mercredi, décembre 20, 2006

L'éther est en danger

Prestige, arbitre sommaire à la base du signalement, on te l'a pas dit si on a du, nous ne sommes que des signes, un assemblage de marques, au coin du risque, il y a donc le prestige...

Cirèse, adepte du poignard dans les cours d'école a rencontré son ami un soir de pluie.

Liddo, petit porteur d'ours dans les cages a découvert un matin couché dans un placard un cadavre dont la décomposition était assez avancée, suffisamment pour que ses sinus gardent une trace indélébile de cette odeur macabre.

Tout deux, sans le savoir, avancent l'un vers l'autre l'un d'un côté l'autre de l'autre, Cirèse pense à ses prochaines vacances qu'il prendra en prévision du monde, avec l'horizon, dans un cinéma de quartier, le couchant des breuvages enveloppe son esprit insouciant, Liddo commence à cette heure ci à se demander si la fille qu'il vient d'embrasser sera la bonne cette fois, si c'est celle ci qui, si il pourra avec sans qu'elle ne, si elle ne lui en voudra pas quand, si elle n'est pas contre cette funeste fragrance toujours enfoncée dans l'âme.

Quelques pas plus tard, ils ne sont plus qu'à quelques mètre l'un de l'autre, Cirèse en est déjà à son deuxième verre d'alcool doux, il vient de gagner un Oscar et envisage de donner son argent à la science avant de mettre les bouts vers la Sauvage, il caresse la poche droite de son jean son faciès s'éclaire, précisons que le trottoir jouit d'éphémères oeillets semés par le soupçon d'orage, pluviomètre à fond de deuxième Liddo crache une fumée blanche par la bouche et voit l'étincelle du mégot se faire balayer par ce temps hideux, son regard vers le ciel sera accompagné d'une petite douleur à l'oeil gauche, les gouttes sont acides, l'air est violet dans son précieux voile de carbure, Liddo pense qu'elle n'a pas de si petits seins que ça et que ça sera bien et il ne pense pas qu'à ça, il pense aussi à leur discussion à propos du fauvisme et de ce poète rigoureux dont il a déjà oublié le nom absorbé déjà qu'il était par la cambre, la tension infradermique quand il passa sa main sous son chemisier d'une couleur elle aussi oubliée, quand il vit qu'elle pleurait et qu'une larme glissa sur sa lèvre supérieure, ce goût salé, cette discussion et elle qui dit que c'est toujours comme ça quand elle s'offre, lui qui lui répond qu'il espère que c'est la dernière fois qu'il la voit pleurer, elle qui sourit, et lui qui dit ah c'est mieux, Liddo qui sourit en repensant à ça, sans évoquer une seule fois le placard grouillant et sa vie changée par cet accident, ancienne petite amie morte à laquelle il rendait visite pour les nouvelles, parce qu'il garde toujours de bons contacts avec ses anciennes, le calme dans cette maison, les enfants de la maison voisine partant pour l'école, son sourire car il voit un charme particulier dans ses enfants scolaires, le portail ouvert, la porte aussi, ces pièces désertes, et le placard fermé d'où s'échappait déjà plusieurs senteurs pénibles, sa première pensée était comique pourtant, un amas de chaussures et de chaussettes sales, le placard fermé qu'il ouvrit avec insistance, les yeux nécrosés, les cheveux manquants, le plastique collant l'Eve ensanglantée mais c'était elle, bien elle, ne se souvient plus.

Cirèse croise un homme dissimulé sous sa capuche, sous un grand et large manteau vert, il perçoit des yeux un regard, une illusion de rictus, des rides en pagaille, une mèche, Liddo croise un type aux yeux bleus et aux chaussures clinquantes, coiffé d'une casquette bleue marine à la visière noircit par l'averse et gouttant un peu comme ces chiens errants dans les flaques ou ces athlètes à la sueur verbale, il a l'air d'un mec comme les autres, un regard perçant quand même.

Cirèse a tué une fille vers neuf heures du matin, cette fille avait refusé ses avances, il l'avait suivi discrètement en voiture, avait été heureux de constater qu'elle vivait seule, était revenu le jour d'après, et le jour d'après, et la semaine d'après avait mis son plan à exécution, ciseau dans la poche et gants sur les doigts, il avait sonné, elle était venue, en peignoire, il l'avait déshabillé, l'avait frappé deux fois en plein visage pour qu'elle arrête de crier, avait coupé ses cheveux assez vulgairement, elle saignait du cuir chevelu comme les putains de l'Allemagne qu'on a si bien su haïr, lui avait prévenu que maintenant elle allait mourir parce qu'il ne fallait pas jouer les minettes avec un bonhomme comme lui, elle s'était souvenue, il lui assena une dizaine de coups puissants au thorax, il retira les ciseaux avec précaution puis déposa sur elle et son corps inerte et nue aux lignes rouges le rideau de douche transparent, il aimait cette vision plastifiée de la femme, il la traîna jusqu'au placard et le ferma à double tour puis sortit par la porte de derrière en vitesse bien qu'il put entendre la mère de la maison d'à coté crier les enfants ! à table !

Le coeur de Liddo se noue, il court pour passer la nuit chez sa nouvelle copine, il a trop d'amour, trop de pressentiments, trop besoin d'elle et ce temps, Cirèse a un marteau dans la poche droite et des yeux d'un bleu intense.