samedi, février 24, 2007

Exercice 19 / Le 7décembre 1941, dernières pensées de Tadashi Kusumi

Je l'entends chanter.

Il ne fait que dormir.

- Je ne saurais vous répondre.

J'ai vu manger du serpent.

J'espère réussir.

J'écoute le tonnerre gronder.

Je les vois se préparer.

Voici venir les temps où chaque fleur s'évapore.

Il sentait l'émotion l'envahir.

Je lui ai appris à nager.

Un jour ou l'autre, il faut mourir.

Le général ordonne aux soldats d'attaquer.

Falsifier folie

Les femmes passent, les animateurs télé seront à jamais beaucoup plus riche que l'écrivain du siècle qui sera reconnu dans deux cents ans quand enfin ces putains de voitures voleront. A quoi ça servirait qu'elles volent au fait ?

Ils nous traitent. Par-dessus le marché les avions transactent transbahutants trois cents vingt cinq passagers d'origines différentes, des tonnes de chairs, de muscles, de graisses, de sangs, de quoi rebâtir en os la Tour de Pise et quelques dizaines de tours du monde d'intestins grêles. Et par dessus tout, on se fait diffuser.

Ils nous parlent. D'adolescence malingre, mal dans sa peau, de satanisme, de scarification, de désoeuvrement, d'idées noires, de blogs, de suicide, d'addiction à internet et aux univers persistants et ils le montrent dans d'autres univers persistants, persistance de docteurs, de sociologues, de psychologues, persistance d'aide télévisuelle.

La donne a changée. Avant quand ce bon vieil être humain avait une écharde nichée dans le pouce, il faisait l'homme un peu, puis il se plaignait un peu, avant de geindre, de sentir la mort, la fièvre peignant son front blême, il appelait ses amis, sa famille, maman, papa et ils venaient tous un par un vêtus de compassion et d'un bouquet de fleurs. L'être humain se sentait CONSIDERE et il pouvait retourner tranquillement travailler, l'écharde était toujours là, purulente, affreusement douloureuse, rouge, jaune, violacée mais qu'importe.

Aujourd'hui, l'être humain est encore plus vieux, il marche avec une canne en or qui traîne sur un sol poussiéreux et qui écrase des câbles. Il a encore mal bien sûr mais il ne se plaint plus comme avant. Maintenant quand il doit gueuler, pleurer, vomir ses torrents de dégoûts et d'amertume, quand il doit relâcher le fiel à son ciel de stupre, il appelle Dieu.

Dieu a changé. Dieu est représentable. Dieu porte un costume, gagne mille fois plus d'argent que vous et moi, est gentil. Dieu est gentil. Dieu a un micro-cravate, il met parfois du gel, il a un attaché-case et encore deux ou trois autres flottes de mots composés le caractérisant(sèche-mains, brosse-électrique, lave-queue, femme-dévouée, bons-sentiments...). Dieu ne sait pas s'il vote à droite ou à gauche du moins il ne le dit pas, et il ne le dira pas car on ne peut pas virer Dieu. Dieu est cependant pour un accroissement des libertés sans pour autant que ça devienne le chaos. Dieu s'intéresse à la bourse, à l'art contemporain et aime à se prélasser souvent en écoutant Vivaldi. Dieu respecte le travail de la police et déteste clairement la sécurité qui pollue de sa brutalité le bonheur total qui règne sur ses plateaux. Dieu possède une résidence dans le sud et une autre à Miami. Dieu a changé sans pour autant changer puisqu'il aide toujours les siens.

LES HOMMES ! Tous tournés vers l'espoir cathodique, vers le fond de teint, vers le petit cul magique de la maquilleuse, vers les petits fours et les poufs aussi confortables que le paradis. Les hommes cherchent à passer à la télévision quoi qu'il en coûte. Car elle nous aide ! Apportant célébrité, fortune et reconnaissance par la boulangère du coin.

" AH JE VOUS AI VU A LA TELE HIER ! "

Le télévisé est heureux, il ne sera jamais autant heureux que maintenant. Il a l'impression d'être Miss Hepburn, Mr Wayne et peut-être même Will Smith qui sait.

Tu rentres sur le plateau, tu essaies d'être détendu, LE MONDE TE REGARDE ! Les yeux écarquillés car ta tête est nouvelle et tu balances ta chiasse. N'importe laquelle, tu peux être de la nouvelle chanson française à la guitare sèche et aux textes poético-engagés, tu peux être du livre de confessions sur tes années de prostitution dans les allées crades de Mexico City, tu peux être une obèse qui témoigne que c'est dur d'être obèse, que le regard des gens n'a pas évolué qu'ils me voient toujours comme une obèse(et derrière on est tous là à peine ému et on la traite de grosse vache parce que c'est vrai quoi c'est une grosse vache, t'es une grosse vache, fais du footing, arrêtes le sucre, vas te faire percer le bide par le Dr Watford, oh joie du futur ! Quand nous porterons tous enfin un anneau gastrique), tu peux être un cinéaste Nouvelle Nouvelle Nouvelle Nouvelle Nouvelle-Vague et dire que si tu tournes seulement en noir et blanc et en muet avec des acteurs chimpanzés c'est pour retourner à l'animalité de l'art et que tu ne fais pas du tout ça pour le fric(tu suintes le fric, tu veux le fric mais tu fais pas ça POUR le fric) tu peux donner à tout va des expressions comme " ce qui s'appelle dans la terminologie nietzschéenne " le misérabilisme absolu " " (as-tu lu Nietzsche, on entend Nietzsche partout à toutes les sauces, Nietzsche a dit ceci, retenez cette phrase de Nietzsche, Nietzsche partout à toutes les sauces, comme Rimbaud comme Artaud comme Dewaere comme les multinationales et la mortalité infantile en Afrique, Nietzsche comme Rimbaud, partout, nulle part, personne n'a lu Nietzsche, les gens lisent Nietzsche pour se sucer la bite mais personne n'a lu Nietzsche, même Nietzsche lui même avait du mal sur la fin), tu peux être une actrice décérébrée brune aux yeux félins, tu peux être du bacon, une adolescente qui n'en peut plus de sa mère, une fan de Mylène Farmer, une gothique mais faut pas confondre gothisme et satanisme moi je suis juste goth parce que j'aime bien le style je bois pas du sang tu vois TU BOIS LE SANG DE TA SOEUR ! SOEUR A PLEIN D'IMAGES PAR SECONDE ! SOEUR SUR TREPIED ! SOEUR AVEC CADREUR ! SOEUR AVEC LUMIERE ROUGE QUI S'ALLUME ! SOEUR ON AIR ! SOEUR CAMERA DV !

Tu peux être tout ceci le résultat est le même : le sourire, la fierté de la boulangère du coin(marque déposée)qui connaît quelqu'un qui est passé à l'intérieur des mailles du filet télégénique et qui en est revenu habillé de l'aura particulière de ce qui ont été vu, revu, rediffusé à l'infini dans le néant des zapettes et des insomnies des travailleurs fatigués.

Après la gloire, ça dépend du nombre de boulangères(et de boulangers) du coin que tu as réussi à frapper, à marteler avec ton image, toi icône, symbole de toute une génération, toi star déjà miniaturisé, copié, vendu, matriculé, échangé dans les marchés à ciel ouvert illégaux de Pékin, toi déjà les mains dans le ciment, l'étoile sur Hollywood Boulevard, toi déjà vieux grisonnant discutant avec une gamine qui t'admire, et hmmm la notoriété, ta notoriété sur le déclin s'enfonçant lentement dans ses hanches qui te vouent un culte, toi jamais vendu, toi jamais vendre toi, toi luttant aux côtés des démunis, toi donnant 1million de dollars à une association caritative, toi beau, toi mauvais film, traversée du désert, toi promotion, toi press junket, TOI TOI TOI .

Ils m'ennuient. Des gens vont mal, vraiment mal, intellectuellement. Les gens parlent dans le train, ils s'embrassent, la fille dit qu'elle n'a lu rien d'autre que les LIVRES OBLIGATOIRES pour l'école et le garçon(ou la fille) sourit et la comprend. A mon avis ils sont ensemble parce qu'ils n'ont pas le choix, ils doivent se partager le même neurone. Non pas qu'il faille lire, la lecture c'est chiant, mais ça ouvre, ça ouvre plus qu'un magazine, moins que la musique mais plus qu'un magazine. Les mots se perdent dans une incroyable gabegie. Et on festoie, les fêtes sont belles plus belles que jamais, avec toutes ces lumières qui brillent intensément et toujours au bord de l'extinction, au bord du balcon qui craque et tombe emportant avec lui les robes, les rouges à lèvre, les érections, les champagnes et quelques romans coups de poing en préparation.
Les femmes passent, pleuvent. Je suis figé et la pluie des louves me loupe. Son arc-en-ciel me déchire la joue, je me sens seul, je me sens aussi seul que le président des États-unis.

J'estime avoir un certain talent, un quelque chose, mais je doute, heureusement, à chacun son magnan. Donc je voguais et je me suis dit pourquoi pas perdre toute sympathie pour la race humaine...

J'ai donc été faire un tour sur les blogs. Y'A VRAIMENT UN TRUC QUI CLOCHE DE NOS JOURS. Je ne dis pas non à la puberté, à ces amitiés, ces amours d'alcools étalés par tranches dans des photos où tout le monde a les yeux rouges et l'AIR COOL, cool comme la tristesse, la pitié, la fin du monde, fermez tout on remballe. Ces jeunes sont ailleurs que par chez moi, ils baisent, écoutent de la mauvaise musique, aiment des mauvais films(parfois des bons), ont une famille, un papa si drôle avec son chapeau de père Noël, une mère si attentive et qu'on aime tant. J'aime ma mère mais ici c'est différent. Ici il y a un poème qui va avec, un poème qui doit sonner comme ça à peu de choses près :

Maman
J'aimerais pouvoir toujours t'aider
Mais la vie c'est pas facile
Ça ne tient qu'à un fil
Et il n'est pas loin de céder

Merde...J'arrive pas à trouver le truc, je l'ai enjolivé je trouverais presque ça bien si j'étais un anarchiste, c'est tellement con leurs trucs. On peut dire que je suis méchant mais ce qui me chagrine vraiment c'est qu'ils ou elle en l'occurrence appelle ça de la poésie...Mince mais oui elle a entièrement raison, Paul disait " La poésie inspire plus qu'elle n'est inspirée " et ça marche ça m'inspire certes de la répugnance, de la haine, du désappointement envers ceux qui partagent mon âge mais ça marche.

Deuxième point sur la poésie DES BLOGS. Il y a aussi les poèmes d'amour...exemple...

Toi et moi
J'aime être avec toi
Dans tes bras
J'aime tes baisers
J'aime quand tu souries
Toi et moi
C'est pour la vie

Pourquoi pas mais ça reste limité. Elle pourrait dire :

Toi et moi
J'aime être avec toi
Quand tes lèvres me massacrent
Saoulent mes sens
Et me font rouler par terre
A la renverse
Dans la rivière de tes rires.

C'est aussi très con mais déjà y'a de l'avancement, je pourrais mieux faire mais la flemme et puis l'idée du " Toi et moi " un autre jour. Il y a des tonnes de photos de ces soirées bon sang ! J'imagine l'intention, l'appareil photo numérique, on va se prendre en photo, je vais la mettre sur le blog et toi qui est sur la photo tu mettras un commentaire teinté d'humour, oui chut faisons ça. PROSTITUONS NOS SOUVENIRS !

Tous ces blogs sont des skyblogs, manne superbe pour cette radio, ombre de radio, lacérant langoureusement les tympans branchés des auditeurs de leurs merdes sucrées, calibrées, dans l'air du temps. Rajoutes une voix de fille tu verras ça le fait mieux. Tu rencontres la fille au studio, évidemment comme c'était écrit en petit caractères sur le contrat tu tombes amoureux tu deviens un couple glamour et ça fait les choux gras de la presse people et ton ordonnance de Prozac augmente exponentiellement.

Il y a aussi les blogs des pétasses révoltées néogoths. Là il y a tout un imaginaire du sang, de la solitude, des lèvres noires, des croix bizarres, des vampires et des peluches à l'oeil pendant. Là aussi puisque la poésie est un merveilleux moyen de montrer que TU AS UNE SENSIBILITE PROPRE QUI N'EST QU'A TOI ET QUE T'AS PAS ACHETE EN MEME TEMPS QUE TES BOTTES ET TON PIERCING AU NOMBRIL. Là aussi donc il y a des poèmes du style :

Je me sens mal
Le sang coule de mes veines
Tu es parti
Et je saigne
Mon coeur aussi
Mon coeur s'écroule

Tiens c'est bien ça mon coeur s'écroule. Suicidaires bubble-gum qui n'ont même pas l'audace de bouffer du verre pilé, de se tronçonner la figure, de s'arracher les bras pour les jeter sur les rails, suicidaires peureux, suicidaires qui vont vraiment mal, ça fait flipper les cheveux noirs, la peau blanche. Suicidaires griffures de chat sur le bras droit et minces filets de sang et de larmes dégoulinants par la webcam. Délicieux temps où j'étais une caricature de tout ça et où j'aimais le foot et les chanteurs sans talent d'origine portugaise. Sur l'espace, des foules cradingues de ces photos de pieds pendant le voyage à Londres, trop fun.

Dieu nous a flanqué dans des cases. Dieu nous a communautarisé. Et ça trône, les motos bleus font des burns et y'a des photos de ça, vive les motos, vive les fils de pute qui font de la moto et qui sont cons comme des anges, vive les photos de gens qui supportent une équipe de football et portant leur tunique sur les épaules, vive les photos où les gens s'aiment, bisous bisous, dans deux mois, je ferme le blog, j'ai enlevé toutes les photos, je ne suis plus avec lui(elle), vive les photos, les dessins, les " Es-tu pour la guerre?", les " Qu'est-ce que tu penses de moi franchement ? " et les commentaires " On t'adore " et ça lui sauve la vie c'est malheureux alors que perso je la déteste quelle pauvre conne.

On se sauve la vie comme ça en demandant l'amour par la télé ou internet, par l'art ou une main marron tendue, atrophiée dans les halls de gare. L'art aussi est marron, tendu, atrophié dans les halls de gare. On se sauve la vie parce qu'on est pas courageux, la mort est l'ambition des vivants. Vous comprendrez je vous jure.

Vive SURTOUT l'absurdité dégueulasse de cette sphère bleue tarée, ma logeuse, qui me permet de pouvoir avoir accès à tout ça, toute cette morbidité.

Et la folie hein ?

J'ai une grande crainte pour mes espérances, qu'est-ce qui me différencie d'eux ?
Mon utilisation parcimonieuse mais étudiée des mots comme " somatiser, attavisme, cacochyme, patriarcal " ou bien ma connaissance des figures comme l'anadiplose ou plus rare le kakemphaton...Mais qu'est ce qui me dit que mon MAL est plus JUSTE plus VERACE que le leur qui miaule à mes oreilles comme de bien tristes et amères plaisanteries ?

Je ressemble trop à ces stupides. Je joue le pédant, le fat, je m'emballe dans des métaphores superfétatoires et après ? Je suis c'est tout, comme Gandhi, Bernard Julliard ou Himmler ont été. Ma folie vaut-elle le coup...

POINT D'INTERROGATIONS

Après, ce ne sont que des histoires.

( petit détail : j'ai fermé les yeux sur la langue bafouée qui peuple ces trucs juste un petit exemple : " Juste pour te dire que tu ais génial " )

* Je remercie tous les abrutis et abruties de la planète(que je connais, j'ai même plagié parfois et je vous serai gré de ne pas demander de dédommagement pour la bonne suite de nos relations, je vous adore, naïvetés, bêtises, jeunesses, mal-êtres) pour leur aide précieuse.

lundi, février 19, 2007

Son regard ? Oh, tel trois étoiles

L'oiseau de lierre m'a aidé, et je suis donc assez grand maintenant pour vous affirmer que l'alignement stellaire me scrutant dédaigneusement, moi araignée pénible, s'appelle... (meurtre empêché grâce à l'intervention d'un bon samaritain que les livres oublieront)...

Orion.


(ça fait très SF de début de classement)

dimanche, février 18, 2007

C'était comme marcher sur des os

La lecture, la lecture m'avait absorbé. Trop absorbé. J'étais con. Je descendis du train, dans une gare inconnue. Je m'étais trompé. Je montai quelques marches et puis il tourna vers la gauche. Je descendis. J'ai vu une lumière, lumière comme celle des asiles. Lumière un projecteur sur les (souffle) évadés du dimanche. A travers les herbes, une espèce de pont et ma marche. Puis toutes ces flaques. Des milliers de petites flaques, des flaques avec des caillots de cervelle dedans(bruit d'une voiture qui passe à ras). Et les voitures, cent milliards de voitures, jamais une qui s'arrête pour me dire : " Hé mec, qu'est-ce que tu fais là ? Je peux t'aider ? " je répondrais que je vais nulle part et ils auront raison. Je vais nulle part et je rentre chez moi. Heuff, bordel... quand je serai grand je m'y connaîtrai en étoiles et je vous raconterai ce que c'est que cet alignement de trois là qui me matent en souriant. Je suis content je regarde le ciel je suis un géologue(astronome). J'ai peur. Mais je suis bien, il fallait que je marche j'ai envie de marcher pour méditer et pour écrire. Pour pas écrire mais pour parler et je parle(deux souffles coupés) Bordel. Je voyais la ville enfin. Trois rangées, trois rangées de fées allumées et l'église, plus haut. Église, pyramide, temple de maharadjahs, si j'y arrivais j'étais partout j'étais nulle part, je rentrais chez moi (longue respiration pathétique) Ce qui devait être un nuage, étalait son oeil marron. Le vent bruissait(pourrissait) dans les feuilles tel un serpent langoureux. C'était le silence et les machines. Sublimes, magnifiques, magiques. Elles étaient magiques. Je suis resté un moment pour les admirer. J'étais amoureux des machines. Le bruit silencieux des machines travaillants dans la nuit. Des travailleurs, des casques, des containers et du sable et du néon qui éclaire le tout. J'étais amoureux, amoureux et je marchais dans l'herbe et je tombais. Ça m'arrachait les jambes, je marchais sur des os et sur des branches. J'avais mal(tempête de véhicules roulants à toute allure). Et les voitures se croisaient...(étouffements, vertiges, déformations)...et je tombais(d'une voix mourante)...Je tombais dans l'herbe(voix claire)humide. J'étais perdu(la voix se perd) nulle part, et je voyais mon ombre dans l'herbe humide. J'étais heureux. Ainsi va la vie pour les poètes, on marche vers nulle part. Les gens appellent ça de la poésie, les diables aussi(à bout de souffle). Moi j'appelle ça un champ ras, tondu, crâne de juif. Et les machines encore, tapent leur musique magnifique et je tangue...(frottements sur le tissu)...une voiture arrive(chaotique, noir, zébré)et je me relève. L'herbe couine, la machine était simple, la mécanique était huilée. La lumière qui éclairait et me disait le chemin, il fallait que je survive. Il le fallait. A tout de suite(dernier fouet d'une voiture folle).

Ceci est l'enregistrement vocal numéro 19 sur mon portable. Effectué sur une route pas éclairée, dans des herbes trop hautes. Les voitures passaient, repassaient, elles devaient voir une ombre désarticulée. Je devais faire peur. J'allais bien, très bien. J'avais loupé l'arrêt du train à cause de ma faim, ma faim de mots qui me poussa à lire jusqu'au bout les " Nouveaux contes de la folie ordinaire ". J'ai réussi mais en contrepartie, j'avais quelques kilomètres à me taper à pieds vu que je ne voulais pas déranger mes parents un soir de plus. Quand je serai grand et que j'aurais pas encore eu l'audace d'attenter à mes jours vu que j'aurais pas écrit suffisamment de bons trucs, je m'y connaîtrais en étoiles(veuillez excuser les redites mais bon). Comme ça je pourrais dire le nom de cette ligne de trois étoiles qui me matent sans vaciller. Je gagnerais en hauteur. Première étape : Monter des marches pour arriver côté rue. J'ai réussi en passant sur un petit pont surplombant les rails. J'aime ce genre de petits ponts violets. Une fois sorti de cette gare, commence la marche.

Un ami l'a déjà fait pour moi, ça ne doit pas être sorcier. Tout d'abord il me fallait reconnaître le chemin. C'est fait. Let's go my brother.

Je longe la cité, le restaurant chinois, quelques habitations, des centres commerciaux. Un voyage dans la consommation fantôme. Et vas y que je me traîne sous les lampadaires et les chênes centenaires. Je vais vite, je suis Schumacher, je suis une fusée en robe rouge quand elle entame sa descente à travers les couches de l'atmosphère. Je suis les voitures qui fusent à mes genoux, je suis les flaques de mousses noires constellées de morceaux de cervelle blanche. Les cadavres pourrissaient dans les escaliers, les enfants mouraient par le crâne, bref je me sentais bien et j'avais la pêche quand à cette évasion nocturne. Toujours les étoiles, trois étoiles en ligne, faudrait me dire qui elles sont en tout cas elles semblent compatissantes face à ma torture choisie, trois étoiles en ligne de vie. Je garde en tête cette image d'un sac de graine, d'ouvriers noirs avec le sourire large et la casquette verte. Je verse ma nuque sur la gauche et j'observe un bâtiment mort, vide, sale, à ses pieds, une balle de lumière m'hypnotise. Balle de lumière rebondissant sur les molles et grosses touffes d'herbe et sur l'espèce d'arche en contrebas. Balle de lumière tournant sans cesse, danser avec un verre d'eau. En y regardant de plus près, il me semble que cette balle est gerbée par une baie sombre, un cadre interdit où nulle vitre n'aurait pu tenir. Elle coule sur la verdure bouffie, balle aux prisonniers, balle aux internés, balle aux aliénés, balle folle. C'est le projecteur flou qui saigne net dans la fuite, quand on est que des longues écharpes et que l'on tient fermement la main du fils. Fils qui avait envoyé un si joli dessin alors que papa était usé et que des rats lui passaient dans l'estomac.

Grille blanche mi-haute, légère, une soirée à mater des films. C'est cette grille qui encercle le lavomatic pour automobiles dépendant du centre commercial voisin. C'est là que je la vois, berline verte couverte de mousse, d'une centaine de nuages de savon et d'eau. C'est là que je le vois, simple, les yeux bizarres, me fixant un peu avant de se reperdre dans la propreté de sa voiture. Il est 21h20.

Je me demande comment ça se fait le monde. Il est 21h20 et un homme lave sa voiture, nous sommes un jeudi soir. Un homme s'est dit : " Il est 21h et si j'allais laver ma voiture ". Et il est là, et il la regarde, et il regarde la mousse glisser le long de la carrosserie comme glissent les mômes souriants et avec une dent cassée le long des toboggans. Il est 21h20, il y a des femmes partout, des bières partout, des séries excitantes partout, des cigares partout, des rues de Chicago plongées dans le neige où les sachets circulent partout, des femmes en plastique partout, des opéras partout, des multiplex partout, des couchers et des levers de soleil partout et cet homme est là, nulle part, le regard vibrant devant son véhicule retrouvant une jeunesse. Il est 21h20 et ça fait 20minutes que je marche, mes jambes sont fortes et mon sourire irradie sur la pauvreté des foudres. Des voitures passent, des trottoirs, des ronds-points, des panneaux, j'avance un peu.

Je me dis l'église, une fois que je verrai l'église ça sera bon j'y serai. C'est l'église de mon village, on la voit de loin et elle est illuminée il me semble. Depuis je ne sais quel plissement d'oeil, je la vois un peu comme le Sphinx en Égypte. Ces deux grandes pattes couchées dans le sable. LES ETOILES, L'EGLISE, LA MARCHE A TRAVERS L'INCONNU. Tout va bien.

SURGIR ! Elle a littéralement surgi la voyance ! Plateaux de gazons électrifiés, la découverte de soi dans ces silos immenses. Des colonnes majestueuses, semi-cercles terrifiants s'élevant face à moi, triste bout de chair et de tissu. J'ai tout de suite trouvé ça beau. J'avais envie de me hasarder sur ce gazon, de pénétrer dans l'ombre pour aller toucher ce colosse niché dans la zone industrielle. Mais diable c'était sacré ! Aussi sacré que le sucre dans la bonne préparation d'une absinthe ! Un putain de sacré géant ! Je ne pouvais rien faire, rien faire à part me taire. Me taire et avoir les poumons pleins, les bronches débordées, le coeur brouillé explosant d'un trait à travers les champs. J'étais bouffé, saisi, transi par l'émotion de ce bloc magistral, de ce tyran de matières dures et polies. Inimaginable cette sensation, mourir pour lui. Crever en cette nuit de mauvais verre pour ce monument, me damner, me retourner les ongles, m'arracher les yeux, rire. C'était sacré, j'étais croyant donc je me suis cassé vite fait en laissant un de mes organes, le coeur, pièce de viande suffocante, sur le bas côté.

Jambes coupées par la stupéfaction, je persiste malgré tout. Rasant deux bancs servant d'abribus et quelques serres obscures. L'affiche jaune, l'appel des abandonnés. Le virage, ciré, menaçant s'annonce à moi, mortel. Je quitte le trottoir définitivement, le béton et sa platitude, la civilisation c'est que tout soit plat, je quitte la civilisation pour l'exotisme des herbes profondes, touffues et les petits chemins de terre, de cailloux et de branches. En main courante, la glissière d'acier, on m'a dit une fois qu'un motard s'était fait décapiter par ça, effet boomerang. Je marche, les dernières sources de lumière se tarissent. Il fait noir. NOIR. Noir comme le silence. Mon dernier espoir pour y voir plus clair tient dans ma main. C'est mon portable. La technique est simple, la mécanique huilée. Mince, il y a des trous partout et des branches qui me déchirent les orteils. Il me suffisait d'écrire un message ou du moins de faire semblant et ainsi un halo blanc envahissait l'écran de l'appareil. Halo puissant me permettant au moins de voir un minimum dans quoi je m'enfonçais. Petit bémol, toutes les cinq secondes, l'écho blanc s'envole me laissant dans l'obscurité totale. Comme chez moi, les orties, les ronces, dans la bouche.

Parce qu'il faut que je survive, quelques voitures conduites par des chiens en costume passent. Elles ne s'arrêtent donc la survie n'est pas là. Non mais leurs phares eux m'intéressent. Ils me balaient les chevilles et ensuite ils ventilent le tracé devant moi. Pour cinq secondes. Aïe une descente, mon talon manque de se perdre, mes orteils baignent dans mon propre sang. Mon cerveau vacille, j'ai besoin de m'arrêter AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA PUTAIN DE MERDE UN SERPENT ! JAUNE ET NOIRE ! Là ! LONG INFINI ! SEPT MILES ! IL VA M'AVALER ! IL M'EMPOISONNERA PUIS IL M'AVALERA ! PUTAIN LA PROCHAINE FOIS JE RENTRERAIS EN VOITURE AVEC MES PARENTS ! CHARLES FILS DE PUTE T'AURAIS PU ME PREVENIR QUE CES SALOPERIES TRAINAIENT DANS LE COIN !

J'étais tétanisé, je criais, trop d'instants pour se rendre compte que c'était inanimé que ça ne bougeait pas, que c'était un tuyau. Au moins maintenant je sais que j'ai peur des serpents. Figé, je regarde autour de moi et le spectacle est grandiose. CIRQUES DE BEAUTES les machines respirent. Là-bas il y a une carrière de sable et une voie creusée. De l'autre côté, des mécanismes, des entrepôts, des pluies de tonneaux multicolores, des humains. Kidnappant mes pupilles, toute la grâce du monde. L'ivresse de ces machines oeuvrant dans l'air froid, pétrole. Quand les autocars dorment à leur place. La folie miraculeuse de ces hommes s'animant dans le calme bleu du travail. Tous les lacs qu'ils imaginent. Le pain jeté dans la gueule de la femme, l'album de bande-dessiné pour le fils un peu moche. CES MACHINES MAGNIFIQUES, arènes de néons et de rides. Ces poutres, ces chariots élévateurs, la clameur des pompes. J'étais par terre, je tombais dans les pommes. JE DEVAIS ME RELEVER. J'étais submergé par la beauté des choses, l'illumination des chaînes. Je crachais mes yeux. Je n'avais déjà plus de coeur. J'étais au centre du monde, entre deux déserts, les voitures passaient et j'étais le premier et le dernier des hommes ayant peuplé cette Terre sublime. On venait de m'arracher aux râles et à l'humour fade des dimanches en famille, j'avais gardé une flèche de cristal au fond de la paume. Qui sait, peut-être aurais-je besoin d'une langue pour tout leur expliquer?

Mes rotules se fendillaient en laissant échapper un liquide obscur et saumâtre. Un oeuf qu'on casse et ne contenant que du mazout morveux. Je marchais, mes jambes se délitaient, mes tibias devenaient de la poudre. Je me saponifiais du bas, les branches toujours les branches me transperçant les pieds. Et je devais les écraser pour rester debout. C'était noir et sec. ça craquait, ça se brisait, c'était comme marcher sur des os. Je tombais d'amour. Les machines m'avaient rendu fous. Je ne voulais plus vraiment voir l'église, à quoi bon, elle ne ressemblait pas aux machines. L'église ne sera pas là quand j'aurais le blues, quand mon premier concert aura mal tourné, quand mes sentiments seront de la marmelade, quand je serai dans le métro les yeux vagues car je l'aurais laissé derrière moi, les yeux VAGUES. L'église ne sera plus là quand j'aurais mal, les machines si. Les machines ne nous quittent jamais. Nous naissons avec une machine, nous disparaîtrons avec une autre. Nous créons avec des machines, nous aimons avec des machines, des médicaments, des machines. Nous buvons des machines, nous ne faisons qu'admirer les machines en levant les bras au ciel. Au ciel les machines, les cabines d'avion qui remplacent les étoiles, machines astrales, on baise les hôtesses dans les toilettes des paquebots de l'air, le bébé germe à 60000pieds d'altitude plus celui qu'on pris les amants aériens, le bébé est une machine, il verra la lumière par une machine, la lumière vient par une machine et la machine vient par moi. Si je vois l'église ou les lampadaires du moins c'est bon. Et les étoiles.

La route est large, longue, désastrée. Les voitures à toute allure font se disloquer dans le vent les derniers bouts de peau recouvrant mes cuisses. Les chiens hurlaient, me soufflaient dans la nuque. Des grenouilles chaudes me sifflaient dans les chevilles. J'ai dû tomber un milliard de fois dans ces herbes hautes. Ainsi va la vie pour les poètes, et pour les diables. De la poésie. Je l'aimais bien Karine, JE L'AIMAIS. Je me souviens être rentré 350000fois de mon collège, sous la pluie, la brise, l'été frais, le mal aux tripes en pensant à elle. Une fois nous sommes rentrés ensemble. J'ai ouvert la porte et mon chien a failli lui sauter dessus en brandissant une pointe rouge et virile entre ces maigres pattes. Since this day, j'essaie de ne pas haïr mon chien mais c'est dur et Karine habite pratiquement au bout de ma rue et je ne l'ai jamais revu. Je me revois mon coeur battant, troisième jour au lycée, maman me ramène en voiture et dans la rue je la vois, je souris, elle aussi. Je rentre dans une chamade malade, j'ai couru, j'ai dansé. C'était la dernière fois que je la voyais et je l'aimais comme un fou. JE SUIS ALLONGE dans les fourrés, je n'ai plus de jambes. Les voitures continuent de passer. Un trip de 7kilomètres. J'ai rampé. Au loin, les phares donnaient une aura aux arbres nus bordants la route.

Mon ventre était maculé de terre et d'électricité.
La ville n'était qu'un buffet de fées catatoniques. Je suis arrivé jusqu'aux lampadaires. On partageait la même tête pâle. Mes joues se firent la malle. Ma mâchoire était à nue. J'étais un tronc peuplé de canines, de restes d'os, d'une langue précieuse, d'incisives et d'une écharpe nouée durement. J'en avais tellement oublié la lune qu'il n'y en avait pas. Je rampais, je me traînais lamentablement et la lumière est revenue. Les gens me regardaient puis rentraient chez eux avec hâte. Mes dents résonnaient contre le sol, l'effort s'intensifiait, les portails se fermaient. Une allée noire abysse menait à une maison que mes yeux n'arrivaient pas à dessiner. Même ma sueur était noire. JE GICLAIS DES OMBRES. Seul, paquet de molaires et de prémolaires, ruminant. Heureux.

J'étais un génie et personne ne m'embrassait, personne ne tournait sa langue d'eau contre ma glotte putride. Je suis un génie. Chemin faisant, je regardais dans les fenêtres des gens, fenêtres bleues, vertes ou jaunes et dedans une autre fenêtre terne et colorée diffusant en boucle la mort de l'esprit et du coeur.

Et c'est en flottant que je m'aperçus que j'étais dans ma chambre à écrire cette histoire.

mercredi, février 14, 2007

Analogie cervantine

Est-ce qu'on traite Don Quichotte(picaresque, schlinguant la faim sur Rosinante) de blasphémateur ? Pourtant lui aussi combat des choses qui n'existent pas.

Dieu n'en a pas fini de crever

J'AVAIS PAS ENVIE D'ECRIRE. Mais encore une fois la force des choses ou des mots. Les mots m'ennuient, me saoulent. Tous les soirs, je rentre et mes réseaux de nerfs forniquent entre eux pour créer des harmonies phonétiques qui créeront phrase. Phrases et révoltes. Pas envie de parler de l'abandon. Des filles. Pas envie de parler des regards bovins des métro-pommes (un métro-pomme est quelqu'un qui fréquente le métro). Pas envie de me rejouer le solo du " je suis moche et mal sapé, on m'aime pas " avec des trémolos dans l'encre. Pas besoin de ce man qui ressemble à Patrick Bruel et on ressemble tous à Patrick Bruel et à un trampoline troué. Pas besoin du machin en face, un garçon de mon âge mais tout minuscule et avec une écharpe et des lunettes et qui doit avoir une queue grosse comme un enfant de trois ans, enfin c'est ce que je me dis et je suis pas très clair. Toujours : " On s'en bat les couilles mon frère ", toujours tous, montés sur ressorts, qui n'ont jamais eu les doigts glacés par l'orage. Car le désir est un orage. Petite pute riche se pose à côté de moi, ne me regarde pas, belle, veste bleu nuit, petite pute riche. Je pourrais l'intéresser. Et moi de galoper pensée allant vers une relation irrésistible, faite de jeux graves, on aurait convoqué la nature, les lueurs du matin l'éblouiraient comme jamais, on aurait trouvé un truc agréable à faire, on l'aurait appelé "l'amour" etc... Les femmes adorent les types étranges. Tiens, la mendiante au bébé bleu n'a pas encore le bébé mort, bleu. Les clodos, les pochards, les ivrognes, les alcolos, les vessies pleines pissent contre les murs plats de pierre. J'en ai marre d'écrire ma pensée directement. Marre de mater les passantes. Marre d'avoir la haine envers tous ces vendus pasteurisés qui déambulent dans les cauchemars souterrains de Paris, ville velue. Faut que je m'achète une nouvelle paire de chaussures, faut que je soigne mes traces adolescentes, faut que j'ai la peau nette, faut que je change de vêtements, faut que je m'informe, faut que je tue ce sikh au turban orange. La peur laisse dangereusement vagabonder l'âme. Je prends le risque. Mais je deviens fou et j'en ai ma claque de mes divagations puériles. Je tombe, j'ai du sang dans les reins. J'AVAIS PAS ENVIE D'ECRIRE. Mais comme toujours malgré moi, une réalité me saute à la gorge. Et je me sens comme obligé de décrire précisément ses crocs de vraisemblance.

Moi, libre, posé dans un train. Des jeunes puisque c'est leurs noms fument des spliffs allégrement, la fumée euphorisante s'échappe de leurs bouches vives et c'est tant mieux pour la légalité. Des jeunes français puisque c'est leur nationalité. Qu'ils aient le teint mat n'y change rien. Moi, libre, chié dans un train, lisant Charlie Hebdo, journal de gauche ou d'extrême-gauche, un temps assimilé anar(ce journal est drôle aussi, et y'a des dessins et puis y'a Cavanna, j'aime bien ses manières de réfléchir même si c'est un vieux à moustache). Moi, libre, débris des chemins de fer, je ne suis pas toujours d'accord avec les idées de ce journal mais ils ont au moins le mérite de penser peut-être pas toujours haut mais FORT. Moi, libre, fouetté par l'air à grande vitesse, me régalant des détails et des vérités jugulant le procès. Le procès des caricatures. Moi, libre, étudiant pas libre, mais écrivant tant bien que mal pour personne, libre on va dire.

" OUAIS, c'est ça "

L'enivrant écran de fumée s'approche de ma personne qui aime l'humour et la provocation.

" Je peux lire ce que tu lis " Parole de voyant mais non finalement, il palpe mon journal, je prends mon sac, j'ai pas envie qu'il le pique, j'écris des trucs géniaux en ce moment et si je les perds je vais être triste comme un pays d'Amérique du Sud sans gouvernement.

" C'est quoi ça " Il désigne la reproduction miniature d'une des caricatures en question.
" C'est pas bien de faire ça avec Mahomet, si moi j'allais taguer sur les murs Jésus en train de se faire enculer, tu serais pas content, les gens seraient pas contents. "

Je lui explique que je ne crois en rien, et que certes les gens ne seraient pas contents mais que les chrétiens ont évolué par LA FORCE DES CHOSES sur la question du blasphème et que de nos jours l'acte serait condamnable non pas pour ce qu'il représente mais juste à cause de la dégradation engendrée sur le mur peint.

" Non mais toi, tu crois en Jésus tout ça. Je suis sûr les gens seraient pas contents, pourquoi vous croyez que Mahomet est un terroriste. Pourquoi ? "

L'herbe qu'il fume n'a pas l'air mauvaise, si j'arrive à lui faire comprendre que c'est pour la liberté d'expression et que ce n'est pas raciste au contraire, j'espère bien lui taper une taffe ou deux. Au fait, la drogue n'est elle pas interdite par sa religion ? AH NON, IL A DES NIKES AUX PIEDS.

C'est pour la liberté d'expression. Pour montrer que les intégristes musulmans sont des idiots(gros connards sanguinaires sonnent plus vrais mais jouons la sobre).

" Quoi intégriste ? "

Ben si tu veux les mauvais musulmans, si on peut dire(tous les croyants sont foutus), ceux qui se servent de la parole sacrée et la détourne pour faire la guerre.

Je précise ici que mon élocution était moins léchée mais que néanmoins à mon plus grand étonnement, j'ai bien parlé.

" Ouais hmmm..." Palpant froissant mon journal de plus belle
" J'ai vu des types à mon boulot, ils avaient ce truc là, celui avec les caricatures, ils le gardaient tout le temps et ils étaient contents. C'étaient des gros fachos. "

Je lui dis que l'enjeu est tout le contraire du fascisme, qui est un communautarisme frappeur. L'enjeu est de s'en soustraire PAR L'ARBSURDE. L'enjeu est la liberté. Liberté de croire ou de ne pas croire. Liberté d'expression, j'écris des salopards et pourtant je les admire.

1 La raison doit dépasser la superstition
2 La superstition ne peut alors plus rien dicter.

" Pff..." ah effluves organiques! Vraiment de la bonne beuh, dommage que ça me semble mal engagé
" Ça sert à rien de parler avec quelqu'un comme toi. "

O K
C'est un peu toujours pareil. On discute et au final tout le monde veut avoir raison, veut rester comme il était avant avec son petit chapiteau béni de croyances. On ne discute plus vraiment. J'aurais pu être comme lui et me mettre à stigmatiser sur les Arabes(puisque c'est un de leur nom que les médias choisissent pour nous)(ou musulmans au choix, oui dans notre état de fait, toutes les personnes d'origine arabe sont musulmans) idiots et sourds. Pas la peine, celui-là était juste un peu distrait. Un jour inch'Allah il rencontrera un mec comme moi, arabe, noir, juif, bleu, crachat qui lui balancera à peu près la même chose et il comprendra. Il brûlera la mosquée tout en gardant la foi. C'est tout ce que je lui souhaite, bien qu'avec la foi ça soit dur d'avoir la nouvelle console à la mode.

J'ai sans doute tort mais je m'en fous, je m'amuse bien.

Charlie Hebdo, journal satyrique français ami de l'anarchie devenu canard facho, l'esprit d'ouverture recule des fois.

JE QUITTE LE TRAIN AVEC INDOLENCE.
Il me lance

" ATTENTION A NE PAS SOMBRER dans le racisme "

Pas mal pour un mussolini maghrébin qui quelques secondes plus tôt traitait Bernadette Chirac(oui) de youpine. Youpine, ça me rappelle vaguement un truc. J'm'en branle après tout, pays de bicots, de niakwés, de youpins, de pakos, de bamboulas, de sales blancs, de métissage. FRANCE, JE T'AIME PAS ! JE TE KIFFE !

QUE JESUS, MOHAMED ET JUDA AILLENT TOUS SE FAIRE ENCULER.
QU'ILS SE METTENT ENTRE EUX DANS LE BON RESPECT DE LA LOI.
C'EST PAS MES OIGNONS ET ÇA ME FERA DES VACANCES.

Poufff...Tout ça n'est que de la poudre, je m'en retourne à mon ciel rose bonbon qui lui se laisse mourir sans broncher.

mardi, février 13, 2007

Le charme ovoïdal des textures fades

Sécrété dans l'admirable foie du tavelage filandreux
Clivage, chiisme, dichotomie,
bague au doigt.

L'aigreur itérative des exégètes,

Rising sun on the valley

farandole galeuse de l'obsession,
ascétique et mortifère à l'étole indigo,
péril courbé des climats blêmes

Minéraux cristallisés, roches puissantes
engoncées discrètement dans une santiag
usée,
recouvrant les aspics clignotantes

venimeuses balises de ces déserts à l'abandon.

Strindberg

" J'aimerais lui saisir les côtes,
les reins, le vagin,
la pluie. "

jeudi, février 08, 2007

Roosevelt et son flipper

" Il y a un mois, j'ai appris que mon cancer du col de l'utérus était derrière moi. J'ai dansé toute la nuit. Résultat, je me suis brisé la colonne vertébrale sur un coin de table et je me retrouve en fauteuil roulant. C'est con la vie parfois. "

mercredi, février 07, 2007

Du vivant chez les tombés

From a true story of Manila

Mécanique, Luz traverse les allées de sépultures ornées ça et là de quelques bouquets. La faible lueur de sa lampe torche salue Julio Sal et Oskar Garrizo enterrés côte à côte, ironie du sort vu que l'un à molester la soeur de l'autre. Son visage est pâle parce que le soleil arrive. Luz était sortie du cimetière pour la petite commission derrière les buissons funèbres. Brûlant brillant assassin, le soleil est au rendez-vous en ce matin de mai.

Il balaie les tiroirs de marbre blanc qui servent de lits aux plus démunis, tristes résidants de la nécropole Octavio Paz. C'était bizarre mais dans les mentalités que de donner un nom aux cimetières ici. Palomita se lave les dents à l'eau froide et ça coule de ses lèvres à son menton, de son menton à la dernière demeure de Senor Rivera, lui qui avait beaucoup servi la ville pendant la crise se retrouve ainsi aspergé d'eau, de salive et de dentifrices. La lumière filtre dans les yeux des vierges.

Une langue de chat, il a une langue de chat, il s'appelle Nestor il a tout de suite aimé cet endroit, c'est vraiment bien qu'un type comme ça ne me juge pas simplement parce que je dors au milieu des morts. Palomita et Luz danse en marchant, elles sont encore des enfants même si elles aiment embrasser les garçons et se faire peur le soir. Au détriment de la famille Ezquerro reposant à quelques mètres du coin de jeu des filles. Il va falloir y aller les filles crie Marta la mère de Palomita. Elles doivent partir toute la journée car aujourd'hui exceptionnellement, oui ceux qui vivent dans le cimetière savent mieux que quiconque que la mort est régulière, on met en terre Federico le jeune fils du maire. Il risque de ne pas trop apprécier que des rôdeurs couvent le cercueil de son chérubin.

Au revoir blancheur spectrale des bosquets de pierre, rebonjour ville déchue à la toiture fine et ondulée. Une cinquantaine, une cinquantaine de personnes, les "morts-vivants" sortants discrètement de leur auberge de fortune à chaque ensevelissement, à chaque fois la même musique de leurs pas secs, et ce Te Deum absurde que l'on entend du sommet jusqu'à la fin de la pente. Il faut savoir que ce "jardin des épuisés" est incliné. Luz a le sourire jusque dans les cheveux et ça la rend belle malgré sa dent ébréchée et son manque d'hygiène flagrant. Sourire explicable par la présence de Nestor dans la grouille de la foule.

On ne sait jamais quand il se pointe celui-là, mais il se pointe car Luz disparaît toujours et qu'on la retrouve ensuite arrivant l'air de rien dans le "quartier marchand" à l'heure où le ciel commence à se teindre en noir dans des vapeurs mauves. "Quartier marchand" s'il en est, les agenceurs de dépouilles doivent être des gens zélés car au-delà des ensembles Famille, père-fils, maris-femmes, amis-cousins, amants fous-femmes mariées, ils avaient créer une dizaine de zones chacune correspondant au travail des défunts, exercés de leurs vivants bien entendu car quoi qu'on dise on ne sait jamais vraiment ce qui se trame là-dessous. Si les vers pouvaient parler. Là on avait le quartier des artisans, là le quartier des artistes, là le quartier des escrocs, là le quartier des gens de loi.

Palomita profite toujours de ces promenades au sein des gens normaux pour leur cracher dessus, elle fait ça bien. Elle trouve un restaurant à deux étages qui a des fenêtres côté rue et qui ne demande pas de payer dès l'entrée. Ensuite elle monte elle se poste, c'est à dire qu'elle s'allonge pour ne pas qu'on la soupçonne après, elle gonfle ses joues d'une bave riche, et elle en sort un jet quasi rectiligne venant fouetter noyer le visage calme des honnêtes passants.

Malingre et allongée personne ne la remarque, elle peut donc jouir tranquillement du spectacle de ces citoyens blessés dans leur orgueil par les crachats d'une fillette paumée. Si Marta savait ça. Mais elle ne le saura jamais, elle a l'air très fatiguée en ce moment Marta mais comme elle dit. Au moins si je meurs dans la nuit, vous aurez pas trop de boulot feignants. Marta ne peut pas avoir d'esthéticienne ou de diététicienne et ça se voit, ça se voit tant qu'elle en est devenue magnifique, magistrale, magique mère au duvet lourd et à l'embonpoint éclatant. Les hommes eux ont tous un job et ils partent tôt le matin pour revenir harassés tard le soir. Par habitude et hommage, tous ces villageois de la ville qui ne se réveille jamais, mangent autour et sur la tombe de Iltana Fletiv, femme encore plus combative et poilue que Marta considérée par tous comme la Mère de ces pauvres.

Ils ne se sentent pas pauvres et leurs vies rient de leurs discussions sur le gris froid et lézardé des dernières maisons. Le savon blanchit l'eau des bassines, le linge s'étend sous un soleil fumeux. Palomita est encore rouge de sa salive contre les joues d'inconnus. Luz est encore rouge de sa salive contre les joues de Nestor. La vie est belle parmi les dormeurs longue durée et leurs corps en putréfaction.

vendredi, février 02, 2007

Vins suggérés

Jeune = vin rouge léger et fruité de type Beaujolais, Chinon, Bourgueil ou une bière blonde

Vieux = Côtes-du-rhône, Bordeaux, Bourgogne, ou bière forte, rousse ou brune