mardi, janvier 16, 2007

Voix off

J'ai été entouré de pianistes, j'ai écouté la blessure narcissique, j'ai pleuré dans un train qui n'allait pas vraiment hors de ce pays de merde, j'ai vu dans le métro sortant d'un couloir inconnu une fille qui pleure et je me suis demandé pourquoi, si c'était à cause de je ne sais quel petit ami rustre ou simplement parce que le monde oblige au surmenage, j'ai marché, grimpé l'avenue, et je me suis arrêté devant le cinéma, je me suis dit, pourquoi pas une toile c'est la bonne heure en plus mais je n'aime pas le cinéma seul et je n'avais nulle part où coucher après, j'ai cherché vainement dans mon sac mes tickets de métro roses, voyant ma peine un type à journal m'a tenu la porte vers la fraude, en le remerciant j'ai froissé son journal de mon corps malhabile, j'ai erré sur la ligne et j'ai pensé à ces vacances qui s'annoncent, j'ai été triste parce que oui je ne la verrai pas et puis, je me suis repris je me suis dit que je pouvais bien aller zoner autre part, peut-être aller voir le polonais ou David, ou des filles qui s'en foutent un peu de moi mais qui ne seraient pas contre ma venue dans l'absolu, je me suis dit que c'était malheureux que je le sois parce que je ne la vois pas pendant quelques jours et puis j'ai dit que diable! je l'aime à la russe, j'ai pensé un millième de seconde à Tchekhov, la Mouette les bouts de page retournés les soirs usés de sueurs et le fusil, cette réflexion si juste qu'il y a dans ce livre, je ne sais plus où, sur la méthode de création des poètes, un modèle du genre vraiment, il dit qu'il rencontre une fille ou un oiseau survolant l'étang et que le plus simplement du monde il l'écrit, je me suis dit que je pouvais profiter de ces trois semaines pour lire, me cultiver, en passant des journées interminables à la Faïencerie ( je note ici le lieu exactement car son nom ne me dérange pas ) avec dans les mains un livre d'Henry Miller et toujours les yeux braqués sur je ne sais quel passant spectral de ces bibliothèques, ou j'emmènerais ces livres chez moi et du style de ces livres m'en viendra un autre et j'écrirai facilement, mais il faut aussi que j'envois mon poème pour le concours, il faut aussi que j'écrive ces nouvelles sèches et si vraies dont je fantasme déjà, j'en ai deux déjà d'écrites mais elles résonnent encore trop de ma surabondance de détails d'ambiance, j'aimerais écrire simple, comme on parle mais avec la beauté de l'encre, ces histoires de chiens mourants ou de vieilles tantes séniles, il y a aussi le projet des post et des préfaces qu'il faut que je mette en route pour de bon, pas que dans ma tête, bien sûr je serai déçu du résultat mais à quoi bon être satisfait, il faut vraiment que je pense à appeler David avec lui je sentais un peu d'intelligence, ce vent frais d'emphase qui me damne, il faut aussi que je vois Ana en face à face, elle n'a pas l'air si bête, elle aimerait mes vers, et puis peut-être j'irai siroter sa salive, on dit des yeux oui des yeux des grands yeux, des yeux c'est toujours des yeux on va pas dire rétine ou pupille ou je ne sais quoi, j'm'en fous des répétitions des yeux des yeux des yeux,il y avait une suburbaine qui lisait un livre au titre hmmm Millenium Time quelque chose comme ça d'un auteur inconnu et je me suis demandé si un jour 'challah ce livre deviendrait une oeuvre littéraire marquante de ce siècle, un incontournable ou alors si ce n'est qu'un de ses romans de gare qui à l'air intelligent parce qu'il pèse plus lourd que les autres, je pense qu'il est toujours plus plaisant de lire un mauvais roman et que plaire est un geste trop gratuit, je pense trop, si bien que je me fais avoir, dans l'escalator me menant à la sortie un type manque de se ramasser mais se rattrape tant bien que mal en pouffant joyeusement de honte à l'épaule de sa voisine de la marche du dessous, il s'excuse il dit pardon, et je vois le visage complètement fermé et triste de la bousculée et là l'incroyable, j'ai vu la haine caractéristique de l'homme, il dit

Hé j'ai dit pardon, putain de salope de bonne femme

d'un air mauvais et terriblement noir, comme si, s'il avait eu une arme il l'aurait zigouillé sur le champ sa pauvre bousculée, tout ça parce qu'il avait doublement honte sûrement, sur l'escalator d'en face je monte un peu choqué et c'est non sans surprise que j'aperçois une belle brochette de contrôleurs aux habits bleus marines cernés d'une mince bande verte, et merde, merde, j'aurais du le valider(mon ticket de métro de tout à l'heure) et mon train qui part bientôt, la contrôleuse mignonne me demande mon titre de transport, je fais mine de le chercher partout comme si j'en avais vraiment eu de validé et à ce moment je pensais vraiment en avoir un de validé vu que oui...mais non le type m'avait laissé passer, je m'excuse lamentablement tout en continuant à fouiller dans la petite poche de mon sac, mais rien je ne donne que des billets usagés, j'en trouve un mais non le démagnétiseur déclare que je l'arnaquerai pas comme ça c'est à ce moment précis que...

J'EXPLOSE

je ne suis pas du genre à être glorieux dans mes coups de colère mais c'était trop, trop de gens se moquent de moi, je donne trop pour avoir quoi un semblant d'un semblant, j'essaie chaque jour de me comporter du mieux que je peux sans faire de mal à personne en écrivant des choses destinées à l'oubli, je suis qu'un misérable étudiant persuadé de pouvoir faire évoluer les mentalités sur l'utilité d'en avoir une, une belle une rêveuse une amoureuse, une qui s'écrase sur les ports en fermant la bouche, et non c'est encore moi qui suis en train de me faire baiser parce que j'ai été trop arrogant pour avoir envie de valider mon billet mais merde

" Bon je vais arrêter de chercher partout, mon train va partir, filez moi votre amende j'ai l'habitude de toute façon "
avec un ton haineux, ce ton désagréable, ce ton dégoûtant que j'ai quand je ne me contrôle plus

La fille décontenancée " Bien...euh bon...vous avez une pièce d'identité ? "

" Oué oué attendez " tout en fouillant une nouvelle fois dans ce foutu sac je grommelle des injures qui blesseraient plus d'une femme

il me paraît rigoureusement impossible de retranscrire ce qui se passa ensuite

je me souviens juste de mon sac par terre, de moi faisant cent ou mille pas frénétiques, de mes cris de rage, des larmes plein les yeux et la gorge, la balèze agent de sécurité déguisée en femme noire me dit de baisser d'un ton là je suis colère et je dis que je veux me barrer de ce pays de merde sans vraiment argumenter le pourquoi du comment que à force de ces contrôles et de l'abus des gens je me sens drôlement près d'une dictature et fichtrement loin de la démocratie, je regarde l'heure sur mon portable, je vais louper mon train putain ! elle me demande si c'est un train qui me fera quitter la France si je n'aime pas mon pays je répond que oui c'est un train pour rentrer chez moi, ils ne me comprennent pas, je suis fou au bord de la crise de nerfs, et puis si je n'ai pas ce train je passe la nuit à Paris à la gare qui va s'occuper de moi vous peut-être ? J'espère que vous avez un matelas pour moi, la garce me répond que oui elle en a un gonflable, et l'autre contrôleuse stagiaire avec son piercing olive au sourcil qui met un temps fou à rédiger mon procès verbal, et hmmm je me ressaisis, je peux avoir ce train, je signe le procès quand elle me demande

" Au fait c'est quoi le département de Grenoble ? "

...comprenez bien que j'ai beaucoup d'admiration et de patience pour la race humaine mais nom d'un génocide j'ai jamais foutu aucun de mes foutus orteils dans cette foutue ville de Grenoble, mais j'ai repris mes esprits et elle aussi elle comprend qu'elle s'est trompée et elle en rigole avec l'espèce de grosse femme armoire, ils sont vraiment en train de me prendre pour un con c'est adorable, finalement après encore un autre procès verbal de gâché par son inadvertance, je m'excuse auprès de la jeune fille, je lui souhaite une bonne soirée et je file droit vers mon train, oui je suis quelqu'un de poli et je déteste laisser l'impression aux gens que je ne suis qu'un fou dangereux tout de même, il est trop tard, j'ai les pleurs dans mes baskets oranges, mais tout va bien il y en a un qui part dix minutes plus tard, il ne s'arrête pas chez moi mais un peu avant je ferai venir quelqu'un de ma famille, arrivé sur le quai, après un contrôle de mon titre de transport, je monte dans le train en pensant hmm à quand le métro gratuit, oui vous l'avez dit le mot fraude, et le mot intelligence vous ne le dites que trop peu, j'ai déchiré le procès verbal bleu parce qu'on s'en fout c'est que de l'argent et je suis rentré dans le wagon spacieux car wagon de nuit donc wagon vide, quasiment seul, j'ai pas pu batailler avec mes quelques derniers morceaux de joie avant de m'avouer vaincu face à l'assaut magistral de mes glandes lacrymales, mes larmes coulent, encore toujours, la vitre à côté est sale, j'appelle pour dire qu'il faut venir me chercher dans quarante minutes, on me raccroche au nez mais je sais qu'il y aura quelqu'un, désolé, j'ai pensé dormir chez des amis mais je n'en ai pas dans ce coin, j'en ai très peu, vu que c'est mon père qui a répondu au téléphone j'imagine que c'est lui qui viendra, je m'imagine lui racontant tout avec exactitude dans une amertume légitime, lui racontant que les journées sont moches parfois parce qu'il faut qu'elle continue d'étudier et que j'aime être grand, que j'ai failli tuer un de ces agents ou un de ces policiers et que j'ai vu à travers le visage de ce type dans l'escalator que tout, la vie pouvait partir comme ça en un instant dans un cauchemar total où les coups de couteaux font mal, où les balles stoppent net les fugitifs et les laissent inanimés dans une mare ocre et que ça n'a rien de spectaculaire, c'est révoltant et ça laisse froid, comme un accident, que c'est dur, que je suis un type qui aime, qui aime et qui passe son temps à le noter, en petits ou grands caractères selon mes intentions, et je me résigne à tout lui dire et je me dis je lui dirais " Il vaut mieux enfouir les secrets, plus tard vous verrez ça fera une belle histoire " car je savais que je l'écrirai parce que c'est scandaleux mon rythme de vie, subir, s'émouvoir, s'apitoyer, transposer, travestir, inventer et ce à chaque tintement de l'aurore ou du crépuscule, comme par enchantement, c'est mon frère qui vint finalement me sortir de cette nouvelle gare déserte, une bruine légère passait comme des flocons de neige devant les phares de sa peu coûteuse mais séduisante auto, j'ai essayé de lui expliquer qu'on abuse de moi et que ça me va, il ne m'a pas demandé plus, il a envie de vitesse et moi aussi, je n'ai pas pensé qu'on pouvait mourir, sa conduite est tellement farfelue que par non-sens nous nous en sortirons toujours indemnes, cette phrase à vrai dire je l'ai pensé comme telle, le pare-brise constellait sous les étoiles de pluie, j'aimais cette vitesse, le gain de l'acte sur les mots, du meurtre sur le discours, cet esprit de loisir, je dois me dire je trouve cette formule assez classe, "Il faut que je dorme"