A short misery
Il suffisait de regarder ailleurs. De ne pas chroniquement m'intéresser à ça, de tracer, de mettre les mains dans les poches, l'air de rien. Mais que voulez-vous, il fallait bien un commencement. Alors je me suis accroché, à la feuille bousculée et à tout son entourage, animaux, peaux, sangs, ciel, patience. Simple comme bonjour mais bonjour n'est pas simple. Cette année, il fallait aussi que je m'extirpe de l'ombre, tant bien que mal, en rapprochant le plus possible le chandelier de mon visage quitte à brûler un peu. La chair quand elle flambe, monte et s'évapore en papillons. Ce n'était pas tant les sans-abris, les pauvres, les démunis, les rues cassées, les yeux violents des meutes, l'intense et muette rage du monde que je devais éviter de croiser du regard. C'était plus, indéfinissable, pareil aux premiers rêves, avant qu'on ne nous les interprète. Avant un rêve c'était pur, léger, ça coulait, chaos ou harmonies d'un imaginaire libre sur sa Terre électrique, maintenant ce rêve, même rêve, gratuit, coûte rien le rêve, fermer les paupières, et encore, avoir une couche, passons, accès libre pour n'importe qui n'importe quand n'importe où. Un rêve se fait en ce moment. Maintenant ce rêve, il a des couleurs et des formes nouvelles, mais ces couleurs et formes ont un sens, au fond au rêve, on ne le lui laisse plus l'imagination. C'est à mourir de rire. D'ailleurs je devrai faire ça, me piquer d'un rire fou, cardiaque, et pendant que mes côtes se contorsionneront, m'éteindre, sans attendre, balancer sur ma chaise et connaître le choc. Quoi de mieux ? La misère a toujours été là, compagnie furtive et décisive, elle perpétue le goût âcre quand on se voit planer. Mille milliardièmes de misère crachotés sur les planètes, le ciment rayonne, soudain viennent les pas, des pas tenants dans des talons, à ces talons, croqués maintes fois, en fumée, en siestes, en divagations, en extra. Ces pas fantomatiques, spectres diaphanes et tout inexistence pourtant plus crus et féroces que tous les autres corps qui gonflent et battent.

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