Il y a secret ! Séquestration ! Vie apparemment minable de bourgeoises immobiles ! Vous savez que vous ne savez rien et que je suis le seul à tenir autour du cou la clé de l'intrigue. Si nous étions en guerre, s'il fallait me bouffer tout entier pour avoir l'information vous l'auriez fait, mais bon ici nous sommes entre bonnes gens et puis vous avez bien un peu de temps devant vous non ? Dieu que j'aimerais être à votre place, votre imagination(si vous avez eu l'imprudence d'en converser traces) doit faire de ces bonds ! Cette grande demeure, vous l'avez placé où ? Dans un parc ? En Angleterre ? Mais encore ? Isolée ? De tout et de rien. Une demeure qui préserve, une demeure dans laquelle tout se révèle, où l'ennui et le temps n'existe plus. Possible. Personnellement, je la verrai bien pleine d'enfants dans les premiers étages avec seulement ces deux femmes au dernier.
Sont-elles leurs mères ? Y a t'il eu une insurection enfantine contre leurs bourreaux matricielles ? Je n'en sais pas plus que vous. Pour le moment, je vois simplement deux femmes dans deux chambres distinctes. Rien n'indique qu'elles soient mitoyennes, qu'allez-vous donc chercher gentlemans ! Aux vues des excès littéraires récents, vous présumez que ces deux femmes sont peut-être tout bonnement mortes, deux tiges de chair qui pourrissent et se font déguster par mille insectes. Là encore, nul besoin ici d'étaler mes talents d'étymologistes, ces bestioles remplissant un simple rôle de sparring-partner dans le cycle de la vie. C'est une histoire bactériale. Les deux femmes s'appellent Catania. Les italiens auront tiltés. Elles ont des cheveux roux et quelques baisers d'anges sous les paupières.
Deux femmes rousses prénommées Catania ont passé 24ans dans deux chambres distinctes et non mitoyennes. Des jumelles oui, j'ai voulu vous placer à l'intérieur d'un univers à la féerie grave où ce ne sont pas les sorcières ou les immigrés que l'on punit et brûle mais les soeurs "comme deux gouttes d'eau". Et bien non. Ce n'est pas ça. Il faudrait repasser pour la révélation car je n'en ai pas fini avec cette histoire. Je m'en vais tout de même éclaircir tout ça grâce au dialogue entre Silas et Korbin(deux des gosses du premier étage), allez-y les petits :
"- J'ai peur grand frère.
Tu as peur de quoi Korb' ?
- Peur de ne pas savoir ce qu'il y a là-haut.
Tu as bien vu hier qu'il n'y avait rien, et puis de toute façon nous y retournerons ce soir comme d'habitude.
- Je sais, mais le fait de lire Marx a un peu modifié ma vision de cette affaire.
Ahah, c'est normal Korb', tu n'es pas censé le lire avant tes quatorze ans.
- Oui, désolé(il sourit). Tu crois qu'elles existent ?
Les Catania sont belles et bien vivantes mais personne n'a pu savoir ce qu'elles étaient...
- Des femmes non...?
Bon c'est bon on peut y aller ? Vous nous donnez notre pognon ou quoi, il fait froid dans ce désert et on est là à raconter n'importe quoi juste pour vous amusez et perdre le lecteur...C'est pitoyable !
Petits cons ! Ce désert c'est ma tête, je fais ce que je veux avec. Et Baff une claque pour chacun et Biff un croche-pattes, et faites gaffe à vous, il me suffit de préciser plus haut que la majorité est à quatorze ans dans ce pays imaginé et je passe aux armes blanches. Non mais. Korbin et Silas sortent de la pièce, Korbin a le nez brisé, quand à l'autre, il s'en sort avec quelques côtes cassées. Pourquoi me faites vous ces yeux là ? C'est parce que j'ai frappé des enfants ? Ah non, c'est parce que ça devient de moins en moins clair. Soit mais remerciez-moi, je viens de virer deux mômes de la maison et j'ai placé un microphone sur eux. Écoutons.
- On ne doit pas parler(on entend le bruit d'un tramway, le son des pièces qui s'entrechoquent, la voix d'un vieil homme qui crie dans les oreilles de tous les voyageurs, il parle d'extinction, de grand départ, et le signal se perd)
Merveilleuses soeurs Catania, aucun cafard ne vous sort des yeux, aucune putréfaction ne défonce vos si doux visages, on y voit à peine, sur la plus âgée des soeurs, quelques rides émouvantes. Elles portent toutes deux une robe verte brillante qui ne fait que donner plus d'arôme à leurs silhouettes élancées, aux pieds(sublimes petits pieds blancs) elles portent chacune une paire de chaussons de danse. Le fait que vous deviez pisser dans un seau pour vous alléger ne me dérange même plus, belles que vous êtes. Le son clair et limpide de ces flavescentes humeurs contre le métal usé a tout du charme des étangs chamboulés par les orages printaniers. Je ne suis pas fou. Non. C'est plutôt vous qui l'êtes à lire depuis je ne sais combien de minutes ces divagations sur deux femmes dans deux chambres distinctes mais non mitoyennes. Vous vous doutez qu'à un moment, je serai fourbe en utilisant une pirouette narrative assez déconcertante.
Au fond, cette histoire et tout ce qui fait la détente est comme une jouissance. On y oublie tous ses désagréments mortels qui grêlent nos existences, on y oublie ses famines, ses peines de coeur et ses emprunts. Pour cela encore, remerciez moi. Pour quelques instants, vos erreurs, vos mauvais choix, votre égoïsme et autant dire votre médiocrité ont été remplacé par un épisode certes alambiqué mais de bonne prose sur des jolies femmes. Filles de feu. Pourquoi vingt-quatre années tout de même ? Sont-elles descendues en bas au moins une fois, au milieu de ces enfants ?
C'est en fait la réadaptation d'une ancienne légende nordique. Deux femmes, deux soeurs, deux princesses à la chevelure blonde, la cadette et l'aînée avaient deux dons différents. La première d'entre elles, avait le talent, si vous parveniez à la faire fondre en larmes sous sa tristesse, de faire retourner à ses dix ans n'importe quel adulte de plus de trente ans, en contrepoids, celui-ci perdra tous ses acquis intellectuels, mais est-ce là une perte. La seconde, la cadette, avait, elle, le don de vous donner toutes les connaissances dont vous rêviez secrètement à condition que vous la fassiez fondre de plaisir rien que par la grâce de vos mains. Dernière précision, chaque être humain(les femmes n'étant pas exclues) n'avait le droit qu'à un seul essai dans toute sa vie.
Voilà pourquoi il y a des enfants et des jeunes hommes tout autour de ça. Voilà pourquoi elles sont quasiment jumelles(les rides sont normales dans la tristesse, s'effacent face à l'éveil physique). Si l'une d'entre elles en a assez de pleurer de peine ou de plaisir, elles échangent leur place, personne ne peut leur en vouloir, elles sont trop précieuses. Cette vie leur va bien, pourquoi ? Parce qu'elles peuvent passer librement par chacun des grands bouleversements humains, le profond malheur, la meurtrissure la plus intime et l'infini don de soi, l'éblouissement charnel. Quelle place pour l'entre-deux dans tout ça ? L'entre-deux, c'est ce couloir qui sépare les deux chambres, un couloir bien éclairé par de larges fenêtres blanches. Un couloir qui quelquefois paraît très long, quelquefois quasi instantané. C'est le couloir du choix. Sans le savoir, vous errez dans ce couloir depuis le début. Laquelle des soeurs allez-vous choisir ? Opterez-vous pour le savoir ou la naïveté ? Irez-vous pour vous ou pour elle ?
Deux chambres, deux femmes, notre choix.
- je vous avais prévenu pour la pirouette narrative, soufflés hein -

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