Les parfums révoltants : Un bout de Kiev
A crin de l'ambiance lourde et étouffante,
Dimitar Malinenko traverse les figures animées de la révolution orange,
Les drapeaux et l'air froid du pays flottent en cadence,
Des vagues blanches claquent parfois au-dessus des têtes,
Ici on appelle ça le gel de l'oxygène,
Son nom dans la langue je ne m'en souviens plus,
J'étais venue dans cette contrée pour voir de près une population irradiée,
Je n'ai pas été déçue,
Car en dehors de ce désir soudain de République,
Tout était corruptible,
J'ai vu des mioches édentés et aux doigts sales
Mener des hommes pas mieux costumés
Vers des coupe-gorge pour une goutte d'alcool,
Je ne dirais pas ici que la jeunesse s'ivrognisait pour tenir le choc,
Ils se donnaient chaud,
Parfois, coincé dans le centre, on trouvait des vitrines,
Léchées par l'hiver permanent qui caractérise cette région,
Ces glaces couvertes de gerçures paraissaient cacher tout,
Le teint de la ville était unique et implacable,
Un ciel bleu bouffé de jaune dans une étrange transparence,
Je n'ai jamais vu de nuages passer,
La nuit, toujours plus longue,
Se démarquait des autres nuits du monde
Par son incroyable capacité à apparaître
Sans que l'on ne s'en rende compte,
Comme si elle eut été, qu'une averse de plus,
Sur les langues on sent,
Un trait de café sur des phrases de wodka,
Ces phrases rouges,
Ce trait noir qui constitue le regard de l'est,
Une fois dans une souffrance,
J'ai retiré mon gant,
Et ce fut la dernière fois,
Immédiatement,
Une forme fébrile m'agrippa et me serra comme un coeur
Mes ongles violets,
En effet,
La mimine perdue d'un gamin avait trouvé refuge dans ma paume,
Celui là avait des sourcils à peine visibles
Et des iris gris,
Je savais parler le russe mais son ukrainien était trop ukrainien pour moi,
Néanmoins je compris dans ses mimiques que ses parents
Devaient être morts
(il la mimait plus juste que n'importe quel acteur)
Après quelques mètres,
Son petit ventre se mit à gronder,
Sans rien promettre, je l'emmenais donc vers une place douce
Éclairée par des feux de détresse,
Ces feux qui ont allumé au coin de ses yeux gelés
Des brillances qui allèrent bientôt s'écraser sur sa bouche ravagée
Par des siècles de décembres, de rue et de famine,
Je suis une femme écrivain russe,
J'ai écrit sur les massacres opérés par le gouvernement Poutine
Sur le peuple tchétchène,
J'ai été menacée de mort plus d'une centaine de fois,
Voilà pourquoi je ne pouvais prendre avec moi,
Ce bout de Kiev,
Mais la fumée blanche continuera de s'élever des tasses,
Et à travers cette fumée le garçon grandira,
Il lèvera le poing, il lèvera la vie face au destin,
En pensant à ses parents disparus pour un idéal démodé,
Et dans un fourreau de laine sa main visera là-haut
Pour résonner avec les hommes,
Avec cette classe qui marche,
Ces intellectuels trentenaires,
Ces femmes enceintes de même pas vingt ans,
Ces vieillards à la barbe de flocons et à la colonne usée,
Ces enfants qui comme lui n'eurent pas le loisir d'être enfant,
Dimitar Malinenko vit dans cet entourage bigarré et magnifique,
Il vit, Dimitar par sa mère bulgare,
Malinenko pour son père du pays,
Ses parents assassinés parce qu'à une époque
Ils ont tenté de placer des frontières
A la passion,
Dimitar vit en pensant à son autre mère qui lui réchauffa
Le coeur et la paume un instant,
A cette mère qui lui permis de pleurer,
Il y pense,
Demain auront lieu ses obsèques et il sera du voyage
Jusqu'à la mère Russie,
Demain il verra sa tombe dans un sourire de rage,
Cette attitude typique des gens de l'Oural,
Il y déposera son gant sur la demeure la plus chaude de l'écrivain
L'éternité.
" La journaliste Anna Politkovskaia âgée de 47ans et travaillant pour la Novaïa Gazeta a été retrouvée morte criblée de balles en bas de son immeuble en ce 7octobre 2006 - nul doute que ce meurtre intervient en réaction à la lutte sans merci menée par cette journaliste contre toutes formes de censures sur la sauvagerie orchestrée (notamment) par la Russie sur le peuple tchétchène - le pire dans tout ça - c'est que personne ne pourra faire son deuil au grand jour par crainte d'une répression sèche."
Dimitar Malinenko traverse les figures animées de la révolution orange,
Les drapeaux et l'air froid du pays flottent en cadence,
Des vagues blanches claquent parfois au-dessus des têtes,
Ici on appelle ça le gel de l'oxygène,
Son nom dans la langue je ne m'en souviens plus,
J'étais venue dans cette contrée pour voir de près une population irradiée,
Je n'ai pas été déçue,
Car en dehors de ce désir soudain de République,
Tout était corruptible,
J'ai vu des mioches édentés et aux doigts sales
Mener des hommes pas mieux costumés
Vers des coupe-gorge pour une goutte d'alcool,
Je ne dirais pas ici que la jeunesse s'ivrognisait pour tenir le choc,
Ils se donnaient chaud,
Parfois, coincé dans le centre, on trouvait des vitrines,
Léchées par l'hiver permanent qui caractérise cette région,
Ces glaces couvertes de gerçures paraissaient cacher tout,
Le teint de la ville était unique et implacable,
Un ciel bleu bouffé de jaune dans une étrange transparence,
Je n'ai jamais vu de nuages passer,
La nuit, toujours plus longue,
Se démarquait des autres nuits du monde
Par son incroyable capacité à apparaître
Sans que l'on ne s'en rende compte,
Comme si elle eut été, qu'une averse de plus,
Sur les langues on sent,
Un trait de café sur des phrases de wodka,
Ces phrases rouges,
Ce trait noir qui constitue le regard de l'est,
Une fois dans une souffrance,
J'ai retiré mon gant,
Et ce fut la dernière fois,
Immédiatement,
Une forme fébrile m'agrippa et me serra comme un coeur
Mes ongles violets,
En effet,
La mimine perdue d'un gamin avait trouvé refuge dans ma paume,
Celui là avait des sourcils à peine visibles
Et des iris gris,
Je savais parler le russe mais son ukrainien était trop ukrainien pour moi,
Néanmoins je compris dans ses mimiques que ses parents
Devaient être morts
(il la mimait plus juste que n'importe quel acteur)
Après quelques mètres,
Son petit ventre se mit à gronder,
Sans rien promettre, je l'emmenais donc vers une place douce
Éclairée par des feux de détresse,
Ces feux qui ont allumé au coin de ses yeux gelés
Des brillances qui allèrent bientôt s'écraser sur sa bouche ravagée
Par des siècles de décembres, de rue et de famine,
Je suis une femme écrivain russe,
J'ai écrit sur les massacres opérés par le gouvernement Poutine
Sur le peuple tchétchène,
J'ai été menacée de mort plus d'une centaine de fois,
Voilà pourquoi je ne pouvais prendre avec moi,
Ce bout de Kiev,
Mais la fumée blanche continuera de s'élever des tasses,
Et à travers cette fumée le garçon grandira,
Il lèvera le poing, il lèvera la vie face au destin,
En pensant à ses parents disparus pour un idéal démodé,
Et dans un fourreau de laine sa main visera là-haut
Pour résonner avec les hommes,
Avec cette classe qui marche,
Ces intellectuels trentenaires,
Ces femmes enceintes de même pas vingt ans,
Ces vieillards à la barbe de flocons et à la colonne usée,
Ces enfants qui comme lui n'eurent pas le loisir d'être enfant,
Dimitar Malinenko vit dans cet entourage bigarré et magnifique,
Il vit, Dimitar par sa mère bulgare,
Malinenko pour son père du pays,
Ses parents assassinés parce qu'à une époque
Ils ont tenté de placer des frontières
A la passion,
Dimitar vit en pensant à son autre mère qui lui réchauffa
Le coeur et la paume un instant,
A cette mère qui lui permis de pleurer,
Il y pense,
Demain auront lieu ses obsèques et il sera du voyage
Jusqu'à la mère Russie,
Demain il verra sa tombe dans un sourire de rage,
Cette attitude typique des gens de l'Oural,
Il y déposera son gant sur la demeure la plus chaude de l'écrivain
L'éternité.
" La journaliste Anna Politkovskaia âgée de 47ans et travaillant pour la Novaïa Gazeta a été retrouvée morte criblée de balles en bas de son immeuble en ce 7octobre 2006 - nul doute que ce meurtre intervient en réaction à la lutte sans merci menée par cette journaliste contre toutes formes de censures sur la sauvagerie orchestrée (notamment) par la Russie sur le peuple tchétchène - le pire dans tout ça - c'est que personne ne pourra faire son deuil au grand jour par crainte d'une répression sèche."

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