dimanche, avril 29, 2007

Le temps de parole

J'ai terminé ça vingt fois entre deux cônes cherchées dans le freezer. Le cheminement désincarné de l'encre sur...

Short story, novel...Essai...recueil...stupide concours.

Stupide mais fort bien dotée.

Dois-je réellement faire subir à ma pisse des tests de comptabilité avec l'ordre extérieure ?

Je pourrais demeurer, avec ou sans conditionnel, à m'amuser du cadavre d'un dictateur africain de quatorze ans.

J'angoisse prodigieusement vis à vis de la décrépitude future habitant les cerveaux des publicitaires quand le ciel bleu aura fini par lasser...que vont-ils nous sortir ? De quel couleur sera-t-il ? Et nous serons fiché à la fenêtre sur toutes les télés du monde comme quand on attend l'apparition prophétique sous son rideau de fumée albion du nouveau pape.

Chérie, tu peux aller regarder dans la boîte aux lettres s'il te plaît, vérifies si j'ai pas encore reçu ma légion d'honneur ou le truc qui dit que je suis chevalier des Arts et des Lettres

Mon voisin, rouge comme une pivoine ou plutôt comme une Ferrari surgonflée lancée magnifiquement à travers les coursives de Magnicourt, me serra la main et me dit bonjour...il faudrait vraiment qu'il arrête de boire...

Quel ne fus pas mon contentement de voir que tous (les femmes libérées aussi) nos artistes contemporains étaient de merveilleux idolâtres de leurs pénis rabougris, même les libraires s'y mettent, ils se piquent de rire dès qu'ils remarquent un mot cochon dans une poésie ou bien ils émettent des conférences d'une grande sagacité sur des genres méconnus du grand public, mais le grand public c'est toi connard alors vas voir un film avec Jean Dujardin en aimant l'Italie

L'intelligence a été l'objet de toutes les manoeuvres mercantiles possibles !

On m'a offert une rose, gratuitement pas comme toutes ces choses qu'on vous offre mais qu'il faut payer ensuite( petites annonces sur internet, confiances avec ses amis ), et je l'ai offert à mon tour à une des roumaines "Do you speak english ?" postée Gare du Nord, ça m'a assis dans ma joie. Bien sûr on pourrait débattre longuement sur la teneur morale ou non de cet acte.

Les Vosges m'ont dit d'arrêter de faire le gamin.
Ne jamais écouter les Vosges.

Ce sera dignement gris, dans une atmosphère de fourneaux refroidissant, de pluie qui ne vient pas, de dîner opaques et langues à l'oreille, de vin, de bières, d'échanges autoroutiers, de poitrines bien fournies, de blancheur, d'écran plasma, d'alimentation.

Souhaitez-vous que l'on adresse un message à votre épouse avant votre retour ?

Non ne vous inquiétez pas, vous pouvez la baiser.

Dire que en ce moment (rires étouffés) des dizaines de centaines de personnes innocentes( rires francs ) meurent victimes des pratiques frauduleuses de au choix :

- Des grands groupes pharmaceutiques
- Des franchises terroristes
- L'armée
- La police de proximité
- Des fèves qui se coincent dans l'oesophage des hérétiques qui mangent de la galette frangipanée hors fête des rois
- Des religions un tantinet barré
- Des religions
- Des religions
- Des religieux
- De leurs enfants
- De toi ou d'un de tes potes, tu sais celui à qui tu serres la pogne sans te souvenir quand ni comment tu lui a serré la première fois
- De la mort herself with faux et bure de ténèbres
- L'évier mal débouché
- Les femmes aux robes fendues
- De l'industrie du film français
- De la faim dans le monde
- De la soif dans le monde (oui oui oui oui un peu de sérieux)
- D'une alimentation trop riche en oligo-éléments de type 2
- D'un soin bucco-dentaire négligemment effectué
- Des ARMES, petites, grandes, à mains, à épaules, à explosions directes ou indirectes, à visée laser ou à viseur classique, à radiations, à goupilles, à coeur
- De l'autosatisfaction des pays souverains

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( il brille de mille feux)
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( le travail de cette jeune maquilleuse est vraiment admirable)
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( il fait vingt ans de moins, il a même l'air sympathique)
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( bien dit ! )
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( on y est )
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( il sent le vrai )
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1

Autites ! Convulsions ! Bébé glisse de mes bras et se brise contre le rebord de la baignoire ! Il décède dans son sommeil ! Il est sur le dos et régurgite son propre vomi ! Bébé est mort ! Notre famille va être emporté par un grand élan de tendresse et de remise en question ! Lelouch en tirera un film plein de gravité et de douceur ! Les américains en feront un remake avec Ben Stiller dans le rôle titre ! Bébé est mort ! Joies et allégresses se déversent sur la terre alors que je n'ai pas mes papiers !

vendredi, avril 27, 2007

Duel

Lieu : Sous-bois glaireux :

Sa nudité façonnée m'étourdissait subitement à un point tel que mes sens refusaient tout gouvernement, ils apostrophaient la rancune maladive de mes inactions anciennes, ils étaient mes châtreurs ondulatoires, qu'il n'y ai plus de touches à ce clavier ne m'étonne guère, ce qui m'étonne c'est que les caresses durent des heures désormais, et non des geignements. Glèbe retournée, l'artillerie couverte de boue coule entre les campagnes défroquées, leurs talons, auges cirés, brandissent des troupeaux de maculations grises de terres sèches. A l'aube donnée, l'amiral à la gorge en tessitures molles, marchent dix pas vers l'est, pratique avec une gestuelle maniaque le volte-face, tend son bras et presse fermement la langue froide. Les arbres frissonnent dans leurs lits de fièvres organiques, la jugulaire percée éclate des feux sanglants, la brume joue au contraste avec la canne de fumée. Boueux en ce froid gaillard, la victoire s'enfonce dans les cicatrices de ce sol poisseux.

Aérolite

Les couvre-chef avancent sans rates, l'ammoniac long et délébile roule sur les poumons des mariés cristallins, stupéfait dans les terreurs aphones de ce jardin intouchable, des meurtrissures physiologiques s'agitèrent en moi, mon genou s'interféra, se diffusa comme un reflet traversé par une rame, se disloqua et enfin éclata en l'air en mille caillots bulbeux, mes cuisses tombèrent à terre tel deux pièces de viandes indifférentes, ma clavicule gauche fondu sur mon avant-bras vérolé dans une cire poivrée, mes auréoles composèrent des atomes de gouaches horribles à travers ma masse pectorale, mon intestin grêle me sortit du nombril et vint me toucher au menton, tout ça sur fond de tam-tam et de déchirements instinctifs, la terreur pavoisa en mon bas-ventre quand mon sexe miséreux se démit pour flageller mes joues creuses, toutes mes capillarités furent désormais éteintes, piétinées par la poussière capiteuse qui flottait déjà l'atmosphère, la plupart de mes articulations se liquéfièrent méticuleusement comme régis par un principe qui me dépassent de trop, l'ensemble fluide et résonnant de mon corps semblait obéir à un rite primaire et sabbatique, à peine le temps d'apprécier la sensation flasque et confortable de mon habit bourgeois que mes os explosèrent, l'aridité décharné de mes phalanges allant dépoussiérer les croûtes de maigres averses des cumulonimbus, éparpillé ainsi au fin fond des failles de l'invisible et de l'intraduisible ma vision plate s'éclaircit, vaporisé sur ses tranches d'oxygènes et de méthanes, je pouvais en effet enfin m'attacher à l'entendement de l'équilibre gracieux des ventilations impossibles.

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écrit ça après avoir vu en streaming sur dailymotion un reportage sur Artaud(oui faut le dépasser oui il le faut) en ce moment je regarde Sans Aucun Doute avec Julien Courbet qui doit avoir un beau corps et qui adore être drôle, il doit être assez heureux dans la vie, l'arnaque, sur mon bureau se trouve des prospectus(qu'est-ce qu'ils foutent là), une tranche de papier bulle sans bulles(shit), deux boîtiers à cédé, un journal ouvert sur la rubrique Autre Chose de Willem, trois livres au programme, deux livres de Julio, un recueil de nouvelles de Fante représentant un base-baller des Los Angeles Lions, un câble usb, l'élastique bleu ciel que je met autour de mon poignet parce que ça m'excite, un stylo noir, mon truc gris où je range les billets et les tickets, de la bureautique, une de mes mains

dimanche, avril 22, 2007

Encore heureux

% parce que ça faisait longtemps que j'avais pas écrit de poème un peu porno %

La pluie mercantile glissait,
C'était
Portes à battants de toile
Des prairies aux antipodes,
Là où la tuile et l'ardoise
Sont des institutions héroïques,

L'air tapait sur les papillons blancs,
Comme le pouce fait claquer le majeur
Il volait,
Léger et mystérieux
Comme un rêve d'enfant,
C'est ridicule de dire ça
Mais dans cette tendre brise
On aurait pu croire au bonheur
Sans risquer le pain sec et l'eau sale,

Les pommiers resplendissants capitulaient
Sous le brasier des azurs,
De minces tombeaux de feuilles exhalaient
Des roseraies à l'armature
Fine,
Au-dessus des toits rougis se projetait
Un piège à ours de condensation,
Une délicatesse de ce brouillard cuit,
Cette sueur des sommets,

La neige éternelle de ta nuque baissée
Laissant s'enlacer mes liasses de lassitude
Sur tes lombaires, ma latitude
Que je viens concasser
Par ma danse de la plénitude,

Colonnes élastiques,
Mains infernales posées partout
Où c'est impossible
De les faire traîner
Sans entendre un gémissement
Damnant
Le sublime,
Quand la nature vous donne l'occasion
De savoir ce que c'est
Que
Frissonner,

Mes intentions envers votre fille
Sont purement fictives,
Je veux l'emmener sur les aires d'autoroute
Des paradis haut perchés,
Je veux qu'on aille faire les courses
Au supermarché de la douce source
Du Saint-Laurent,
Te construire un parking sur les jardins de Babylone
Pour
T'allonger, t'écarter et te fendre

Sur le capot de ma décapotable
Jaune moutarde,

Suite à tout ça,
Rivières, souches, boues, floraisons,
Je saurais qualifier sa beauté
Celle du premier flirt,
Sur les bords marmoréens de ces dragons
Aquavomes,
Une image qui te berce souvent,
Cette après-midi là
Sous ses noyers morts,
Où les fleurs faisaient bien attention
De ne pas faire de bruit
En ronflant,
Pour ne pas nous déranger,
Mes interventions n'étaient pas toutes adroites
A cause de tes yeux,
Ces maladresses obscures,

Je sais bien que Dieu n'existe
Pas
Mais je serai tenter de dire
Qu'il a bien fait
De te pousser
Sous mes roues
Un peu gauche.

La nature est une jugulaire
Pleine d'arômes qui défoncent
Et vous fichent
Sur le carreau des impossibles,
Nous sommes bouleversés
Par des abris, des chiens luisants,
Des orties aurorales,
Des sorties des étoiles
Elles se tiennent bien la main
En rang deux par deux,

Et nous nous roulons de fatigue
Quand elles font une pause
Pour le goûter,
L'une d'elle, la plus petite, la plus brillante
A laissé perdre une goutte
De grenadine,
Je la vois descendre,
Comme je te vois endormie à mes côtés,
Fantastique pierre liquide,
Ce vin
De l'astrophysique
Termine son voyage
Juste aux intersections sanguines
De tes plaisirs,

Et c'est en ces précipices courbées
Que je vais boire
Tandis que tes yeux se plissent tendrement
Telles deux chats se tordants
Sous les caresses d'un bon maître,
Dans une moiteur, une fébrilité,
Qui me rend frénétique
A ma langue multipliée.

mercredi, avril 18, 2007

Cannes ça me fout le cafard $ Le cafard de Cannes

Vous avez vu ? Un américain armé a tué une trentaine d'américains non armés blancs, noirs, latinos mais surtout blancs et brushés. C'étaient des universitaires, comme moi pour le moment, et tu me vois déjà sortir de la cafétéria et à peine le temps d'entendre la foudre qu'un de mes yeux fait plouf dans mon café brûlant. Mais non ça s'est passé à beaucoup beaucoup de kilomètres et c'est pas mal fait pour eux, y'a qu'à pas avoir des armes en vente libre disponible pour n'importe quel gosse pour pas cher sur ebay et tu la reçois une semaine après, le type te donne le carton, te demande une signature, te dit merci et se casse. Toi tu défais le carton. Tu montes. Tu décharges. Tu observes les barrages sanglants, les cervelles qui postillonnent. Tu te marres quoi.

On m'a soufflé que celui qui a fait ça en voulait aux fils à papa friqués qui pullulaient dans cette fac huppée. Comme s'il fallait un mobile pour se faire plaisir. Je te jure, moins on me donne un pistolet obligé un moment je tire avec, je suis une machine de guerre, je m'entraîne contre les réverbères bing bang font les plombs qui rebondissent. Trente-deux victimes américaines au compteur, quasiment autant que deux factions lourdement armées en Irak à Bassora plus précisément, ce gamin avait du talent. Peut-être que ça lui est venue en jouant à Counter Strike ou peut-être que c'était tout simplement un putain de taré ou peut-être que c'est un poète nazi qui a quelques carnets scandaleux planqués sous ses lattes qui vaudront un paquet de cash d'ici peu. J'aimerais bien le voir au paradis, je lui demanderais "Pourquoi t'as fait ça mec, t'étais américain alors pourquoi ?" Et il me répondrait : "Pfff, comment tu veux faire reconnaître ton art autrement que par le meurtre massif de nos jours hein?" Et là je resterais cloué ce qui fera rire jaune Jésus. Je pense pas que je tuerais quiconque dans ma vie parce que y'a toujours les mioches derrière ou les parents ou toute autre forme de pollution filiale. Aussi que ça me ferait pas mal chié de mourir alors que j'ai pas encore été à Tel-Aviv.

J'aime pas le régime à la grenade qui est pratiqué en Israël, ce qui signifie pas pour autant que je sois un pro-Palestine, je peine gravement à comprendre la puérilité palestinienne. Mais bon le mal est fait et je suis un bel anti-sémite. J'ai sur moi les millions de squelettes filiformes de la Shoah, je conduis le camion qui les démantibule à travers la terre.

La Fréquence a été rompue ! J'ai perdu tout le reste de cet appel ! Ce qui suit n'est donc qu'une liste de titillations arrosées par ma mémoire fragmentée.

C'est bizarre ça, on parlait de la tuerie à Virginia Tech(je sais que c'est pas Virginia Tech mais qu'est-ce qu'on s'en fout d'être calé à propos du système de gradation scolaire mis en place outre-atlantique, de toute façon on l'est déjà plus que de raison à cause de la qualité supérieure de leurs séries)(retenez juste que cette fac est située près d'un bled nommé Blacksburg et que comme d'habitude le nom des villes en dit plus que le plus passionnant travail de fourmi du plus classe des journalistes) et on se retrouve devant les fours crématoires, à croire que la cause juive trouve toujours un moyen pour chialer en public. Terribles pensées, mais je préfère ça aux fois où à l'instant même où un arabe s'approche de moi : je commence à flipper pour mon portefeuille. J'ai pas de portefeuille mais toi tu en as un et t'as un peu honte en ce moment.

Les minutes filent, défilent, entrefilent. Il a tué des universitaires, je vais bientôt plus l'être, les partiels se rapprochent, j'aperçois déjà leurs bras d'honneur. Je suis vraiment con, une erreur de manipulations et fiou cinq paragraphes volatilisés à tout jamais, y'a de quoi devenir cinglé. Je pourrais les avoir mais pour ça il nous faut lire des livres et lire a toujours été une activité trop ennuyeuse à mon goût. Bien sûr j'ai des coups de coeur et des choses qui me gobent mais bon la plupart du temps je me retrouve à la dixième page en train de compter combien de pages presque de lignes il me reste avant d'en avoir enfin fini. Je tiens à féliciter ma maladresse, elle vient de me remettre sur une autre route, je prendrais presque la patience de croire au destin. Comme je compte quasiment toutes les dix secondes ce qui me reste avant la fin du film, je vous jure, il faut pas mettre de normateur temporel à ma vue pendant que vous regardez un film avec moi parce que sinon je suis bon pour plus les fixer que le film lui-même(c'est à dire vous ma douce) et c'est sûrement mieux pour mes pauvres pupilles fatiguées. C'est étrange que j'éprouve une telle impatience face à la consommation "intelligente", alors qu'au dehors je m'accommode le plus facilement du monde à l'attente. Sinon je lis les livres simplement pour asseoir ma pédanterie auprès de mes partenaires infortunés qui y trouvent un réel intérêt(bien que je reste persuadé que nous sommes tous là à jouer au même jeu). Mais je ne les lirais pas et je serai un bon à rien. Mes difficultés de lecture m'ont poussé à m'intéresser au genre désuétisé de la nouvelle car avec elle quand vous êtes à la dixième page vous êtes soit à une page de la fin soit déjà au début de la nouvelle d'après. (j'aimais bien ce passage quand je l'ai écrit une première fois tout à l'heure) . Où en suis-je aujourd'hui ? A une page de la fin ? Ou au début de la nouvelle d'après ? Les évènements répondront.

" Je suis libre, je suis un créateur, je peux rester vautré cloîtré dans ma chambre toute une année, je reste moi, j'écrirai, je peux trouver du travail, ça sera insupportable ça servira formidablement mon oeuvre, et puis les GRANDS n'ont pas été de très brillants écoliers, à part J-P S. mais bon lui ça faisait parti du plan, ça sera plus triste, plus vivant "
Voilà ce que je me dis quand fort heureusement je me met à douter.

Les évènements. Voilà un joli lien logico-sémantique pour revenir sur mon sujet de départ(le titre) allons de l'évènement (épiphénomène) à l'événementiel (culture de masse). Cannes a toujours drainé un relent amer dans ma bouche, sûrement parce que ce festival en plein air se situe le plus près possible des échéances scolaires de fin d'année et que si on se loupe et même si on se loupe pas les effectifs et les routines changent et que les douceurs se modifient. Je n'ai rien contre le changement, c'est l'idée d'achèvement total qui s'y lie dangereusement qui m'effraie impitoyablement. Cannes revient toujours, sans perturbations, il n'y en a eu que deux majeures, la seconde guerre mondiale et l'alitement du cinéma et sa jolie prise d'otage par la Nouvelle Vague. Cannes reviendra même au-delà de moi, ses tapis, ses clubs, ses soirées privées, ses cocaïnes, ses suites, ses ovations, ses huées, ses favoris, ses films chocs, ses oiseaux électrons, ses envoûtements, ses rouges, ses femmes, ses blue lagoon. Oui, le nom des cocktails ne s'accorde pas. Le Vélodrome vibre aux chants syncopés du Seven Nation Army des White Stripes.

LE MASSACRE

Je dois avouer que j'ai un trou actuellement et que mon esprit modèle ce passage comme quelque chose d'assez conséquent. Il apparaît que ce qui s'est égaré ce soir au détour d'une de mes malfaçons est la pierre angulaire de ma littérature. Ah oui il y avait ça : Il est certain que j'ai des qualités littéraires indiscutables n'est-ce pas( comment ça je parle tout seul ? Mais nous ne faisons que ça, nous ne faisons que nous répondre). Je l'avais tourné autrement et j'avais accentué volontairement ou involontairement l'usage du verbe FAIRE. Le pourquoi du comment de ce carnage dans les milieux aisés. C'est simple, je sais qui a fait le coup, qui en est le véritable instigateur. C'est tout bonnement Gus Van Sant, en effet, depuis Elephant(palmé je le rappelle) il n'a fait que de s'auto-sucer le bulbe alors il s'est dit qu'il fallait qu'il se reprenne et pour ça rien de mieux que faire Elephant 2, les suites fonctionnent toujours. Ça marche aussi pour Michael Moore.

Saloperies d'amerloques. On a déjà voté. Merde. C'était quand ? Ah. Et c'est qui alors, je veux dire il a combien d'oeils ? Deux. Merde, on est bon pour sacrément douiller. Pour cinq ans. S'il vous plaît, juste pour moi faites que dans ma biographie qui sortira sous peu il n'y ai pas inscrit " a vécu pendant les années d'amiante de l'ère Sarkozy ". Enfin faites comme vous voulez après tout.

Il me semble que je m'en suis pas mal sorti. Dommage que cette quête mémorielle ait réduit la force sensuelle de ce texte.

J'écris
comme
je vois
venir

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Article tiré du Charlie de cette semaine

Le making-of

Trois jours après le massacre de Virginia Tech, Cho Seung-Hui a fait son entrée sur le site de la version américaine de Wikipédia, l'encyclopédie intéractive du Net. Sa vie, son oeuvre y sont bien documentées et disséquées. Son passage à l'acte apparaît comme l'illustration de plus d'un savoir déjà constitué, la forme la plus récente d'une pathologie maintes fois diagnostiquée. Les multiples notes et renvois de la notice l'inscrivent dans la longue série des tueries spectaculaires dont il est le remake. On le compare à quelques-uns de ses plus illustres prédécesseurs, Charles Whitman, par exemple (cru 1966, massacre à l'université d'Austin, 18 morts, inspirateur du génial premier film de Peter Bogdanovitch, Targets), ou Eric Harris et Dylan Klebold (cru 1999, fusillade du lycée de Columbine, 13 morts, inspirateur de Bowling for Columbine de Michael et du Elephant de Gus Van Sant, tous deux primés à Cannes), et l'on mesure l'originalité de ce cru 2007 (32 morts)

Le public est à la fois horrifié et fasciné mais pas surpris. Le meurtre de masse est l'un de ses beaux-arts préférés. La dérive monstrueuse de la progéniture américaine est devenue un des lieux communs de la fiction hollywoodienne au moins depuis La Mauvaise Graine (Mervyn LeRoy, 1956) jusqu'au récent Alphadog, de Cassavetes fils, sorti il y a quelques semaines en France et encore en salle. Nul doute que des romanciers et des scénaristes se sont déjà mis au travail pour faire de la vie de l'assassin une parabole édifiante et cruelle, le récit tant de fois raconté d'une violence pulsionnelle que rien ne peut contenir et qui finit par exploser. Succès garanti.

Cho Seung-Hui est déjà une star. Il faut dire qu'il n'était pas seulement un assassin fou furieux, mais aussi un poète, l'auteur de quelques pièces de théâtre macabres (Richard McBeef et Mr. Browstone, déjà disponibles sur le Net, textes bruts ou interprétations libres, lectures souvent parodiques d'internautes face à leur webcam) et d'un manifeste politique qui témoigne bien de la manière avec laquelle une révolte adolescente peut virer à la rédicalité kamikaze.

A peine a-t-il commencé son périple meurtrier que Cho Seung-Hui prend le temps d'offrir aux médias la plus grande partie de son oeuvre avant de lancer sa salve finale avec son suicide en prime. Ils lui rendent ce service de diffuser son message pour qu'il fasse le tour du monde. Artiste total, le délirant est aussi un photographe et un cinéaste expérimental, soucieux de léguer à la postérité le portrait de lui qu'il a soigneusement mis en scène. Il exhibe sa haine et sa violence comme le reflet amplifié de la haine et de la violence de la société. Il veut être la souche prophétique d'une descendance de martyrs, et il est frappant de voir comment, sur le Net, certains internautes qui s'identifient à son ressentiment et sa paranoïa lui cherchent des excuses. Il est un symptôme, l'Amérique est la maladie. Scénario classique.

Les 43photos, les 27 petites vidéos et l'ensemble des textes qu'il a transmis à NBC pourraient être les morceaux de choix d'une suite au documentaire de Michael Moore ou la matrice amateur, façon reality show, d'un nouveau film de Gus Van Sant ou de Larry Clark. Cho Seung-Hui se présenterait presque comme le conseiller éditorial post mortem des cinéastes qui ne manqueront pas de s'inspirer de son histoire.

Là est la petite originalité de la tuerie de Virginia Tech : la conscience de son auteur qu'il va immédiatement faire une entrée fracassante dans les annales de la mythologie criminelle américaine. A partir de là, il veut contrôler son image. Sa composition est un foutoir syncrétique qui se réfère aussi bien à Jésus-Christ qu'aux assassins du lycée de Columbine, à Rambo et aux torturés d'Abou Grahib. Pour un psychiatre interviewé par le New York Times, " Il se campe en héros d'un film de Tarantino". Cho Seung-Hui ne cesse en effet de multiplier les citations visuelles. Un de ses portraits le cadre plusieurs fois comme le héros du film Old Boy, réalisé par son compatriote sud-coréen Park Chan-Wook, qui raconte l'histoire d'un homme qui se venge après avoir été injustement séquestré. Dans toutes ces images où l'assassin se met en scène, la réalité est indissociable de la fiction qui l'a programmé.

Stéphane Bou

lundi, avril 16, 2007

Fanta Madness

Papa : Insultes, poils, enfant-homme, graisses
Maman : Larmes, cigarettes, tendresse
Frère 1 : Cinéma, amour au bord d'un lac, sors de ma chambre
Frère 2 : Parfois drôle, olympique de Marseille
Frère 3 : Bonne entente, ne m'envoie jamais de message
Demi-soeur : Rien
Grand-mère : Quel est cet affreux visage vérolé ? Je ne te fais pas la bise.
Tonton : Voyage
Cousine : Soeur
Télé : Sympathique
Musique : Vitale
Amis : En perdition
Le reste : Des étoiles, pour la censure ou son opposée.

Maintenant un poème, ce poème ne fera rien, ce n'est pas le poème qui fait l'histoire, c'est l'Histoire, le cadre de conception, qui fait le poème.

Les mains vides :

Périssent les otages américains,
Qu'on me cloue aux déchirements stellaires,
Mouillées par le ciment à prise rapide
Les stèles disparaissent.

On dirait de la laine,
Ces lignes blanches de là-haut,
Croix Croix
Croix
Croix
En témoignage de son affection,
Un incident diplomatique
Impliquant un grand danger
Pour les populations civiles
Qui chaussent leurs ballerines.

Champs de mimines pointant le ciel
De leurs ongles mous,
Ces roseaux humains se ternissent la pensée
A indiquer le fautif,
Si fautif il devait y avoir.

Les nuages gris et gorgés d'eau
Paraissent plus menaçants qu'un viol
Non enregistré
Ils ont les cheveux de la mygale
Que portait Angélique le jour
De son vingt troisième anniversaire
Alors qu'elle n'avait que cinq ans
Sur les images.

Cinq avalanches à attendre le prince,
Ce qui ne constitue pas l'attente ne mérite pas
D'entrer dans le domaine publique
De l'existence.

L'électricité diaphane qui s'élançait au sein
De ses humeurs me reposait vaguement,
Étranges cruautés que ses deux yeux barbares
Saupoudrés de rancunes.

Pour donner un nom à ce spectacle
Je me servirai d'une mappemonde crevée, raplapla
Je me débattrai à travers les couches de tissus endormis
Pour pouvoir enfin désigner la Norvège
A demi-mort.

Sculpturale, techniquement miraculeuse,
La phase terminale ondulait à moi
Comme un chat de caresses,
Une algue de tumultueux saphirs,
Un évadé va-nu-pied sur ces routes de liège,
La terreur humide m'écartela petitement,
Ma fièvre ne descendit plus
Pareille aux doigts demeurant
Entre les jambes.

Des troupeaux de tanks sortis de leurs enclos
Pour paître le dos des gosses à pierres,
Les lance-roquettes sont de la partie,
Croissants de lune sanguinolents explosant
Au nez des roches sépias,
Je ne sais plus sur quelle divinité j'ai misé ce matin,
Pas grave,
Il y aura un autre tirage
Demain.

L'auréole bouillonne sur la tige de fer,
Opiacées échaudées par les lacérations de l'hiver,
Guirlandes amiantées de réverbères à réverbères
Et les ampoules bleues se brisent
A l'orée des lèvres asséchées,
Décrépies,
Misérables ustensiles de cuisine,
Les dauphins soudains jaillissent par le crachoir
Aux guêtres colorées,
Couleurs ternaires apposées
A cet échappatoire de fortune.

Brumeux,
L'appareil-photo cherche sa femme
Au coeur des développements
De l'intime
Conviction,
Il voit des paysages flous et rapides
Avalés par la fenêtre d'une voiture
Au-delà des limitations de vitesse,
Il devine des visages découpées dans les ombres
Et des désirs terribles derrière les yeux rouges,
Trop nombreux à oublier d'enlever le flash
Sans doute par souci de scintillement et de suspense,
Il arrache des feuilles de saison
Pour faire plaisir aux imbéciles préoccupés
Par ce qui les dépasse,
On noie ses fils sous des eaux rouges
Avant de les pendre sur une ficelle limée,
Il crache pour rendre raison à l'obscurité,
Des univers compliqués de cordes vocales à toucher
Passent devant lui.

Normalement,
Cet appareil ne devrait jamais pouvoir saisir
La moindre de nos opacités,
Il devrait être condamné à errer
En compagnie de nos mouvements, de nos sentiments aériens,
De nos protocoles ou de nos narcissismes.

Normalement,
Les chapelets de phalanges devraient défiler
A son oeil de verre
Comme les langues de papier d'un vermeil usé
Glissent sur nos épaules pendant le train-fantôme,
Sublimations connues mais indémontrables,
Car
Non délectées, non goûtés jusqu'à l'étouffement
Des mois d'août.

Normalement les mains et leurs cadavres
Devraient se briser dans le vent
Et les élans propres de la brise marine,
Telles les amours de jeunesse
Ou les plages bétonnées,
Les paumes feraient mieux de rester moites
Et perplexes,
Paumes paumées au creux des gammes
De cette pianiste qui nous décontenance.

Je prierai l'objectif cristallin de briller
Sous ce soleil pulpeux
Et de se dégager de sa paupière de plastique noir,
Rien à faire,
Il doit déconner vraiment,
Putain il s'allume plus,
Qu'est-ce que t'as encore foutu avec ?

Aucun de ses mécanismes ne semblent endommagé,
Théoriquement, il devrait marcher parfaitement,
Pourtant, il reste éteint,
Perclus dans l'intensité de ses réflexions, rêveries
Et impressions de fanfares.

Là où les mains se croisent
Vers une meilleure solitude.

dimanche, avril 15, 2007

Réflexions de la défection / Ce titre n'est pas sexy /

Pourquoi attendre la nuit pour actionner le despotisme
Des incandescences
C'est vrai ça,
Pourquoi repousser en vain
Les caves de tremblements que l'on refuse d'accomplir depuis dix-huit tramways
Au moins
La tête dans les mains,
Une famille de serpents pourrissants au fond de votre estomac,
Sur ce trottoir délavé par l'été,
Sur ces impasses embrasées d'éclairs parfumés,
Quand l'oeil carré de ma fenêtre cache un spectacle astral
Des plus chérissables
Toutes ces fois où je préfère me coucher la caboche vide
Plutôt que d'admirer l'infini et ses accidents
Ses crissements de pneus à rallonge

Peut-être que je fais ça pour mieux m'abrutir,
Me refuser aux cyclones impétueux de la science des verbes
Des soudures du suffixe et de la juxtaposition
Quitter un instant la nébuleuse
Imprécation
Des saveurs nubiles des facondes justes
Ou bien est-ce par dépit, par le pied de la lettre du désoeuvrement
Que je me dévisse doucement

L'angoisse m'a trop de fois fait guetter un talent
Affranchi de toutes bornes,
De toutes barricades fétides,
Ce romantisme blanc incarné en un si joli mot
L'inspiration
Elle te pousserait à peindre le pavé
En de singuliers élans,

L'homme s'arracha les cheveux,
Les disposa sur le mannequin
Et déclara :
"La chaleur humaine peut s'appliquer sur les êtres de bois, c'est une farce"
On ne le revit qu'une fois,
Lors de la remise des diplômes
Il arborait une timide chemise tachée pour les trois quarts
Et mâchonnait un foetus malade.

Mon infertilité poétique me pousse aujourd'hui
A réenvisager complètement mes allées et venues
Au sein de cette couronne de la transhumance
In ego
Car si définitivement,
L'Angoisse est le moteur essentiel à la bonne mécanique
Cartomancienne de l'aventure publique;
Il conviendrait de donner à chaque auteur,
Surtout aux mauvais,
Une couverture et des gémissements inhumains
Déchirants le cours bourgeois de leurs vies installées
Aux façades sanibroyées et saniadmirées
Histoire
Qu'il goûte à nouveau à l'amer des os brisés.

Bref,
Convenu que le convenu,
L'attendu, le surfait, le préfabriqué, le prédélabré
Ne sont que des voeux de djinns tuberculeux
O combien malodorants
O combien censés et assurés,
Je ne sais plus où j'en étais,
Il me faudrait une chute,
Que je tombe amoureux de tomber amoureux.

dimanche, avril 08, 2007

Dans les lampes bleues de l'océan

Un mal de chien. Ma hanche me fait un mal de chien mais je me dois de fouler la pelouse une dernière fois. Ce soir c'est le grand derby, les deux entraîneurs se sont engrainés un maximum pour attiser les passions et offrir l'affiche tant espérée par la Grande Chaîne. Il faut dire que nos deux équipes ne vont pas très forts en ce moment et que si on regarde de près le classement, ce match n'a pas grand intérêt, seulement voilà, on peut compter sur le "nom", la puissance symbolique dans l'imaginaire collectif de nos deux écuries. Je m'étais froissé un nerf à la hanche ou quelque chose comme ça en forçant un peu à l'entraînement; le médecin m'a dit que ça devrait tenir mais qu'à la moindre douleur je devrais demander à sortir sous peine d'aggraver le truc. Je suis un joueur sérieux, je ferai ce qu'il m'a dit mais quand même, ça faisait longtemps que j'avais pas ressenti une telle intensité la veille d'un match. Une nuit blanche, une foutue nuit blanche avec le front qui sue et tout le service à vaisselle d'angoisses et d'appréhensions, et cette fois je peux même pas appeler Clara parce que Clara est partie parce qu'elle trouvait que le foot avait pris une place trop importante dans ma vie. Elle avait sans doute raison, lucide, je me disais qu'une carrière se finissait toujours vers 32-35ans et qu'ensuite j'aurais tout le temps(et l'argent si ça continue de marcher pour moi) pour me trouver une gentille petite femme, d'ici là je pourrais voguer de coups d'un soir en coups d'un soir, d'éphémères en éphémères.

Un romancier américain que j'aime beaucoup à écrit un truc là-dessus, comme quoi la beauté n'est jamais éphémère et que le mariage est une saloperie, je suis pas contre. J'évite de parler littérature avec mes coéquipiers, non pas qu'ils soient tous décérébrés comme aiment à penser les médias, juste que je ne sais pas, quand on est dans le dur comme ça ou plutôt pour poser des termes techniques dans le "ventre mou du championnat", l'ambiance à l'intérieur des vestiaires est aussi terne que celle des douches après une journée à manger la poussière et le sang au fond d'une mine. Je m'entends bien avec la plupart, surtout avec ceux à qui j'ai donné des passes décisives, mais on parle plus "vacances et ballon" qu'Hemingway. Dernièrement, ça a pas mal fait jasé de me voir arriver au volant de cette italienne, racée, dessinée pour faire mourir tout amateur d'aérodynamisme qui sommeille en nous, je m'en fous pas mal de l'argent et du côté clinquant de la chose, juste que depuis tout jeune j'ai toujours apprécié les courbes de cet engin et que je me suis dit tant qu'à être un cliché, autant assumé le truc jusqu'au bout. Il y avait bien des choses à assumer dans ma vie, au-delà des régimes stricts et des séances d'entraînement journalières en plein cagnard à vous faire tomber dans les pommes, il fallait gérer ce qu'on était, vis à vis des journaux, des supporters et des quelques fanatiques. Un conseil, si vous jouez pour un club ayant une longue tradition footballistique faite de victoires et de légendes, même s'il est au creux de la vague, ne jamais évoquer le souhait de vouloir partir à l'étranger dès sa première ou sa deuxième année, sinon vous êtes bon pour la bronca et les sifflets à chaque fois que vous effleurerez le ballon, quand c'est pas des cinglés qui vous envoient des menaces de mort. Je ne sais pas comment s'achemine l'adrénaline chez mes camarades mais moi je sais que je ne fonctionne pas sans le public, plus qu'un douzième homme, 60 000 personnes qui vous regardent et vous applaudissent avec de la lumière plein les yeux, ces mains tendus de gamins voulant de tout leur coeur votre maillot les soirs de victoire, tous ces ouvriers, ces femmes d'affaires, ces "qui voudraient être à votre place", ces aficionados qui sont de tous les trajets même au fin fond de la Roumanie pour un huitième de finale retour de la plus petite des coupes d'Europe. Il me faut obligatoirement ces mains, ces yeux et ces cris pour que je me sente bien sur le terrain et ce soir je sais qu'ils seront là, derrière nous, devant moi.

Je sens déjà le saumon des fumigènes, les levées massives et les ruées vers la grille au moment de l'égalisation sur une superbe reprise de volée, je sens tout ça. Avant l'arrivée au stade, je me met toujours à l'arrière du bus, côté fenêtre, j'allume mon mp3 sur ma compil' de chansons douces(des chansons acoustiques où il est question de miel, de dauphin, tout ça en anglais) et je m'efforce de penser à autre chose, une fois j'avais même dormi un peu, cette après-midi il faisait chaud très chaud et nous avions perdu trois à zéro, depuis j'essaie à tout prix de ne pas m'assoupir. Les autres membres de l'équipe font des tas d'autres choses, certains jouent aux cartes quand d'autres dorment carrément, certains regardent toujours les quelques supporters qui jonchent la route avec un émerveillement sans cesse renouvelé, comme pour se rappeler qu'ils font rêvé des gosses et des moins gosses, d'autres se marrent en matant des vidéos bizarres sur internet. Tous se détendent comme ils peuvent. Personnellement, j'ai quelques rituels, vers le milieu du chemin quand on sent déjà que ça va bouillir, je regarde à travers la glace située au plafond le visage du conducteur de bus et s'il a l'air confiant c'est que ça va être un match difficile et s'il a l'air irrité c'est qu'on risque de marquer rapidement. C'est vérifié.

Un mélange de gerbe et d'envie baigne ma bouche au moment de descendre du car. Putain, j'ai beau être un être raisonnable, ça me fait toujours autant flancher le coeur d'entendre le murmure fumant de ce stade plein. Chaque fois je me dis, c'est du foot, rien que du foot, rien qu'un sport, rien qu'un jeu, chaque fois l'enjeu me rattrape et je me met à baliser comme avant d'aller passer l'oral du Bac. Déjà à cette époque je me disais : ce sont des études, rien que des études mais rien à faire. A croire que j'ai un problème quand il faut me détacher des choses futiles pour mieux les apprécier. Heureusement, une fois en plein échauffement, après deux trois touches de balle et que j'ai pris la mesure des choses, ma respiration se banalise, ma gorge se serre une ultime fois, je suis prêt. Je n'ai pas un poste qui soit réellement sous les feux de la rampe, je ne suis pas le gardien qui risque sa place à chaque main oubliée, à chaque bourde, à chaque trou dans le gant, je ne suis pas l'attaquant qui risque d'être pris en grippe à chaque face à face loupé ou s'il décroise trop sa tête alors que le cadre était grand ouvert devant lui. Je ne suis pas non plus le milieu créateur qui dès qu'il n'arrive pas à créer l'animation dans le jeu est traité comme le dernier des ânes, il faut de la percussion, c'est comme le jazz au fond. Je suis un milieu offensif mais je préfère me dire ailier gauche, je suis chargé de distribuer des bons ballons, des centres efficaces vers l'attaquant de pointe et au besoin d'éliminer un ou deux défenseurs adverses. Mon rôle est capital au sein du collectif mais néanmoins je peux me permettre de louper quelques dribbles, on dira seulement que j'ai essayé d'amener le danger, rien de plus, rien de moins. Je ne suis pas un excellent finisseur, cette saison pour 18matchs joués en tant que titulaire, je n'ai marqué que quatre fois dont un sur penalty. Pas très brillant donc mais je comble mes quelques faiblesses par un travail de récupération des plus abouti, bref, je suis un joueur dans le rang capable de quelques éclairs de génie et c'est grâce à ces éclairs que je reste titulaire.

J'en étais sûr, un très beau ciel noir d'avril chargé d'électricité, comme un orage suspendu. Les tribunes grondent, l'odeur de friture et d'orge m'excite, je me sens comme une puce, les partenaires n'ont pas l'air de se soucier de moi, ils ont tous l'air sérieux et appliqués, ils ont raison, ce soir est un match important pour l'avenir(médiatique) du club. Comme je l'ai dit auparavant, d'un point de vue sportif, ce match n'aura pas beaucoup de conséquences par rapport aux trois premières places mais elle nous donne tout de même quelques démêlés statistiques intéressants, en effet, si nous gagnons, nous sommes à cinq points des places européennes, si nous perdons, nous restons dans la seconde moitié de tableau et puis...

C'est le derby du sud, un derby marqué par des buts venus de nulle part et de douces rivalités. Car oui c'est rare mais il y a toujours eu une tendre tension entre ces deux équipes de par leur proximité géographique, l'une la riche, la bourgeoise, l'autre la plus démunie, l'ouvrière, mais tout de même l'ambiance générale(à quelques incidents près) est plus celle de deux frères luttant pour de faux dans leur chambre que celle de deux loups s'arrachant leurs fourrures argentées à grands coups de crocs au cou le long d'une rivière glacée. Pardonnez le côté pastoral de tout ça mais j'en suis encore tout chose, aujourd'hui que j'écris ces "Souvenirs ronds d'un joueur intelligent", voilà pourquoi vient s'immiscer des images et autres allégories d'une niaiserie abusive. De toute façon, vous devez savoir un peu de quel sorte est la tension dans ce genre de derby, les confettis sont des confettis lourds mais ce ne sont pas des lames de rasoir. Je sors du vestiaire, devant mes yeux, le numéro 9 floqué au dos de De Sanctis, la "star" de l'équipe, longtemps blessé il a tout de même réussi deux triplés consécutifs cette saison et il est deuxième au classement des buteurs à une unité de Barros, la petite(encore une) perle brésilienne. Je suis très chiffre, je viens de la nouvelle génération de joueurs s'étant acclimatée à la statistique, à la culture du nombre qui flatte, à la valeur jouissive du chiffre.
Cette saveur placée dans les pourcentages et autres classements vient des Amériques, là-bas, ça fait un bail qu'ils se font bander et qu'ils s'émulent les uns les autres grâce aux données numériques. Bref. Je ne sens aucune douleur à la hanche, pour tout dire, je ne sens pratiquement pas mon corps, je suis moite, un bâtonnet de glace fondant au soleil. Je sais que ça ira mieux une fois sur le gazon, mes crampons envoyant valser la terre et l'herbe en autant de toupies organiques. Je soulève un pied, puis l'autre, l'arbitre assistant me dit que c'est bon et que je peux avancé après s'être assuré du fait que je ne porte ni bague ni boucles d'oreille susceptibles de causer des dégâts dans l'élan. Tout ça parce qu'une fois, un type avait sauté avec un autre type pour prendre le même ballon et le premier avait réussi à fiche son doigt dans l'anneau au lobe du deuxième, résultat lorsqu'ils eurent tous les deux touchés terre, l'un des deux avait une oreille en moins et le sang giclait.

A évènement particulier, intervention particulière. Pour la première fois de la saison j'allais me faire interviewer juste avant le match, je vis le consultant qui m'attrapa par le bras et me demanda si c'était possible de...et à peine eus-je donné mon approbation qu'un lumière rouge brilla sur mon front et l'autre d'annoncer mon nom " Nous sommes ici avec..."
Ils auraient pu me prévenir, je déteste les discours formatés des autres joueurs défait de tout lyrisme, des discours binaires et sans fond " On vient pour gagner, on est là pour prendre les trois points, on va tout faire pour prendre les trois points..." et autres conneries du genre.
Résultat, moi l'intello..." Hmmm, je pense qu'il va falloir faire de notre mieux pour ramener ces trois points qui s'avèreront précieux pour la bonne suite de l'aventure. "
Pfff...je ferai mieux la prochaine fois. Et puis j'avais déjà cette idée de bouquin non pas que je pensais que mon nom en tête de gondole me ferait vendre comme des petits pains juste qu'on sait jamais, un mioche fana " Je le veux maman " et la maman accepte (Oh c'est encore sur du foot, oh mais c'est mieux qu'un jeu vidéo, c'est un livre, avec pleins de pages, oh il y a pas d'image, oh je vais lui faire plaisir) et au final le rejeton le lira jamais le trouvant trop compliqué mais son grand frère tombera dessus et le trouvera bien tourné, et peut-être même consécration finale pour un écrivain, qu'on en parlera à table.

On arrive dans le tunnel, devant moi dans l'étoffe pourpre, les omoplates saillantes de notre Numéro 10 : Danny Pedrosa, à ma gauche, le corps robuste du libéro de l'autre équipe qui je me l'étais toujours dit et je me le dis toujours ressemble étonnamment malgré sa corpulence à Anthony Perkins ou à l'autre là qui présente la roue de la fortune. N'empêche qu'il me fait peur le molosse, il a déjà brisé pas mal de chevilles et au moins une ou deux carrières, s'il prend un carton jaune ce soir, il sera suspendu pour le prochain match, ça m'avance pas des masses. Nous avançons lentement, les plus sensibles ont l'impression d'aller à l'abatoir, les plus excités ou les plus fous ont l'impression d'être des gladiateurs allant défier les lions, je me situe entre les deux. La pelouse est belle, un vrai billard, mais je la distingue avec peine tellement le brouhaha chutant des travées est assourdissant. Ouais, ça va être un beau match.

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Finalement, j'ai trop forcé, ma hanche s'est démise(oui une hanche peut se démettre apparemment) mais nous avons gagné le match 2-1, je me souviens j'ai donné la passe pour le premier but, un centre en cloche de l'intérieur du pied gauche. Cheveux dans le vent, contact, étoiles de sueurs dans l'air, filets qui frémissent. Le pied. Mais. La hanche.

Les lampes bleues et l'océan gris verdâtre, je les ai vu pendant six mois derrière les vitres aseptisées de la station balnéaire où a eu lieu ma rééducation.

jeudi, avril 05, 2007

L'aperçu du bonheur se fait souvent dans les erreurs d'impression