mercredi, avril 18, 2007

Cannes ça me fout le cafard $ Le cafard de Cannes

Vous avez vu ? Un américain armé a tué une trentaine d'américains non armés blancs, noirs, latinos mais surtout blancs et brushés. C'étaient des universitaires, comme moi pour le moment, et tu me vois déjà sortir de la cafétéria et à peine le temps d'entendre la foudre qu'un de mes yeux fait plouf dans mon café brûlant. Mais non ça s'est passé à beaucoup beaucoup de kilomètres et c'est pas mal fait pour eux, y'a qu'à pas avoir des armes en vente libre disponible pour n'importe quel gosse pour pas cher sur ebay et tu la reçois une semaine après, le type te donne le carton, te demande une signature, te dit merci et se casse. Toi tu défais le carton. Tu montes. Tu décharges. Tu observes les barrages sanglants, les cervelles qui postillonnent. Tu te marres quoi.

On m'a soufflé que celui qui a fait ça en voulait aux fils à papa friqués qui pullulaient dans cette fac huppée. Comme s'il fallait un mobile pour se faire plaisir. Je te jure, moins on me donne un pistolet obligé un moment je tire avec, je suis une machine de guerre, je m'entraîne contre les réverbères bing bang font les plombs qui rebondissent. Trente-deux victimes américaines au compteur, quasiment autant que deux factions lourdement armées en Irak à Bassora plus précisément, ce gamin avait du talent. Peut-être que ça lui est venue en jouant à Counter Strike ou peut-être que c'était tout simplement un putain de taré ou peut-être que c'est un poète nazi qui a quelques carnets scandaleux planqués sous ses lattes qui vaudront un paquet de cash d'ici peu. J'aimerais bien le voir au paradis, je lui demanderais "Pourquoi t'as fait ça mec, t'étais américain alors pourquoi ?" Et il me répondrait : "Pfff, comment tu veux faire reconnaître ton art autrement que par le meurtre massif de nos jours hein?" Et là je resterais cloué ce qui fera rire jaune Jésus. Je pense pas que je tuerais quiconque dans ma vie parce que y'a toujours les mioches derrière ou les parents ou toute autre forme de pollution filiale. Aussi que ça me ferait pas mal chié de mourir alors que j'ai pas encore été à Tel-Aviv.

J'aime pas le régime à la grenade qui est pratiqué en Israël, ce qui signifie pas pour autant que je sois un pro-Palestine, je peine gravement à comprendre la puérilité palestinienne. Mais bon le mal est fait et je suis un bel anti-sémite. J'ai sur moi les millions de squelettes filiformes de la Shoah, je conduis le camion qui les démantibule à travers la terre.

La Fréquence a été rompue ! J'ai perdu tout le reste de cet appel ! Ce qui suit n'est donc qu'une liste de titillations arrosées par ma mémoire fragmentée.

C'est bizarre ça, on parlait de la tuerie à Virginia Tech(je sais que c'est pas Virginia Tech mais qu'est-ce qu'on s'en fout d'être calé à propos du système de gradation scolaire mis en place outre-atlantique, de toute façon on l'est déjà plus que de raison à cause de la qualité supérieure de leurs séries)(retenez juste que cette fac est située près d'un bled nommé Blacksburg et que comme d'habitude le nom des villes en dit plus que le plus passionnant travail de fourmi du plus classe des journalistes) et on se retrouve devant les fours crématoires, à croire que la cause juive trouve toujours un moyen pour chialer en public. Terribles pensées, mais je préfère ça aux fois où à l'instant même où un arabe s'approche de moi : je commence à flipper pour mon portefeuille. J'ai pas de portefeuille mais toi tu en as un et t'as un peu honte en ce moment.

Les minutes filent, défilent, entrefilent. Il a tué des universitaires, je vais bientôt plus l'être, les partiels se rapprochent, j'aperçois déjà leurs bras d'honneur. Je suis vraiment con, une erreur de manipulations et fiou cinq paragraphes volatilisés à tout jamais, y'a de quoi devenir cinglé. Je pourrais les avoir mais pour ça il nous faut lire des livres et lire a toujours été une activité trop ennuyeuse à mon goût. Bien sûr j'ai des coups de coeur et des choses qui me gobent mais bon la plupart du temps je me retrouve à la dixième page en train de compter combien de pages presque de lignes il me reste avant d'en avoir enfin fini. Je tiens à féliciter ma maladresse, elle vient de me remettre sur une autre route, je prendrais presque la patience de croire au destin. Comme je compte quasiment toutes les dix secondes ce qui me reste avant la fin du film, je vous jure, il faut pas mettre de normateur temporel à ma vue pendant que vous regardez un film avec moi parce que sinon je suis bon pour plus les fixer que le film lui-même(c'est à dire vous ma douce) et c'est sûrement mieux pour mes pauvres pupilles fatiguées. C'est étrange que j'éprouve une telle impatience face à la consommation "intelligente", alors qu'au dehors je m'accommode le plus facilement du monde à l'attente. Sinon je lis les livres simplement pour asseoir ma pédanterie auprès de mes partenaires infortunés qui y trouvent un réel intérêt(bien que je reste persuadé que nous sommes tous là à jouer au même jeu). Mais je ne les lirais pas et je serai un bon à rien. Mes difficultés de lecture m'ont poussé à m'intéresser au genre désuétisé de la nouvelle car avec elle quand vous êtes à la dixième page vous êtes soit à une page de la fin soit déjà au début de la nouvelle d'après. (j'aimais bien ce passage quand je l'ai écrit une première fois tout à l'heure) . Où en suis-je aujourd'hui ? A une page de la fin ? Ou au début de la nouvelle d'après ? Les évènements répondront.

" Je suis libre, je suis un créateur, je peux rester vautré cloîtré dans ma chambre toute une année, je reste moi, j'écrirai, je peux trouver du travail, ça sera insupportable ça servira formidablement mon oeuvre, et puis les GRANDS n'ont pas été de très brillants écoliers, à part J-P S. mais bon lui ça faisait parti du plan, ça sera plus triste, plus vivant "
Voilà ce que je me dis quand fort heureusement je me met à douter.

Les évènements. Voilà un joli lien logico-sémantique pour revenir sur mon sujet de départ(le titre) allons de l'évènement (épiphénomène) à l'événementiel (culture de masse). Cannes a toujours drainé un relent amer dans ma bouche, sûrement parce que ce festival en plein air se situe le plus près possible des échéances scolaires de fin d'année et que si on se loupe et même si on se loupe pas les effectifs et les routines changent et que les douceurs se modifient. Je n'ai rien contre le changement, c'est l'idée d'achèvement total qui s'y lie dangereusement qui m'effraie impitoyablement. Cannes revient toujours, sans perturbations, il n'y en a eu que deux majeures, la seconde guerre mondiale et l'alitement du cinéma et sa jolie prise d'otage par la Nouvelle Vague. Cannes reviendra même au-delà de moi, ses tapis, ses clubs, ses soirées privées, ses cocaïnes, ses suites, ses ovations, ses huées, ses favoris, ses films chocs, ses oiseaux électrons, ses envoûtements, ses rouges, ses femmes, ses blue lagoon. Oui, le nom des cocktails ne s'accorde pas. Le Vélodrome vibre aux chants syncopés du Seven Nation Army des White Stripes.

LE MASSACRE

Je dois avouer que j'ai un trou actuellement et que mon esprit modèle ce passage comme quelque chose d'assez conséquent. Il apparaît que ce qui s'est égaré ce soir au détour d'une de mes malfaçons est la pierre angulaire de ma littérature. Ah oui il y avait ça : Il est certain que j'ai des qualités littéraires indiscutables n'est-ce pas( comment ça je parle tout seul ? Mais nous ne faisons que ça, nous ne faisons que nous répondre). Je l'avais tourné autrement et j'avais accentué volontairement ou involontairement l'usage du verbe FAIRE. Le pourquoi du comment de ce carnage dans les milieux aisés. C'est simple, je sais qui a fait le coup, qui en est le véritable instigateur. C'est tout bonnement Gus Van Sant, en effet, depuis Elephant(palmé je le rappelle) il n'a fait que de s'auto-sucer le bulbe alors il s'est dit qu'il fallait qu'il se reprenne et pour ça rien de mieux que faire Elephant 2, les suites fonctionnent toujours. Ça marche aussi pour Michael Moore.

Saloperies d'amerloques. On a déjà voté. Merde. C'était quand ? Ah. Et c'est qui alors, je veux dire il a combien d'oeils ? Deux. Merde, on est bon pour sacrément douiller. Pour cinq ans. S'il vous plaît, juste pour moi faites que dans ma biographie qui sortira sous peu il n'y ai pas inscrit " a vécu pendant les années d'amiante de l'ère Sarkozy ". Enfin faites comme vous voulez après tout.

Il me semble que je m'en suis pas mal sorti. Dommage que cette quête mémorielle ait réduit la force sensuelle de ce texte.

J'écris
comme
je vois
venir

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Article tiré du Charlie de cette semaine

Le making-of

Trois jours après le massacre de Virginia Tech, Cho Seung-Hui a fait son entrée sur le site de la version américaine de Wikipédia, l'encyclopédie intéractive du Net. Sa vie, son oeuvre y sont bien documentées et disséquées. Son passage à l'acte apparaît comme l'illustration de plus d'un savoir déjà constitué, la forme la plus récente d'une pathologie maintes fois diagnostiquée. Les multiples notes et renvois de la notice l'inscrivent dans la longue série des tueries spectaculaires dont il est le remake. On le compare à quelques-uns de ses plus illustres prédécesseurs, Charles Whitman, par exemple (cru 1966, massacre à l'université d'Austin, 18 morts, inspirateur du génial premier film de Peter Bogdanovitch, Targets), ou Eric Harris et Dylan Klebold (cru 1999, fusillade du lycée de Columbine, 13 morts, inspirateur de Bowling for Columbine de Michael et du Elephant de Gus Van Sant, tous deux primés à Cannes), et l'on mesure l'originalité de ce cru 2007 (32 morts)

Le public est à la fois horrifié et fasciné mais pas surpris. Le meurtre de masse est l'un de ses beaux-arts préférés. La dérive monstrueuse de la progéniture américaine est devenue un des lieux communs de la fiction hollywoodienne au moins depuis La Mauvaise Graine (Mervyn LeRoy, 1956) jusqu'au récent Alphadog, de Cassavetes fils, sorti il y a quelques semaines en France et encore en salle. Nul doute que des romanciers et des scénaristes se sont déjà mis au travail pour faire de la vie de l'assassin une parabole édifiante et cruelle, le récit tant de fois raconté d'une violence pulsionnelle que rien ne peut contenir et qui finit par exploser. Succès garanti.

Cho Seung-Hui est déjà une star. Il faut dire qu'il n'était pas seulement un assassin fou furieux, mais aussi un poète, l'auteur de quelques pièces de théâtre macabres (Richard McBeef et Mr. Browstone, déjà disponibles sur le Net, textes bruts ou interprétations libres, lectures souvent parodiques d'internautes face à leur webcam) et d'un manifeste politique qui témoigne bien de la manière avec laquelle une révolte adolescente peut virer à la rédicalité kamikaze.

A peine a-t-il commencé son périple meurtrier que Cho Seung-Hui prend le temps d'offrir aux médias la plus grande partie de son oeuvre avant de lancer sa salve finale avec son suicide en prime. Ils lui rendent ce service de diffuser son message pour qu'il fasse le tour du monde. Artiste total, le délirant est aussi un photographe et un cinéaste expérimental, soucieux de léguer à la postérité le portrait de lui qu'il a soigneusement mis en scène. Il exhibe sa haine et sa violence comme le reflet amplifié de la haine et de la violence de la société. Il veut être la souche prophétique d'une descendance de martyrs, et il est frappant de voir comment, sur le Net, certains internautes qui s'identifient à son ressentiment et sa paranoïa lui cherchent des excuses. Il est un symptôme, l'Amérique est la maladie. Scénario classique.

Les 43photos, les 27 petites vidéos et l'ensemble des textes qu'il a transmis à NBC pourraient être les morceaux de choix d'une suite au documentaire de Michael Moore ou la matrice amateur, façon reality show, d'un nouveau film de Gus Van Sant ou de Larry Clark. Cho Seung-Hui se présenterait presque comme le conseiller éditorial post mortem des cinéastes qui ne manqueront pas de s'inspirer de son histoire.

Là est la petite originalité de la tuerie de Virginia Tech : la conscience de son auteur qu'il va immédiatement faire une entrée fracassante dans les annales de la mythologie criminelle américaine. A partir de là, il veut contrôler son image. Sa composition est un foutoir syncrétique qui se réfère aussi bien à Jésus-Christ qu'aux assassins du lycée de Columbine, à Rambo et aux torturés d'Abou Grahib. Pour un psychiatre interviewé par le New York Times, " Il se campe en héros d'un film de Tarantino". Cho Seung-Hui ne cesse en effet de multiplier les citations visuelles. Un de ses portraits le cadre plusieurs fois comme le héros du film Old Boy, réalisé par son compatriote sud-coréen Park Chan-Wook, qui raconte l'histoire d'un homme qui se venge après avoir été injustement séquestré. Dans toutes ces images où l'assassin se met en scène, la réalité est indissociable de la fiction qui l'a programmé.

Stéphane Bou