jeudi, janvier 04, 2007

Laisser des pistes

C'était l'aube de sa dix-neuvième année, il aimait reprendre les concepts sans les saisir vraiment, il aimait caresser une certaine pédanterie. Il ne connaissait rien et la lacune le nourrissait la musique aussi. Ces golfes éclatés, ces jardins où il se posait en réfléchissant, en élaborant carrière et multiples procédés mentaux visant une reconnaissance d'une large partie de l'humanité sensible. Dans un grand cahier vert il notait, il écrivait des choses aux titres vrombissants qui sonnaient comme des slogans irréels. Il vivait comme lui, le billet, qui risque de filer avec le vent. Les voix aigues et les mines blêmes de ces travailleurs qu'il imagine, surexploités dans des bureaux aux néons abrutissants, tous en batterie à produire pour quelconque ponte obscure au besoin vital de matières premières. C'est ainsi qu'il déchanta dans l'allée de pins, un gorgeon d'eau-de-vie et tout l'équilibre fout le camp.

Sa paume portait des hexagones de chairs arrachés avec un naturel inquiétant. Comme il se posa contre le mur et devant un autre, regardant la fête passer, la fille que l'on pense mériter à cause d'un comportement exemplaire et d'un amour qui ne désemplit pas qui se tire avec un quasi inconnu qui lui plaît pour allez savoir quel charme narcotico-rassurant.
Le froid ne me touche pas. Le froid ne me touche pas et je regarde le mur, commun à ceci près de cette espèce de langue de fils et de toiles qui pend en devant sans pour autant succomber aux chahuts du vent. L'esprit s'accorde parfois à ne pas demander d'explications à des phénomènes aussi banales, un mur s'il peut être enfoui sous des échelles de lierre peut très bien sous un élément externe X ou Y se parer d'une queue de poussières et de fibres. Là vient se nicher le piano bleu, cet instrument, ce piano bleu abandonné pas loin de la maison d'un ami mais là n'est pas l'histoire elle est sur les notes, ces notes qui se recouvrent peu à peu de la saison blanche et de la déroutante grisaille de ma région.

Alors je cherche une histoire, une origine et une fin métaphorique à ce piano bleu, froid, délabré comme les murs de ces demeures brûlées, mais tellement beau, posé près de ces arbres, sur cette herbe sale.

C'est ainsi que toute chose semble vouloir fonctionner, de ce qui tend à se traiter comme fonctionnement, nous cherchons une analogie de tout par rapport à notre mortalité, on fait donc mourir les histoires d'amour, on fait mourir un objet trop vieux, il aura eu sa naissance le temps de se décider d'ouvrir le porte-monnaie ou de fouiller ses poches pour se l'acheter, il aura vécu durant tous les moments où il se sera tenu dans notre intérêt.
Des objets on les brise on peut les faire mourir quand on veut comme les gens sauf qu'on risque moins la prison pour une chaise enfoncée dans un écran de télévision que pour un cran d'arrêt plantée entre deux côtes.

De ceci peut s'établir une réflexion sur le matérialisme, sa main mise sur notre simplicité, et on peut faire revenir un titre qui exprime bien ça et ce malaise :

Objets de luxe pour personnes seules

Il y eut une époque non jamais, bref ils ont réussi à nous faire bannir l'image de l'obèse obscène aux pupilles révulsées affalé sur son canapé devant sa télé dégueulant un taux incroyable de machins visibles à caractère toujours plus ou moins inintéressant pour agrémenter les pubs.
Ce cliché réconfortant a donc laissé sa note de téléphone et est parti sans payer les clopes et c'est pas tant mieux, aujourd'hui on achète du home cinéma, des moyens de compression de la pellicule de plus en plus perfectionnés, de la haute définition ce qui n'empêche pas aux grosses majors majors et aux grosses majors indépendantes de dégazer un flot absurde de merdes filmiques en tout genre.
Que ce soit les films d'ados en mal de vivre filmés de derrière, les comédies romantiques adaptées de best-sellers ignares qui sont en tête des ventes grâce à une bonne promotion grâce à un bon bouche à oreilles un bon scandale pour faire mousser le tout et c'est bon, en plus vu que c'est totalement idiot c'est facile à lire et tu souffres du syndrome de Borges quand tu lis tu te dis "Putain ce que je deviens intelligent" même si tu lis de la connerie à belle reliure et avec une appréciable qualité de papier mais de la connerie quand même.
Et encore passer pour intelligent ce n'est pas passer pour beau, ça me va tant que je reste dans la marge, et la marge prend le pli sur la page et et cætera l'anthologie des modes.

Les religions sont des modes qui ont trouvé en l'âme humaine le meilleur des partenaires boursiers.
Revenons à cet orgue azur trônant dans la forêt et réinventons le.

" Ma fille ne sera pas une de ces musiciennes molles du genou, ma fille lira des livres et se passionnera pour les feuilles mortes "

Si on excepte la parenthèse sur les déchets organiques, on attend à la suite de cette phrase, une dispute entre un époux et sa femme au sujet de la bonne éducation de la sensibilité chez leur fille.
Ensuite il y aura la révélation, la fille qui s'assume et qui déballe tout haut que ce qu'elle a toujours voulu faire depuis le début c'était l'actrice et ça se terminera avec un visage blanc sur la scène d'un théâtre parisien pas trop bondé parce qu'elle débute et qu'il faut faire croire au lecteur que plus tard peut-être on la verra à la une du papier glacé se prélassant sur une plage en suçant son pouce.
Le mari jettera le magazine avec rage sur la moquette clairsemée de copeaux de pistaches et il gueulera intérieurement que ce pouce est un assaut de son enfance brisée, oui il fallait la laisser partir et il pleure, il n'a jamais eu l'occasion de dire à tout le monde qu'il est le père devant des caméras bouillantes.
Vu que c'est une actrice et qu'on a la dent dure, il y aura la période cocaïnowomane et on sera tous triste, c'est dur une vie de riche quand on est seul, c'est dur d'avoir tout mais personne à serrer dans ses bras, ce genre de démons qu'on ressasse dans des autobiographies torchées par des aisselles pour nourrir sa petite marmaille car le recueil de poésies ne fait pas grand bruit.
Elle s'en branle l'actrice en vrai, elle aime voir comme sa vie brûle.

Si c'était ça, on s'écarterait définitivement du clavecin turquoise( technique de la non répétition absolue) qui n'aurait jamais existé ou pas dans ce foyer là vendu qu'il aurait été par mes soins à un orphelinat où résonnent encore ses chaos enchanteurs aux clairs des tablettes de verre cernant le hangar possédé par une brise infecte que mon imagination a fomenté en mon absence, maintenant je pense que les orphelinats sont réellement de grands hangars.
J'ai sûrement tort mais j'ai évidemment raison.

" Que répondras-tu quand il te questionnera ?
- Que vous êtes mon maître d'éducation physique et que si je vous vois souvent c'est simplement pour parfaire mon entraînement.
Bien, et pour les traces de sperme ?
- Je dis que je ne me souviens de rien, mais que j'ai parfois l'impression que mon père me surveille.
Parfait ma douce, je t'aime
- Moi aussi "

C'est doucement glauque, ça traite on ne peut plus clairement de la pédophilie ( que l'on pourrait traduire selon notre humeur par "amour des enfants" c'est bien pourtant d'aimer les enfants ) et ça se termine ou ça commence sur une touche tendre, mais je sais déjà, je sais déjà que vu qu'il est maître d'éducation physique et qu'il lui demande de mentir à un interrogatoire( prétendument orchestré par les autorités policières ) c'est qu'il la manipule, elle la jeune et frêle, et lui le pervers abject assouvissant ses fantasmes les plus clos auprès d'une étudiante facilement impressionnable.
Il n'y a pas une once de passion dans tout ça !
Les catalogues ont la peau dure, moi je dis et on ne peut me faire changer de sens, que c'est une belle histoire eux deux.

Dans la tranchée ondule sans bruit le soldat Jisop, rescapé de la bataille des Adriatiques et fervent défenseur des éoliennes dans leur combat face à l'infâme nucléaire.
Cette sentence insensée me conduit bonhomme allant vers le néo-Don Quichotte vissé sur sa Vespa et pétaradant lance-roquettes à l'épaule en vue des dames blanches et de leurs calmes hélices.
Un champ d'éoliennes.
Une herbe un paysage où souffle un vent magique.
Des ombres qui se bousculent.
Des baisers qui s'attrapent au poignet et qui se chamaillent.

L'autre jour, j'ai senti la mer et je m'y suis mis, non pour plonger, non pour nager, non pour me noyer mais pour être à l'intérieur et y ressentir frappant ma poitrine et mes os toutes ses émotions.

Un peu comme je suis à l'intérieur de ce piano et de ces ambiances résiduelles que je décris en vain à l'infini.
Me voilà coincé entre les cordes grises misérables et coupantes de ce piano, et je soulève à peine le couvercle pour y voir percer la candeur mystiques des arbres et de la forêt des hommes.

Jamais loin du délire d'une femme.