jeudi, octobre 25, 2007

T'es libre quand ?

Les affreux bâtisseurs de colonnes, les putrides sculpteurs de tableaux. Ces monstres-là, bien installés derrière leurs machines, qui construisent nos emplois du temps. Ces documents qui contiennent nos obligations à être à un endroit précis à une heure précise dans un ennui précis. Ces fichiers qui nous empêchent d'aller foutre les pieds en Suède ou au Guatemela. Au fond, rien ne nous en empêche, mais tellement de choses, de regards, des parents, des amis. Nous sommes devenus tellement inconsistants qu'il nous est impossible de disparaître. Je dors à un rythme étudié, pour pas que mon enveloppe ne craque. Je mange selon les demandes régulières de mon organisme. Je ris quand j'ai besoin de rire. Je pleure quand il faut que je pleure. Il m'arrive de demander aux camarades ce qu'ils font de leurs heures creuses, ils me disent : "Je m'ennuie", "Rien de spécial", "Je suis avec ma copine". Hier, j'étais debout dans le froid, des langoureuses nuées de petits oiseaux noirs virevoltaient par grappes autour de l'impressionnante grue dominant le chantier en face de la gare, à droite de ce chantier, au-dessus d'un immeuble ras et gris, la lune était là, remplie aux deux tiers, brillante endormie, et ça, ce soulèvement naturel, cette somme d'interactions quasi magiques entre les voyageurs pressés, les oiseaux programmés, les grues mortes et les lunes ensommeillées, j'étais presque certain d'en être l'unique spectateur. Là j'ai fait de l'art pessismiste, c'est à dire que je vous ai prêté mes yeux sans y croire. Si je vous parle de ce moment, c'est qu'il intervient dans une attente que j'ai moi-même souhaitée, j'aurais pu rentrer chez moi plus tôt, mais j'ai préféré voir. Tenter de jouïr ainsi de ces moments détendus, on nomme cela la vie ou son essai. C'est le plus souvent seul et loin des contraintes de l'horlogerie qu'il m'arrive d'approcher l'absolu, instant VIF ou mort où rien ne semble exister. Nos sociétés, bonnes sociétés de graisses et d'apparats nous donne un mode, une gamme de comportements à adopter, il y a les bourgeois et les pauvres gens, les pacifistes et les anarchistes et tout le menu peuple au milieu et c'est très bien comme ça, il serait juste alors d'extirper de cette tapisserie figée les Esprits. Ceux qui sentent. Qu'ils appartiennent à des paysans à la face brûlée ou à des patrons défigurés par le remord, ils sont là. Il ne s'agit plus là de bel esprit ou d'esprit libre, car aujourd'hui, tous ceux-là rentrent assez communément dans une case attribuée. Même, personne n'est plus libre, personne ne le fut jamais, Diogène ou Rimbaud(n'oublions pas Valuko et Tyrone) que la plupart des froides pisses salue pour leur sens du direct et de l'évasion, Diogène ou Rimbaud devaient se branler et écrire les démones. La liberté, finalement, à mon sens, serait de regarder où bon nous semble.

Post-Scriptum : S'engager, c'est se tirer dans l'âme.