jeudi, octobre 18, 2007

L'hiver déréglé

"J'en ai ma claque des aurores boréales." Don't try to follow the human race.

Nous voilà insatiables, livrés à la chaleur des bombes. Des phrases circulent comme celle-ci. Insatisfaits, la frise astrale crucifie les couleurs et on s'en lasse, on voudrait l'acier, la cigarette. Loin du voilier, l'enfant de pauvres active ses rêves autour de ces ciels stupéfaits. Aurore boréale / Building / Building / Aurore boréale. Deux façons de régaler ses yeux. A vivre dans le sable, on espère la pluie. A vivre sous la pluie, on espère le sable. On y peut rien.

Sous le film, les blancs membres de Christelle aspirent aux flammes. Sous le film, elle ne respire plus. Sous le film, arrêtée par les cristallins éclats du lac. Sous le film, elle plongea, pour retrouver Jeff. Sous le film, ils disparurent tous deux, laissant des chansons aux siècles pour les amants à vivre. Sous le film, la casquette bleue du détective vire au noir, il sait qu'il ne résoudra pas cette affaire mais qu'il faut qu'il aille jusqu'au bout. C'est dans le script.

" Il est malade, il prend plein de médicaments, il a du mal à comprendre tout ce qu'on lui dit, il est gentil. " GENTIL ? JE ME FERAI UN PLAISIR DE MARCHER SUR VOS CADAVRES ! Si seulement vous saviez quels assassinats du sain vous mettez en place à parler ainsi de moi alors que je suis dans la pièce ! Juste à côté sur ce fauteuil ! Et que j'entend tout ! Mon corps me fait défaut, mon esprit aussi ! MAIS VOS CRANES EXPLOSERONT SOUS MES PAUMES ! Je suis un chien, vous feriez mieux de m'en tirer une.

Quand je voyais à l'orée, sortir sa blanche silhouette, quand le canal on longeait, frigorifié, passant nos mains contre les grillages pour singer une musique, quand la nuit tombait si vite, et que j'aimais boire du thé, en observant, l'oeil doux, la clarté étouffée du réverbère veillant sur ton toit.

Les hommes n'ont pas de nom. Ils leur faut un piano, une tirelire où poser leurs revolvers et une étrangeté.

/ Ce matin sonnait vide. Il était comme tous les autres(excepté ceux des Noëls d'enfance, ceux des femmes, ceux qui n'arrivaient pas, ceux qui l'évitaient, ceux des vacances, ceux où il étaient malades) pour Svrano Lexomil. Il dormait en caleçon, sans chaussettes ni pantalon mais avec son tee-shirt, celui sur lequel était dessiné un cheval au fusain. Ses amis se demandaient toujours en voyant ce tee-shirt, pourquoi, si c'était une question de précision dans le trait ou de bousculement dans l'inconscient, il ne le trouvait pas laid mais presque fascinant. Peut-être que Svrano Lexomil le savait. Svrano se fait la plupart du temps appelé Svran' par les filles qui deviendront ses concubines et Lexo par les types qui pensent pouvoir profiter de lui assez rapidement. Il ne ronfle pas, il se souvient rarement de ses rêves et pèse le poids des anges. Il conclut chacune de ses sessions de sommeil par un petit cri animal( [Mé] ou [Bô] ) là où la plupart s'étire comme des étoiles à s'en arracher la mâchoire. Svrano n'aime pas le café depuis qu'il sait que ça fait jaunir les dents et comme Svrano n'a pas pu embrasser Hilda parce qu'il avait les dents jaunes, depuis il fait gaffe(Hilda le lui avait dit cash, c'est fou l'honnêteté qu'on peut avoir à treize ans)(on peut certes trouvé ce grief un peu léger mais il est vrai que des dents mal entretenus ne sont pas belles à voir). En remplacement, Svrano décida un matin de boire un lait chaud au miel et ma foi cela ne lui allait pas si mal. Après son verre de lait, Svrano prend une douche(il préfère prendre son bain le week-end), il commence par se mouiller entièrement le corps, puis se frictionne avec du gel douche à l'amande douce de bas en haut, il remonte le long de ses mollets bruns et secs, savonne savamment ses cuisses, fais passer la mousse sur ses poils ondulés et sur le bout de son sexe, caresse son ventre et ses côtes, frotte trois fois chaque aisselle et termine sur sa pomme d'Adam. Pour le visage, il utilise une petite crème pas vraiment donnée. Il asperge d'eau ses fins cheveux noirs qu'il lave une fois tous les deux jours et sort de la douche après avoir fait disparaître un à un les monceaux savonneux de son corps grêle.

Je dois vous avouer que ce n'était pas vraiment très drôle de vous conter les manières hygiéniques de ce personnage. Mais je ne pouvais pas le faire passer pour quelqu'un de sal et de mal éduqué. En finition à cette toilette, Svrano se brosse les dents, quand Svrano a un peu plus de temps devant lui, ça lui arrive d'imaginer des airs célèbres dans ses coups de brosse sur l'émail, autre chose moins avouable, en octobre il y a de cela quatre ans, Svrano fut pris d'une gingivite, ce qu'il fait qu'il crachait du sang parfois mêlé à la salive. Figurez-vous que Svrano aimait ça, cracher du sang. Pourtant avant cela, il tournait quasiment de l'oeil à la vue de la moindre goutte d'écarlatine. Il allume ensuite sa chaîne et attend à chaque fois le début de la quatrième mesure avant de commencer à s'habiller, c'est d'un raffinement. Il n'y a que la solitude dérivant sur la démence ou la sagesse qui ne puisse permettre de tel plaisir. Un vieux jean troué et un tee-shirt des Jets feront l'affaire. Deux chaussettes blanches, un peu trop longues pour lui, qu'il remonte juste au-dessous du genou. Un boxer noir. Rapide passage devant la glace pour vérifier que tout est bien là où ça doit être et il est temps de partir. Oui, Svrano ne va pas aux toilettes car dans cette histoire les gens ne vont pas aux toilettes.

L'ascenceur ne marche pas, ce qui ne change rien puisque Svrano vit au rez-de-chaussée mais ce qui pourrait jouer un rôle décisif si jamais une fois il avait envie d'aller sur le toit de son immeuble pour contempler la nuit. Il sort son scooter de l'arrière-cour, enfile son casque, un vieux modèle qui laisse son visage à découvert. Gaz, gaz, il roule. Le vent vint fouetter ses joues dans une cérémonie...

Que se passe-t-il pourquoi la description s'arrête-t-elle ici ? Quoi ? Il n'y a pas de vent ? Comment ça ? Plus de vent ? Vous voulez dire qu'il fait clair ? Non plus de vent, même s'il roule à 200kilomètres heure, il n'y a rien. Oui c'est bien ça. Le vent a disparu. Les arbres restent figés, les chapeaux sur les têtes. Il faut que j'en parle à quelqu'un. Monsieur monsieur s'il vous plaît ! Oui bonjour, vous avez vu, il n'y a plus de vent...

Oui, j'ai vu, mais excusez-moi je dois y aller.

à suivre...