Du vivant chez les tombés
From a true story of Manila
Mécanique, Luz traverse les allées de sépultures ornées ça et là de quelques bouquets. La faible lueur de sa lampe torche salue Julio Sal et Oskar Garrizo enterrés côte à côte, ironie du sort vu que l'un à molester la soeur de l'autre. Son visage est pâle parce que le soleil arrive. Luz était sortie du cimetière pour la petite commission derrière les buissons funèbres. Brûlant brillant assassin, le soleil est au rendez-vous en ce matin de mai.
Il balaie les tiroirs de marbre blanc qui servent de lits aux plus démunis, tristes résidants de la nécropole Octavio Paz. C'était bizarre mais dans les mentalités que de donner un nom aux cimetières ici. Palomita se lave les dents à l'eau froide et ça coule de ses lèvres à son menton, de son menton à la dernière demeure de Senor Rivera, lui qui avait beaucoup servi la ville pendant la crise se retrouve ainsi aspergé d'eau, de salive et de dentifrices. La lumière filtre dans les yeux des vierges.
Une langue de chat, il a une langue de chat, il s'appelle Nestor il a tout de suite aimé cet endroit, c'est vraiment bien qu'un type comme ça ne me juge pas simplement parce que je dors au milieu des morts. Palomita et Luz danse en marchant, elles sont encore des enfants même si elles aiment embrasser les garçons et se faire peur le soir. Au détriment de la famille Ezquerro reposant à quelques mètres du coin de jeu des filles. Il va falloir y aller les filles crie Marta la mère de Palomita. Elles doivent partir toute la journée car aujourd'hui exceptionnellement, oui ceux qui vivent dans le cimetière savent mieux que quiconque que la mort est régulière, on met en terre Federico le jeune fils du maire. Il risque de ne pas trop apprécier que des rôdeurs couvent le cercueil de son chérubin.
Au revoir blancheur spectrale des bosquets de pierre, rebonjour ville déchue à la toiture fine et ondulée. Une cinquantaine, une cinquantaine de personnes, les "morts-vivants" sortants discrètement de leur auberge de fortune à chaque ensevelissement, à chaque fois la même musique de leurs pas secs, et ce Te Deum absurde que l'on entend du sommet jusqu'à la fin de la pente. Il faut savoir que ce "jardin des épuisés" est incliné. Luz a le sourire jusque dans les cheveux et ça la rend belle malgré sa dent ébréchée et son manque d'hygiène flagrant. Sourire explicable par la présence de Nestor dans la grouille de la foule.
On ne sait jamais quand il se pointe celui-là, mais il se pointe car Luz disparaît toujours et qu'on la retrouve ensuite arrivant l'air de rien dans le "quartier marchand" à l'heure où le ciel commence à se teindre en noir dans des vapeurs mauves. "Quartier marchand" s'il en est, les agenceurs de dépouilles doivent être des gens zélés car au-delà des ensembles Famille, père-fils, maris-femmes, amis-cousins, amants fous-femmes mariées, ils avaient créer une dizaine de zones chacune correspondant au travail des défunts, exercés de leurs vivants bien entendu car quoi qu'on dise on ne sait jamais vraiment ce qui se trame là-dessous. Si les vers pouvaient parler. Là on avait le quartier des artisans, là le quartier des artistes, là le quartier des escrocs, là le quartier des gens de loi.
Palomita profite toujours de ces promenades au sein des gens normaux pour leur cracher dessus, elle fait ça bien. Elle trouve un restaurant à deux étages qui a des fenêtres côté rue et qui ne demande pas de payer dès l'entrée. Ensuite elle monte elle se poste, c'est à dire qu'elle s'allonge pour ne pas qu'on la soupçonne après, elle gonfle ses joues d'une bave riche, et elle en sort un jet quasi rectiligne venant fouetter noyer le visage calme des honnêtes passants.
Malingre et allongée personne ne la remarque, elle peut donc jouir tranquillement du spectacle de ces citoyens blessés dans leur orgueil par les crachats d'une fillette paumée. Si Marta savait ça. Mais elle ne le saura jamais, elle a l'air très fatiguée en ce moment Marta mais comme elle dit. Au moins si je meurs dans la nuit, vous aurez pas trop de boulot feignants. Marta ne peut pas avoir d'esthéticienne ou de diététicienne et ça se voit, ça se voit tant qu'elle en est devenue magnifique, magistrale, magique mère au duvet lourd et à l'embonpoint éclatant. Les hommes eux ont tous un job et ils partent tôt le matin pour revenir harassés tard le soir. Par habitude et hommage, tous ces villageois de la ville qui ne se réveille jamais, mangent autour et sur la tombe de Iltana Fletiv, femme encore plus combative et poilue que Marta considérée par tous comme la Mère de ces pauvres.
Ils ne se sentent pas pauvres et leurs vies rient de leurs discussions sur le gris froid et lézardé des dernières maisons. Le savon blanchit l'eau des bassines, le linge s'étend sous un soleil fumeux. Palomita est encore rouge de sa salive contre les joues d'inconnus. Luz est encore rouge de sa salive contre les joues de Nestor. La vie est belle parmi les dormeurs longue durée et leurs corps en putréfaction.
Mécanique, Luz traverse les allées de sépultures ornées ça et là de quelques bouquets. La faible lueur de sa lampe torche salue Julio Sal et Oskar Garrizo enterrés côte à côte, ironie du sort vu que l'un à molester la soeur de l'autre. Son visage est pâle parce que le soleil arrive. Luz était sortie du cimetière pour la petite commission derrière les buissons funèbres. Brûlant brillant assassin, le soleil est au rendez-vous en ce matin de mai.
Il balaie les tiroirs de marbre blanc qui servent de lits aux plus démunis, tristes résidants de la nécropole Octavio Paz. C'était bizarre mais dans les mentalités que de donner un nom aux cimetières ici. Palomita se lave les dents à l'eau froide et ça coule de ses lèvres à son menton, de son menton à la dernière demeure de Senor Rivera, lui qui avait beaucoup servi la ville pendant la crise se retrouve ainsi aspergé d'eau, de salive et de dentifrices. La lumière filtre dans les yeux des vierges.
Une langue de chat, il a une langue de chat, il s'appelle Nestor il a tout de suite aimé cet endroit, c'est vraiment bien qu'un type comme ça ne me juge pas simplement parce que je dors au milieu des morts. Palomita et Luz danse en marchant, elles sont encore des enfants même si elles aiment embrasser les garçons et se faire peur le soir. Au détriment de la famille Ezquerro reposant à quelques mètres du coin de jeu des filles. Il va falloir y aller les filles crie Marta la mère de Palomita. Elles doivent partir toute la journée car aujourd'hui exceptionnellement, oui ceux qui vivent dans le cimetière savent mieux que quiconque que la mort est régulière, on met en terre Federico le jeune fils du maire. Il risque de ne pas trop apprécier que des rôdeurs couvent le cercueil de son chérubin.
Au revoir blancheur spectrale des bosquets de pierre, rebonjour ville déchue à la toiture fine et ondulée. Une cinquantaine, une cinquantaine de personnes, les "morts-vivants" sortants discrètement de leur auberge de fortune à chaque ensevelissement, à chaque fois la même musique de leurs pas secs, et ce Te Deum absurde que l'on entend du sommet jusqu'à la fin de la pente. Il faut savoir que ce "jardin des épuisés" est incliné. Luz a le sourire jusque dans les cheveux et ça la rend belle malgré sa dent ébréchée et son manque d'hygiène flagrant. Sourire explicable par la présence de Nestor dans la grouille de la foule.
On ne sait jamais quand il se pointe celui-là, mais il se pointe car Luz disparaît toujours et qu'on la retrouve ensuite arrivant l'air de rien dans le "quartier marchand" à l'heure où le ciel commence à se teindre en noir dans des vapeurs mauves. "Quartier marchand" s'il en est, les agenceurs de dépouilles doivent être des gens zélés car au-delà des ensembles Famille, père-fils, maris-femmes, amis-cousins, amants fous-femmes mariées, ils avaient créer une dizaine de zones chacune correspondant au travail des défunts, exercés de leurs vivants bien entendu car quoi qu'on dise on ne sait jamais vraiment ce qui se trame là-dessous. Si les vers pouvaient parler. Là on avait le quartier des artisans, là le quartier des artistes, là le quartier des escrocs, là le quartier des gens de loi.
Palomita profite toujours de ces promenades au sein des gens normaux pour leur cracher dessus, elle fait ça bien. Elle trouve un restaurant à deux étages qui a des fenêtres côté rue et qui ne demande pas de payer dès l'entrée. Ensuite elle monte elle se poste, c'est à dire qu'elle s'allonge pour ne pas qu'on la soupçonne après, elle gonfle ses joues d'une bave riche, et elle en sort un jet quasi rectiligne venant fouetter noyer le visage calme des honnêtes passants.
Malingre et allongée personne ne la remarque, elle peut donc jouir tranquillement du spectacle de ces citoyens blessés dans leur orgueil par les crachats d'une fillette paumée. Si Marta savait ça. Mais elle ne le saura jamais, elle a l'air très fatiguée en ce moment Marta mais comme elle dit. Au moins si je meurs dans la nuit, vous aurez pas trop de boulot feignants. Marta ne peut pas avoir d'esthéticienne ou de diététicienne et ça se voit, ça se voit tant qu'elle en est devenue magnifique, magistrale, magique mère au duvet lourd et à l'embonpoint éclatant. Les hommes eux ont tous un job et ils partent tôt le matin pour revenir harassés tard le soir. Par habitude et hommage, tous ces villageois de la ville qui ne se réveille jamais, mangent autour et sur la tombe de Iltana Fletiv, femme encore plus combative et poilue que Marta considérée par tous comme la Mère de ces pauvres.
Ils ne se sentent pas pauvres et leurs vies rient de leurs discussions sur le gris froid et lézardé des dernières maisons. Le savon blanchit l'eau des bassines, le linge s'étend sous un soleil fumeux. Palomita est encore rouge de sa salive contre les joues d'inconnus. Luz est encore rouge de sa salive contre les joues de Nestor. La vie est belle parmi les dormeurs longue durée et leurs corps en putréfaction.

1 Comments:
Good post.
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