jeudi, décembre 20, 2007

Aube pique du nez

Je suis la fille d'André Breton. Ce qui m'a interdit la poésie. Je suis sa fille et Gala, que dire Gala, une femme ordinaire, les mots la transportent, une femme ordinaire transportée dans une magie. L'eau frappe les rochers, étale sa chevelure mousseuse sur la plage cassante. J'aurais aimé lui écrire marais salants, quelque chose proche de ses billes grises, qu'il aimerait croquer en pensant "ça c'est mon Aube". La poésie m'est interdite cependant alors un matin. Un matin je l'ai giflé, pauvre père, parce qu'il ne m'a légué que des yeux sans bouche. Sans ça, on étouffe, on regarde les faucons fendre l'air, les autres vivre les rues, et tout ça, derrière les vitrines, on observe. On constate la lénifiante odeur du caramel, la parfaite harmonie des sucres d'orge ou d'un orage sale. Mais on n'y peut rien, alors rien d'autre que le sommeil en solution. Rien d'autre que ces rêves où j'écris j'écris j'écris( tout, vingt milliards de nuances et d'impressions, un impossible compte solaire ) et où mon père est fier marchant vers la potence.