mercredi, janvier 31, 2007

Mon chat

Mon chat a des problèmes graves. C'est un inadapté. Tous les soirs il revient dans de lancinants miaulements, il est sur le pas de la porte et on le laisse entrer. Ensuite on découvre les plaies, il en a des belles, des cicatrices en tout genre. Une fois une branche lui est rentré dans l'oeil, et par miracle le lendemain elle n'était plus là mais son oeil si. Mon chat doit pas être un très bon bagarreur ou bien alors il tombe toujours sur un autre chat qui est troisième dan. Quand il est là, mon chat miaule pour avoir à manger, il miaule jusqu'à temps qu'on le serve un peu comme nous, après avoir manger, quand je suis assis il monte sur mon ventre et là sevrage et mal de mère oblige il me tète. Il tète mon tee-shirt en plantant ses griffes dans mes organes, voyez-vous mon tee-shirt ensuite est couvert de salive mais je m'en fous, une mère de substitution se doit d'être patiente. Je sais pas pour quelle vie est fait mon chat, la vie de rue le mutile et la vie domestique l'infantilise. C'était un bel animal gris quand il est arrivé à la maison, il était jeune comme un galet de rivière je l'ai tout de suite aimé parce que j'aime les chats vu que ça demande pas trop de travail non plus. Il s'appelle Sidney, nom mnémotechnique car on l'a eu en même temps que les Jeux Olympiques de 2000 se déroulant dans cette ville homonyme. Parfois Sidney j'aime penser que c'est Sidney Poitier bien que je n'ai jamais vu aucun film avec Sidney Poitier, un espèce de lascard un peu perdu mais adorable. Cette nuit là il l'avait passé sur mon lit en vrac à roupiller comme une chaussette de Noël clouée à la cheminée. J'aime bien regarder mon chat et le monde en général dormir, je ne dirais pas que c'est à cause de cet espèce de paix qui s'échappe des yeux clos des gens de sommeil non je ne sais pas, peut-être parce que je me dis qu'ils rêvent et qu'ils pourront me raconter comment c'était de l'autre côté du feu.

Il fallait bien que je dorme aussi alors je l'ai poussé et l'ai gentiment mis dehors par une ruse classique, je l'emmène jusqu'à sa gamelle et je tape dessus pour lui faire croire qu'il y a à manger, attiré par le bruit il se presse contre son bol vide et le temps qu'il se rende compte que je suis un méchant garçon futé je remonte me barricader dans ma chambre. Mais cette nuit je me suis pas si bien barricadé et en furetant doucement avec sa tête dépouillée il a réussi à rentrer, je l'ai vu se traîner sur la moquette et crier mollement, ensuite j'ai entendu un son humide et visqueux. Tout d'abord je pensais à une boule de poils mais non il venait en effet de déféquer sur un coin de ma moquette, parallèlement au mur. Ce qui est intéressant ici ce n'est pas seulement l'allure luisante et nauséabonde de ce crucifix post gastrique, bien que ce fut un étron étonnant, non c'est de voir la réaction de mon chat labourant la moquette frénétiquement dans l'espoir de je pense, retourner de la terre fictive pour ensabler sa salamandre. Ses ongles ont déchiré le sol, il en a cherché de la terre, et ce qui est malheureusement beau c'est sa fuite des perceptions, il a simplement réagi à un des nombreux conditionnements pavloviens antédiluviens inhérents à la race féline soit excréments nécessitent tombe de sable. Hors il n'y avait jamais eu de litière chez nous, sa présence se faisant trop rare pour incliner une installation de ce genre, et pourtant ses pattes se plantent toujours dans la moquette, griffant un câble traînant à terre, il la retourne encore sa miraculeuse plage invisible, tu vas disparaître maudite cravate jaunâtre !

Mon chat a des problèmes graves, il est encore dans ses tous premiers réflexes.
Il enterre dans le vide, un peu comme moi je fais avec la nuit.

samedi, janvier 27, 2007

Je me souviens avoir entendu les chiens

Le récit d'un jour où j'ai mouru pour mieux faire parler ma pensée
Dans l'amnésie

Le couloir était blanchâtre saupoudré de bleu.

C'était vraiment la fièvre, le front brûlant, la barre blanche dans le crâne, décidément, les claquements de mâchoire, les tremblements de froid, disparu, je n'étais pas malheureux, il y a de l'avancement.

Dernière petite précision : Quand vint l'écriture, je n'étais pas encore sorti de ma tourbe à l'accent russe.

Ce qui explique digressions, comparaisons douteuses et autres oublis de mots de liaisons, pas besoin de lier je laisse nager le coeur.



Je pense à toi dans un moment bizarre. Explications dans la minute. Je me revois dans ce bel appartement au second étage complètement cramé, cherchant dans les plis du matelas gonflable quelques esprits, à la place je fais trois petites mares de gerbe. Pas de la gerbe de fleurs, non de la gerbe qui schlingue chérie, de la gerbe qui colle aux cheveux, de la bonne gerbe grumeuse, je crois dans ma gerbe il y avait une petit arrière goût de paprika. Il est important de noter ici que la paprika est une épice utilisée le plus souvent dans la cuisine hongroise, et c'est étonnant parce que le nom est exotique alors que la destination est toute autre, non pas que la Hongrie ne soit pas un pays exotique, ils ont fait de très bons pornos dans les années 90, oui pour moi la vraie beauté d'une nation réside dans la qualité de son cinéma cochon. Elle est célibataire, elle est célibataire parce qu'elle n'aime pas l'idée des queux raides dansants dans son abdomen et je pense qu'elle pense à chaque nouveau mec qu'elle croise "Il va me jouir dedans il va me jouir dedans". Je ne sais pas vraiment de qui je parle mais je parle. L'après-midi avant le délire je l'ai passé dans le passé avec un type un polonais comme prévu j'ai posé roots je me suis marré et j'ai appris la respiration ventrale. Le copain de Pauline a des pieds horribles et il se sert d'une lime pour en enlever la corne. Le barbu barré leur manque tous, à moi aussi. Choc de sudation, cet halo humide que je laissa sur la chauffeuse. Si vous aviez vu belle enfant, mes yeux doux dingues devant le miroir, ces yeux d'une glace transcendante, mes cils dépareillés incurvés comme une mairie morte, si vous aviez vu ça vous auriez craqué. Moi-même si j'avais été là j'aurais eu l'envie direct de me faire, là dans la salle de bains à quatre pattes baisant dur, mais j'étais trop occupé dans ma gerberie. Je t'aime d'un amour foutraque gros con. Caroline m'a dit alors que j'étais assis sur une chaise avec un seau jaune dans les mains que c'était marrant parce que parfois je reprenais des couleurs et parfois non. Je reprendrais bien des couleurs. Caroline n'a pas les cheveux noirs non, elle a des cheveux obscurs mais pas noirs, ils sont beaux et coiffés d'une manière étonnante, sidérante d'esthétisme, la description qui va suivre ne dit pas tout sur ça mais je pense qu'on s'en approche. Des cheveux comme les nuages dans le dessin animé Hercule. J'ai beaucoup aimé la regarder, car en plus de ses merveilles capillaires, elle avait des yeux bleus je crois, des soucoupes d'un bleu indétectable, et son visage que dire si ce n'est qu'il était hors de l'ordinaire, un petit visage fou. Les empruntes étaient en fait des figures.

Je préviens, c'est à dire que je viens avant, le reste du texte est du même acabit, j'écris dans la fièvre, c'est décousu comme la chemise du ciel les jours d'orage. De quoi j'ai l'air ? Comme tous les grands criminels de quelqu'un d'ordinaire. De quoi j'ai l'eau ?

J'ai dormi dans les toilettes( 20minutes...1heure) et on m'a fait une soufflette.

Un sac plastique me fait de l'oeil dans un arbre à branches d'ampoules.

C'est en marchant, écharpe aux cordes vocales et fermeture éclair de veste remontée jusqu'en haut que j'ai pensé, j'ai pensé un peu à ce que j'avais déjà pensé avant, que ce gouffre funéraire où m'avait plongé la surconsommation d'alcool( vodka pure + gobelet plastique ), que ce paradis, muet trou noir devrait être retrouvable dans des chemins moins distillés, dans un travail sur l'âme on se désinhiberait. On recevrait des smacks crades qu'on ressent à peine tout le temps.

Putain d'agonie !
J'ai fait ça, j'ai failli l'envoyer, sms imaginaire destiné à l'Os mais je ne l'ai pas envoyé car cette expression méritait à mon goût une exposition plus ample. Dans les ambages cristallins tu trembles, trempant ta main dans un baril de poudre. Les gens vont dire : "Mais tu nous fais quoi là ? C'est quoi tu racontes ta vie, on comprend rien, et tu commences à écrire un peu trop cru." Je dirais oui mais ainsi va le langage et rien ne me dit que c'est ma vie, c'est peut-être simplement la vie que je tente. Ça serait un bon titre d'émission ça : "Tenter la vie". En vérité je suis peut-être un névropathe castré, je suis peut-être un spectre de fantassin. Ce qui me plaît dans les mots c'est qu'ils n'ont pas d'apparence mon ange, ils glissent et voilà ils disent pas la peau dévorée par l'acné, le charme globuleux et désincarné de mes paumes, ils disent pas si je m'habille bien ou mal, si j'ai un style ou si je n'en ai pas. Oui j'ai un style d'apache. Ils ne disent pas à quoi je ressemble ou si je suis dans l'air du temps. Vous pouvez venir mais attention je pue le vomi la sueur et les brûlures de cigarette. Il avait toujours de ces façons de parler, de faire le magnifique. Mais voyez c'est le langage qui fait tout, qui fait qu'on s'intéresse, qu'on se narcissise car c'est bien beau mais le fait d'aimer l'art est simplement le fait de s'aimer dans d'autres lois. Je suis trop parti pour creuser ce point de vue et puis je préfère lâcher ces cascades de perles comme ça sur les dents. Je ne suis pas venu pour réanimer la querelle sur faut il écrire "classique" ou quelque chose de "moderne" qui ressemblerait à comme on parle. On écrit comme on parle depuis le début, s'il y avait des épopées, c'est qu'on parlait Dieu et périples marins, aujourd'hui on a des palais de chattes, des scléroses, du beurre mou, des disques compacts et une paire de shoes. C'est l'évolution et elle ne garde pas des :

"Sous les violentes contractions de ma vésicule biliaire, remontaient les flots acres de ma fureur."
Tu me garderas un litre d'essence pour que je brûle toutes ces délations. C'est en marchant aussi que j'ai croisé un chinois j'ai souri et lui aussi, j'ai souri parce que pendant que je comatais comme un chaton sur le dos, il est apparemment venu un chinois un vrai de Chine, qui capte presque que dalle à la langue du misanthrope, il répond au doux nom de Chu, à la crème non parce qu'il faut le prononcer Chu comme chuchoter la chute, sans doute est-ce un ami des hôpitaux, et dans mon sourire je me suis dit qu'au final on ne faisait que se croiser dans une espèce de grande fête, tous un peu la pupille prête à briller. Ils ont fait tourner leurs voix grâce à l'air sec, l'air sec c'est un truc qui sert à la base à nettoyer le matériel informatique mais qui trouve sa terminaison la plus triviale dans les gorges jeunes, ce qui donne un ton de ténor et qui fait froid aux pieds et tourner la tête alouette. C'était prévisible qu'Ana soit avec un mec, encore plus prévisible qu'il ressemble à Clark Kent, qu'il fasse du basket et qu'il soit connard, il est pas connard pour déconner il est connard pour de con, en réalité il est pas si connard mais c'est tellement simple de créer les ordures, toujours est il qu'entre deux gargouillements extra-terrestres je m'aperçus qu'elle était belle vraiment, comme une reine égyptienne, plus belle même que Kate Winslet.

On m'a dit récemment que Kate Winslet était superbe au téléphone, on me l'a dit au téléphone je ne veux pas dire que Kate Winslet a plus de charisme quand elle est au bout du fil, quoi que, moi je trouve qu'elle s'est un peu empâtée, un peu comme le vieux Jérusalem ou un morceau de cheddar. Positivement parlant, je garde néanmoins un souvenir très ému de cette même actrice, souvenir sublime, souvenir de son corps nu rose bien en chair, dans ce canapé elle se faisait peindre par Léonardo, elle avait autour d'elle le putain de gros diamant qu'elle fout à la flotte à la fin par pur métaphorisme atroce. Et bien là elle était belle, troublante de beauté je te jure, même si c'est mal filmé c'était quand même une sacrée oeuvre d'art que sa nudité spotlightée.

Comment peux tu chanter aujourd'hui ? Avec ta voix de pré pubères irradiés, avec ta voix de fillette au napalm sur la plage, avec ta voix millions de nègres séropositifs, avec ta voix d'enfants d'immigrés qu'on fout dans les transformateurs, avec ta voix d'athlètes israéliens exécutés en Bavière, avec ta voix de série télé américaine de seconde partie de soirée qui glisse en première partie de soirée.
Comment peux tu chanter aujourd'hui ? Avec ta voix de condamnés amers.

J'y ai été en le savant que je ne poserais pas mon lombric entre ses jolies cuisses.
Anachronisme, c'est sa période. Au cours d'un de mes courts moments d'éveil c'était magique, car j'ai été réveillé en vérité par la voix de mon maître, elle a chantonné " La Terre est bleue comme une orange " peut-être qu'elle savait pas que c'était d'André, que derrière elle y'avait le beau foutoir du surréalisme, que derrière elle la phrase y'avait tout ce qui me flanque du baume aux artères depuis trois ans. J'aime la vision artérielle de...la suite a été perdu sous une avalanche éthylique. Peut-être qu'elle ne savait pas comme elle ne savait pas ce qu'était la Nouvelle Vague, la situant vers 1920, t'es craquante mais un peu gourde, on est la jeunesse et j'observe, la plupart d'entre eux sont là sans savoir pourquoi, juste par un vague désir, ils ne savent pas ce qu'ils feront plus tard et passent leurs nuits à boire, à s'abrutir doucement et je pense que c'est bien mieux ainsi, que si l'alcool est là c'est pour être bu. J'ai du mal à éclore, le thema sur Kafka nous propose un documentaire qui changerait en suicidaire n'importe quel type qui se pose trop près devant l'écran. Boire beaucoup. Une heure que je suis là à écrire, j'ai passé vingt-quatre heures à cogiter ça comme toujours, à trouver les tournures, à évacuer le bon sentiment pour retranscrire le spleen original de ma défonce, parce que je suis défoncé d'obsessions, obsessions des formes, va passer un week-end avec moi tu verras mes rides apparaître, mes rides qui réfléchissent, le pire c'est quand je dois me souvenir je n'ai pas de papier sous la main ni rien ou alors je suis trop mort pour pisser l'encre et je dois me souvenir de chaque petite chose, chaque petit terme se bousculant dans ma cafetière bouillante, je te jure que dans ces moments là

La vie c'est du boulot

C'est que ça prend du temps de faire chialer les mots ! Faut faire pleurer à la fois les consonnes et les voyelles sans pour autant que ça sonne sitcom, c'est massacrant comme une femme que t'as trahi. Il était malade Franz, il a passé de longs séjours dans des bains(sanatoriums). Le polonais aime les gros seins de la polygone, ses gros seins rouges. Titubant dans les quartiers, je suis arrivé jusqu'à la gare en moins de temps qu'il n'en faut pour dire " Je ne suis pas encore un boeuf carotte ", ai-je raconté que dans la somme on change les habits des statues, ai-je parlé du Chopin romantique qui ne boit pas mais doit se délecter sûrement par vice de voir les gens sombrer, une grande gare que celle là !
On y croise de ces gueules cassées que Verdun n'aurait pas maudites, et vu qu'on est tous un peu cinglé, on croise ce prof de maths déconnecté, qui aurait selon la rumeur perdu sa femme et son fils et aussi sa santé mentale et qui malgré tout continue d'exercer tranquillement l'art des nombres, ce prof avait sa tête décalquée, ses marques lourdes plongées dans sa capuche beige, il parlait tout seul et je le regardais et je me suis dit que c'était magistralement absurde, un peu comme ce truc, que je ne savais pas si c'était lui qui me suivait ou si c'était moi qui le suivait en essayant de fuir la trajectoire qu'il incarne, trajectoire, diagonale des fous qui n'ont pas la démence de se mettre à créer. Invisibles ses paupières, ses lèvres lippues, sa bave, il était snobinard, pas vraiment qu'il soit de fait snobinard juste que c'est un mot qu'on utilise que très rarement et que j'adore enrichir mon vocabulaire de ce genre de syntagme. Il était snobinard et j'étais à la gare. Après avoir réussi à composter mon billet avec douleur, je mettrais ça sur le fait que le billet était un peu plié et non que je l'étais, je suis descendu sur le quai par un escalier bordé de deux mains courantes rouges un peu comme dans les stades de football que j'imagine en Angleterre. Il a été dit le lendemain qu'alors que ma conscience avait filé, j'avais rappé j'ai rappé moi scarabée misérable aux pattes recroquevillées j'ai rappé, j'ai rimé, j'ai freestylé, j'ai fait slamdunké comme un malade les rimes contre ma bouche terrassée. Diable s'il pouvait y avoir un enregistrement quelconque je pourrais voir mon âme en dolby surrond et savoir de quoi elle parle. Elle fait juste un peu plus vieille oui parce que ça virevolte, j'ai vu la tour s'illuminer et les fenêtres se peindre en blanc, un feu devait crépiter au coin sur la corniche car on voyait distinctement ses flammes rebondir contre la paroi, elle est jolie, elle fait un peu autoritaire mais jolie, belle, tentante, elle est nada d'autre qu'une nouvelle passante comme on en oublie tous les jours, le documentaire se termine sur une vue du cimetière aux tombes de biscuits, elle a l'air intelligente et un peu coincée, c'est une poétesse, une vraie poétesse, une naturaliste, une naturaliste ambigu qui conte des histoires de biches qui se caressent dans les herbes fauves, car il faut savoir que la biche est le seul animal avec l'homme à avoir la capacité de se procurer du plaisir elle-même, la biche peut se masturber, peut se trifouiller la feuille, la biche peut se branler jusqu'à l'extase et ça c'est à savoir même si véridiquement son geste diffère.

Elle sera ça ou plutôt, une naturaliste stricte, qui écrit " Les rais de lumière traversaient les sous-bois ", une poétesse chiante, chiante comme la danse moderne, chiante comme les natures mortes, chiante comme les écrivains allemands, chiante comme les films de Warhol, chiante comme le vrai sens des choses, chiante comme la solitude, elle serait comme ça ma poétesse, elle écrirait magnifiquement.

Dans cette région il y a une gare, qui est en fait une usine où vivent des nuées de transpalettes. On cherche ce qui nous interloque dans les asiles interlopes. Retenir que mon subconscient libéré m'a fait rappeur, cracheur de syllabes, momie éructant en paroles sonnantes et trébuchantes. Ce qui veut dire que mon esprit a toujours son mot à dire.

C'est lui, j'ai reconnu sa chaussure noire qu'il conduit toujours. Les feux rouges disproportionnés attendaient la suie. Et c'est au volant d'une Ford Taurus gris métallisé que mon père m'a ramené, faisant rugir un moteur d'ULM. Et j'ai écrit comme prévu, le désenchanté des traces de roues dans la neige, ces parallèles et à vrai dire les tulipes bêlent et c'est comme elles disent : Je suis drôle.

Court la musique d'Albinoni. Aspirine, je suis amoureux des "line" et des "a"...Poussière

J'avais oublié que j'étais tout nu en-dessous, ça sent le charter

Une autopsie chez les animaux est une nécropsie

Il fallait l'inventer ça, une nana fan de Stallone.

mardi, janvier 23, 2007

Alena

Des gouttes claires sur la grille
De la cendre et des épaules grises
L'imbécile poussière déroule de longs tapis durs

Tournées les boussoles défient
Les cinglants éclairs de l'astre solaire
Et l'espérance sanglote
Sur le berceau violé
Dans sa robe de vent déchirée

Par le mirador la lunette scintille
L'oeil bout
La main tremble
Se ressaisit par diplomatie

Que dire de ces marées de serpents
Couchées dans la rivière sèche
Comme autant de rotules qui éclatent
Grâce aux billes démocrates

Les enfants paissent les veaux mangent
Une évasion de cafards
Pour tous ces croyants bronzés
Ces croyants qui agonisent

Et qu'on balaie devant l'autel
D'un joli plomb dans la tête

Le soleil plus grand que la vie même
Continue de grossir
Et la rivière d'étayer les belles plaies
Des amants
Lavés dans ces soleils couchants

Soleil qui devient lune
En dépassant la dune
Alors que lentement les crotales passent
Laissant leurs mues sur le barbelé neuf
Qui espèrent un jour
Griller même les étoiles

Heureusement
Des sifflements de rêve persistent
Sous le globe fumeux
Sous les routes et les périphéries
Les accents s'halent

Le marché s'hispanise
Les cadavres parlent l'espagnol

Vous n'êtes que de la marchandise
Tu la cèdes à combien ton auréole ?

Les anges n'ont pas d'identité
Ils vivent dans nos villes
Embrassent nos femmes
Écoutent nos disques
Les anges n'ont pas d'identité

La lune retourne à son vêtement
De cercle brûlant
Les gouttes épaisses durcissent sur l'acier torsadé
On gratte
On gratte

Voilà comment l'homme disparaît

En dépôts ocres sous des ongles
Richissimes
Bagués, libres
D'imposer leur liberté

Lacéré, le corps épuisé du fou
S'étend sur toute la frontière
On lui tend quelque chose

Un papier pour que le fou reste
Pour que le fou reste
Pour qu'il soit celui qui voit
Certains de ses frères mourir
Tandis que d'autres les font mourir

C'est la loi

Le fou gémit, hurle au désert
Demande l'arrêt immédiat
De toute procédure de la misère
Il se lève, arrachant tous les grillages
Déracinant une à une les barrières

Des balles et des cobras sifflent
La rivière rougit croît rougit
La rouge
Le fou est arrête juste
A l'ambassade des cinquante et un lustres

Un sourire salé balafre ses joues
Petit sourire de révolte
Qui ne fera aucun alinéa
Il n'y aura pas d'alinéa
Sur l'histoire de la démarcation
De ce fou

à Alena,

Les serres de l'aigle
Saignent l'érable
Au nombril de la lune.

Dieu qu'ils sont contents de se boire le sang !
De par le monde la Soif monte

mardi, janvier 16, 2007

Voix off

J'ai été entouré de pianistes, j'ai écouté la blessure narcissique, j'ai pleuré dans un train qui n'allait pas vraiment hors de ce pays de merde, j'ai vu dans le métro sortant d'un couloir inconnu une fille qui pleure et je me suis demandé pourquoi, si c'était à cause de je ne sais quel petit ami rustre ou simplement parce que le monde oblige au surmenage, j'ai marché, grimpé l'avenue, et je me suis arrêté devant le cinéma, je me suis dit, pourquoi pas une toile c'est la bonne heure en plus mais je n'aime pas le cinéma seul et je n'avais nulle part où coucher après, j'ai cherché vainement dans mon sac mes tickets de métro roses, voyant ma peine un type à journal m'a tenu la porte vers la fraude, en le remerciant j'ai froissé son journal de mon corps malhabile, j'ai erré sur la ligne et j'ai pensé à ces vacances qui s'annoncent, j'ai été triste parce que oui je ne la verrai pas et puis, je me suis repris je me suis dit que je pouvais bien aller zoner autre part, peut-être aller voir le polonais ou David, ou des filles qui s'en foutent un peu de moi mais qui ne seraient pas contre ma venue dans l'absolu, je me suis dit que c'était malheureux que je le sois parce que je ne la vois pas pendant quelques jours et puis j'ai dit que diable! je l'aime à la russe, j'ai pensé un millième de seconde à Tchekhov, la Mouette les bouts de page retournés les soirs usés de sueurs et le fusil, cette réflexion si juste qu'il y a dans ce livre, je ne sais plus où, sur la méthode de création des poètes, un modèle du genre vraiment, il dit qu'il rencontre une fille ou un oiseau survolant l'étang et que le plus simplement du monde il l'écrit, je me suis dit que je pouvais profiter de ces trois semaines pour lire, me cultiver, en passant des journées interminables à la Faïencerie ( je note ici le lieu exactement car son nom ne me dérange pas ) avec dans les mains un livre d'Henry Miller et toujours les yeux braqués sur je ne sais quel passant spectral de ces bibliothèques, ou j'emmènerais ces livres chez moi et du style de ces livres m'en viendra un autre et j'écrirai facilement, mais il faut aussi que j'envois mon poème pour le concours, il faut aussi que j'écrive ces nouvelles sèches et si vraies dont je fantasme déjà, j'en ai deux déjà d'écrites mais elles résonnent encore trop de ma surabondance de détails d'ambiance, j'aimerais écrire simple, comme on parle mais avec la beauté de l'encre, ces histoires de chiens mourants ou de vieilles tantes séniles, il y a aussi le projet des post et des préfaces qu'il faut que je mette en route pour de bon, pas que dans ma tête, bien sûr je serai déçu du résultat mais à quoi bon être satisfait, il faut vraiment que je pense à appeler David avec lui je sentais un peu d'intelligence, ce vent frais d'emphase qui me damne, il faut aussi que je vois Ana en face à face, elle n'a pas l'air si bête, elle aimerait mes vers, et puis peut-être j'irai siroter sa salive, on dit des yeux oui des yeux des grands yeux, des yeux c'est toujours des yeux on va pas dire rétine ou pupille ou je ne sais quoi, j'm'en fous des répétitions des yeux des yeux des yeux,il y avait une suburbaine qui lisait un livre au titre hmmm Millenium Time quelque chose comme ça d'un auteur inconnu et je me suis demandé si un jour 'challah ce livre deviendrait une oeuvre littéraire marquante de ce siècle, un incontournable ou alors si ce n'est qu'un de ses romans de gare qui à l'air intelligent parce qu'il pèse plus lourd que les autres, je pense qu'il est toujours plus plaisant de lire un mauvais roman et que plaire est un geste trop gratuit, je pense trop, si bien que je me fais avoir, dans l'escalator me menant à la sortie un type manque de se ramasser mais se rattrape tant bien que mal en pouffant joyeusement de honte à l'épaule de sa voisine de la marche du dessous, il s'excuse il dit pardon, et je vois le visage complètement fermé et triste de la bousculée et là l'incroyable, j'ai vu la haine caractéristique de l'homme, il dit

Hé j'ai dit pardon, putain de salope de bonne femme

d'un air mauvais et terriblement noir, comme si, s'il avait eu une arme il l'aurait zigouillé sur le champ sa pauvre bousculée, tout ça parce qu'il avait doublement honte sûrement, sur l'escalator d'en face je monte un peu choqué et c'est non sans surprise que j'aperçois une belle brochette de contrôleurs aux habits bleus marines cernés d'une mince bande verte, et merde, merde, j'aurais du le valider(mon ticket de métro de tout à l'heure) et mon train qui part bientôt, la contrôleuse mignonne me demande mon titre de transport, je fais mine de le chercher partout comme si j'en avais vraiment eu de validé et à ce moment je pensais vraiment en avoir un de validé vu que oui...mais non le type m'avait laissé passer, je m'excuse lamentablement tout en continuant à fouiller dans la petite poche de mon sac, mais rien je ne donne que des billets usagés, j'en trouve un mais non le démagnétiseur déclare que je l'arnaquerai pas comme ça c'est à ce moment précis que...

J'EXPLOSE

je ne suis pas du genre à être glorieux dans mes coups de colère mais c'était trop, trop de gens se moquent de moi, je donne trop pour avoir quoi un semblant d'un semblant, j'essaie chaque jour de me comporter du mieux que je peux sans faire de mal à personne en écrivant des choses destinées à l'oubli, je suis qu'un misérable étudiant persuadé de pouvoir faire évoluer les mentalités sur l'utilité d'en avoir une, une belle une rêveuse une amoureuse, une qui s'écrase sur les ports en fermant la bouche, et non c'est encore moi qui suis en train de me faire baiser parce que j'ai été trop arrogant pour avoir envie de valider mon billet mais merde

" Bon je vais arrêter de chercher partout, mon train va partir, filez moi votre amende j'ai l'habitude de toute façon "
avec un ton haineux, ce ton désagréable, ce ton dégoûtant que j'ai quand je ne me contrôle plus

La fille décontenancée " Bien...euh bon...vous avez une pièce d'identité ? "

" Oué oué attendez " tout en fouillant une nouvelle fois dans ce foutu sac je grommelle des injures qui blesseraient plus d'une femme

il me paraît rigoureusement impossible de retranscrire ce qui se passa ensuite

je me souviens juste de mon sac par terre, de moi faisant cent ou mille pas frénétiques, de mes cris de rage, des larmes plein les yeux et la gorge, la balèze agent de sécurité déguisée en femme noire me dit de baisser d'un ton là je suis colère et je dis que je veux me barrer de ce pays de merde sans vraiment argumenter le pourquoi du comment que à force de ces contrôles et de l'abus des gens je me sens drôlement près d'une dictature et fichtrement loin de la démocratie, je regarde l'heure sur mon portable, je vais louper mon train putain ! elle me demande si c'est un train qui me fera quitter la France si je n'aime pas mon pays je répond que oui c'est un train pour rentrer chez moi, ils ne me comprennent pas, je suis fou au bord de la crise de nerfs, et puis si je n'ai pas ce train je passe la nuit à Paris à la gare qui va s'occuper de moi vous peut-être ? J'espère que vous avez un matelas pour moi, la garce me répond que oui elle en a un gonflable, et l'autre contrôleuse stagiaire avec son piercing olive au sourcil qui met un temps fou à rédiger mon procès verbal, et hmmm je me ressaisis, je peux avoir ce train, je signe le procès quand elle me demande

" Au fait c'est quoi le département de Grenoble ? "

...comprenez bien que j'ai beaucoup d'admiration et de patience pour la race humaine mais nom d'un génocide j'ai jamais foutu aucun de mes foutus orteils dans cette foutue ville de Grenoble, mais j'ai repris mes esprits et elle aussi elle comprend qu'elle s'est trompée et elle en rigole avec l'espèce de grosse femme armoire, ils sont vraiment en train de me prendre pour un con c'est adorable, finalement après encore un autre procès verbal de gâché par son inadvertance, je m'excuse auprès de la jeune fille, je lui souhaite une bonne soirée et je file droit vers mon train, oui je suis quelqu'un de poli et je déteste laisser l'impression aux gens que je ne suis qu'un fou dangereux tout de même, il est trop tard, j'ai les pleurs dans mes baskets oranges, mais tout va bien il y en a un qui part dix minutes plus tard, il ne s'arrête pas chez moi mais un peu avant je ferai venir quelqu'un de ma famille, arrivé sur le quai, après un contrôle de mon titre de transport, je monte dans le train en pensant hmm à quand le métro gratuit, oui vous l'avez dit le mot fraude, et le mot intelligence vous ne le dites que trop peu, j'ai déchiré le procès verbal bleu parce qu'on s'en fout c'est que de l'argent et je suis rentré dans le wagon spacieux car wagon de nuit donc wagon vide, quasiment seul, j'ai pas pu batailler avec mes quelques derniers morceaux de joie avant de m'avouer vaincu face à l'assaut magistral de mes glandes lacrymales, mes larmes coulent, encore toujours, la vitre à côté est sale, j'appelle pour dire qu'il faut venir me chercher dans quarante minutes, on me raccroche au nez mais je sais qu'il y aura quelqu'un, désolé, j'ai pensé dormir chez des amis mais je n'en ai pas dans ce coin, j'en ai très peu, vu que c'est mon père qui a répondu au téléphone j'imagine que c'est lui qui viendra, je m'imagine lui racontant tout avec exactitude dans une amertume légitime, lui racontant que les journées sont moches parfois parce qu'il faut qu'elle continue d'étudier et que j'aime être grand, que j'ai failli tuer un de ces agents ou un de ces policiers et que j'ai vu à travers le visage de ce type dans l'escalator que tout, la vie pouvait partir comme ça en un instant dans un cauchemar total où les coups de couteaux font mal, où les balles stoppent net les fugitifs et les laissent inanimés dans une mare ocre et que ça n'a rien de spectaculaire, c'est révoltant et ça laisse froid, comme un accident, que c'est dur, que je suis un type qui aime, qui aime et qui passe son temps à le noter, en petits ou grands caractères selon mes intentions, et je me résigne à tout lui dire et je me dis je lui dirais " Il vaut mieux enfouir les secrets, plus tard vous verrez ça fera une belle histoire " car je savais que je l'écrirai parce que c'est scandaleux mon rythme de vie, subir, s'émouvoir, s'apitoyer, transposer, travestir, inventer et ce à chaque tintement de l'aurore ou du crépuscule, comme par enchantement, c'est mon frère qui vint finalement me sortir de cette nouvelle gare déserte, une bruine légère passait comme des flocons de neige devant les phares de sa peu coûteuse mais séduisante auto, j'ai essayé de lui expliquer qu'on abuse de moi et que ça me va, il ne m'a pas demandé plus, il a envie de vitesse et moi aussi, je n'ai pas pensé qu'on pouvait mourir, sa conduite est tellement farfelue que par non-sens nous nous en sortirons toujours indemnes, cette phrase à vrai dire je l'ai pensé comme telle, le pare-brise constellait sous les étoiles de pluie, j'aimais cette vitesse, le gain de l'acte sur les mots, du meurtre sur le discours, cet esprit de loisir, je dois me dire je trouve cette formule assez classe, "Il faut que je dorme"

lundi, janvier 15, 2007

Sundance

Dans une antenne médicale au sud-ouest de Marbella, c'est exactement ici que je suis né. J'y ai versé mes premières larmes et y ai fait entendre mes premiers cris, des vrais cris de bébé, le docteur souriait et j'avais les fesses rouges et le corps vaseux. Mes parents ont du prolonger leur voyage car il était trop dangereux pour un nouveau-né de planer même en "first class", le soleil pénétrait à travers les stores, les compresses étaient changées à heures fixes, les voitures étaient longues et brillantes, mon père portait une chemise colorée qui paraîtrait comme étant totalement de mauvais goût aujourd'hui mais qui à cette époque là était à la pointe du style. Un juke-box crachait des ritournelles éternelles, du "Old good blues" avec un tempo qui faisait valser n'importe quelles cervicales et des guitares toujours à la limite qui chantaient comme jamais, d'une voix grave et légèrement grésillante. La main ne laissant pas d'air à son verre d'alcool, mon père buvait un whisky pur vers onze heures du matin, déjà il se faisait du souci pour moi, moi tout petit comme une goutte d'eau dans la couveuse, maman elle, se reposait et la sueur éclairant son front tendu s'évaporait peu à peu. Les docteurs parlaient et passaient, ils parlaient le langage médical, il y était question de déficience, de manque, de rééducation, de traumatismes, de possible vie absolument normale, bizarre.

Elle devrait, si tout se passe bien, m'attendre devant l'hôtel " Miracle ", elle devrait être là, posée lascive, sa valise posée sur le trottoir épargnée par la pluie grâce au hautvent de l'hôtel, un bracelet doré autour de son poignet fin comme l'hostie, une jupe bleu passé un peu froissée, maquillée un peu comme j'aime, et quand elle me verra elle aura un grand sourire et moi aussi à travers le pare-brise. Les pneus de ma Nissan Skyline 1999, que j'ai loué pour l'occasion de cette histoire, trempent gentiment en avalant les un kilomètre et demi qui sépare mon hôtel du sien, j'arrive, mes yeux s'attardent sur la stature très post-grande crise de l'hôtel, je devrais pouvoir écrire un truc là-dessus, puis le coeur serin je décide de fixer la place où mon imagination avait posté la fille que je dois rejoindre et là rien, rien que la vision du tourniquet de verre et de dorure défilant paisiblement au rythme des clients dans un invariable ballet, un tour. Je repense à toutes ses fois où mon imagination l'avait placé là où finalement elle ne fut pas, mais ce n'était peut-être qu'une petite erreur de calcul, elle a du sûrement trouvé le temps long dans le petit froid de cette saison, ou bien elle doit trouver plus romantique le grand hall, plus que le côté " Je viens te chercher à la sortie des cours et on ira deviser sur le monde pendant que je t'examinerais sous toutes les coutures ", ou peut-être oui peut-être qu'elle s'en fout du côté romantique, qu'elle veut juste que je vienne la chercher pour que je la dépose là où je dois la déposer vu que je suis un nice boy.

Mon esprit envisage tous les cas de figures pendant que ma bouche dit d'un ton souple au portier d'aller garer cette foutue bagnole en attendant mon retour, je le dis et ça me peine un peu mais on a pas le choix même si je sais que je risque de sortir très vite en la trouvant tout de suite descendant les escaliers parée comme une reine, elle souriant, moi un peu sourd, s'excusant pour son retard, et moi qui l'excuse parce que putain c'est dingue ce qu'elle est belle, tellement belle que je lui dis et qu'elle ne semble pas réagir.

Elle me fait on y va. On y va. Même si ça paraît physiquement et logistiquement impossible, j'essaie de lui tenir le tourniquet aux écrans cristallins, ça me fait penser que j'ai même pas vu à quoi ressemblait le hall mais je ne peux pas me retourner parce que c'est rapide un tourniquet et que si j'essaie je risque d'avoir la douleureuse expérience de connaître intimement la densité du verre le constituant. J'étais content, mon imagination n'avait pas tant menti, elle portait bien cette petite jupe froissée bleu flaque d'eau, je n'avais pas prévu qu'elle se coiffe comme ça mais c'était encore mieux, cela dégageait sa nuque et ma bouche se voyait déjà dessus, et son parfum m'emplissant, et bordel déjà un mauvais point, la voiture est pas là devant et le voiturier non plus, faut que je prenne les choses en main et que je la joue cool, alors je lui parle de quelque chose sans vraiment grand intérêt culturel mais sur lequel on peut s'étendre facilement pendant dix minutes, le temps pour le voiturier de revenir et soit qu'il me ramène directement ma Skyline, soit qu'il m'indique où elle se trouve la biche. Forcément vu que c'est pas une fille qui répond exactement comme je l'attend, vu qu'elle me bouscule toujours... " Alors, c'était bien cette semaine, pas trop crevée ? "...je fais ce que je peux...elle me répond " Euh on fait quoi là elle est où ta voiture ?! "...tout ça avec un regard méchant et dédaigneux que j'adore...ensuite je balbutie je balbutie quand arrive le voiturier tout gueule grise au volant d'une superbe DB7 qu'il arrête aux pieds des deux stars undergrounds figées à nos côtés...elle me dit " Il est pas mal "...moi je dis " Ben c'est Ted Staff, tu m'as toujours dit que tu le trouvais pas top "..." Non non je parlais pas de Teddy le Chacal, je parlais du petit voiturier "..." Ah...oué il est pas mal, mais vu sa façon de parler, c'est comme si Clark Gable avait eu le QI de ton amour de père "... " Tu sais même pas à quoi ressemble Clark Gable "... " Je t'emmerde "...je le savais ! Elle a eu un sourire. J'ai demandé à Clark d'aller me chercher ma nippone intérieur cuir, il m'a répondu qu'il venait à peine de s'essouffler à la garer et que la prochaine fois je ferais mieux de prévenir avant si je ressors de suite après puis il ajouta " Mais bon c'est pas grave, j'irai jusqu'au bout du monde des parkings pour une jolie fille " en la matant délicieusement.

" Tiens un poète voiturier en voilà une espèce rare ! J'aurais bien envie de prendre son numéro pour savoir s'il est toujours comme ça ou si c'était une faille du programme provoquée par je ne sais quelles voluptés assassines qui t'habillent mais j'aurais trop peur que t'en tombes amoureuse et que j'en sois jaloux et qu'un jour on apprenne que j'ai tué le nouvel Eluard "

Là ses yeux partirent pour me montrer l'apparente absurdité de ma jalousie maladive. Si bien que quand Clark revint, toute envie et toute attention vis à vis de ce personnage avait disparu. Nous entrâmes dans la Skyline, moi comme dans un kindergarten, elle comme dans une voiture. Elle n'était pas du genre à s'extasier devant les gentes chromées ou les sièges satinées, néanmoins elle lâcha un " Chouette ta caisse " onctueusement anachronique. Avant que je démarre pour ajouter un peu au côté rock-and-roll de la chose elle me dit " Attends un peu, faut que je me fasse une ligne j'ai trop mal au crâne " je savais qu'elle ne se droguait plus par plaisir mais simplement parce que ses shootings quotidiens la tabassaient littéralement. Moi, vu que j'avais, malgré tous mes petits succès de merde, gardé mon âme de provincial un peu lourd je lui dis " Quoi, tu veux faire une ligne de mots croisés ? Et si les paparazzis te voyaient ils en penseraient quoi ? Que t'es rien qu'une cruciverbiste patentée ma pauvre chouette ". Elle émit un silence. C'était une de ses spécialités. " Bon OK mais je te jure que ça me saoule ", elle avait mal, j'avais envie de la prendre dans mes bras, de lui dire que je l'aimais, puis mon instinct se ravisait, ce n'était pas le bon moment, elle était complètement disjonctée par cette semaine je n'allais pas en plus rajouter dans ses basques toutes les grandiloquences de mon amour immense. Je posa une caresse sur son épaule en grise laine de façon bonhomme.

Je me souviens la première fois qu'elle m'a dit qu'elle se droguait, c'était pour me demander si je pouvais pas mouiller mes pompes du côté de Black Bay un coin pas trop sordide pourtant, pour que je lui prenne un sachet de blanche à je sais plus trop combien parce qu'elle avait froid et que tous les ' Moi ' du monde n'auraient pas pu la réchauffer. Le dealer était assez sympa. Elle ne m'a jamais remboursé, on avait un peu parlé de tout ça et finalement elle avait fini par s'endormir sans en avoir goûté un seul gramme, j'avais remonté un peu la couette sur son corps virant. Puis je m'étais cassé en laissant un petit mot plein de poésie et de rêves plein la tête dont je me demande parfois si elle l'a lu.

" Oué c'est là..." Cette fois encore, elle n'avait pas pris cette ligne, si bien que mon petit bonheur se persuada qu'elle n'avait jamais pris de drogues comme il se plaisait il fut un temps à penser qu'elle était pas complètement sauvage au moment du sexe. Croyance démentie par une abondance de détails anatomiques à la cruauté douce un autre soir. Bien sûr sur le chemin on a parlé mais c'était jamais plus passionnant que ce qu'il se passait dans les poitrines quand nos coeurs battaient à l'unisson. J'ai eu ce sentiment une fois et depuis ça m'est resté. Les rainures pneumatiques chantonnèrent une dernière fois une ode à l'ondée quand je me suis arrêté in front of un autre hôtel plus panaché en laissant tourner le moteur.

" Tu sais si vraiment ça te tue de faire ça, tu peux ne pas le faire, on dit merde à tout ça et on s'arrache...Hmmm de toute façon, je reste là devant encore une petite demi-heure...Je laisse chauffer ma jap', comme ça quand tu te seras décidée à ne plus avoir mal à la tête, t'auras plus qu'à sauter sur le siège avant et on partira en trombe comme Bonnie and Clyde après un braquage..."

Pas la peine tu peux y aller merci, désolée, mais c'est la vie que j'ai choisi.

A last smile, et un dernier regard, la porte qui claque et de par la vitre je vois sa silhouette s'enfoncer dans devinez quoi un tourniquet, elle tourne, les jointures jouent, elle disparaît. Le soleil danse maintenant sur le verre et ses mouvement circulaires. J'attends cinq minutes et puis je m'en vais, je sais qu'elle ne descendra pas cette fois. Je m'inquiète je commence à avoir froid aussi. Je devrais la sortir de tout ça, vraiment, pas attendre, pas se dire que ce n'est pas le bon moment mais l'inventer ce bon moment, en la saisissant avec des yeux qui brûlent, en lui donnant mes lèvres claires et gratuites, et la voiture démarrerait laissant derrière nous tous ces hôtels noirs. Mais non ce n'est pas possible, je ne lui plais pas et puis je risque de la perdre si ça rate, et puis il faut que ça soit elle qui le fasse comme ça je serai sûr et puis...La pelote brune d'opaques brumes enroue ma réflexion...

Encore une fois désolé, je n'ai pas choisi la vie.

* * * * *
* * *
* * * *

Tout ça me fait un peu penser à ma naissance, ce côté inachevé. Faut que je me dépêche moi, oui je me suis levé pour elle pour que dalle mais faut que j'y retourne, le festival commence demain et j'ai pas encore complètement fini le travail de post-production de mon troisième film, le synopsis : Des cow-boys marins rencontrent une trentenaire dans un fast-food et lui promettent la débauche, s'en suit une scène avec un hélicoptère, une course-poursuite en trottinettes, des moments épiques, quelques scènes de sexe drôlement débraillées avec du chewing-gum et des ballons partout, et une scène d'amour finale dans un supermarché où le seul article proposé est la tomate et ils s'en échangent une et ils mordent dedans, le jus coule, le générique est précédé d'une phrase récapitulant les bienfaits de la tomate, qui est un fruit, pour notre organisme. J'espère que ma projection clandestine va le faire.

LA POLITIQUE NE L'EST PLUS

Au départ, il s'agissait juste de discourir entre nous pour faire que tout aille pour le mieux pour tout le monde. Aujourd'hui, il s'agit simplement de clamer sourire détartré aux dents que tout va s'arranger. Et les classes votantes sont de plus en plus pauvres et exploitées, pourtant elles rêvent et ma mère est névrosée. Les embarcations de fortune espérant toucher les côtes européennes avant la noirceur abyssale, elles, se renouvellent sans cesse.

She was a princess

dimanche, janvier 14, 2007

Merci maman pour le gâteau

merci à vous pour l'amertume

mardi, janvier 09, 2007

La paranoïa du chasseur de colombes

J'ai fait faire venir du Japon cette entreprise de rénovation.

Pour ton corps

Ils m'ont dit que c'était une autre paire de manches qui s'en occupait
J'ai pensé
Mais qui ?

Ils m'ont répondu du tac au tac télépathes : Adresses toi à la Natividad

La nativité voulaient-ils dire

J'ai senti ma tronche se liquéfier
Je n'étais plus qu'un gigantesque marais ambulant quand

- J'irrigue en toi -

Ton sexe à découvert
L'envie de grignoter dans tous tes appendices
D'apprendre l'amertume en sirotant allégrement ta chevelure splendide
Besoin de le rappeler qu'elle a l'air d'une soirée orageuse déphasant
L'épicentre délicat de mes vieux jours
Si bien que la nuit ne s'en relèvera pas

Me faire expert en sucreries quand je te croque
Les reins
Par bouchées
Palpitantes

Errer magnifiquement le long de tes intestins
Et les jeter au ciel
Pour paraphraser les tristes constellations qui persistent là-haut

Passer un été contre ton sein
Le dorlotant
L'examinant
Le sublimant
En écrire un livre
Et écrire le second Tome l'été d'après

Sur l'autre colline

Dactylographier ton itinéraire artériel
Ce paysage d'enfants que je dessine
Point par point
Que je relie ensuite d'un coup de langue
Traçant une drôle d'étoile
Une étoile à ton teint

Me servant d'oreiller
Quand je m'évanouis
Dans une de tes vertèbres

Elles sont belles tes vertèbres tu sais
Tellement belles qu'on dirait tes yeux
Elles me matent
J'ai pris la nuance des îles à la mitraille de tes pupilles
Je te les cache avant de brûler
Et je te tiens
Tu me tiens

Par le revers de la couette
Cette vague rouge
Cette vague où l'on s'oublie
Petit fleuve des damnés en matière synthétique

On me télescope
A peine un clin d'oeil
Ta paupière s'entrouvre
Où es tu ?

Tu m'as foutu sur la lune et sans mes gants en plus
J'ai des mains grises
Et je vois flotter tes narines argentées

Parfum à l'envers
Il me reste plus qu'une vie

Tu dois te douter que si je loge
Au trois rue de l'index
C'est que tu as de si désespérantes
De si attirantes
Mains
Qu'on s'en voudrait de ne pas s'y sentir chez soi
Ma ville de coeur et de tout le reste

Ma résidence de pied en cap
Je décide parfois de voyager en dehors des frontières
De me mettre au vert dans une veine invisible
De refaire le monde seul sur un delta clair
Situé là en pointillés
Presque effacé

A la naissance de la vue

Ta Natividad

J'avoue aimer me réfugier
Me pelotonnant dans tes fibres optiques
Avant de virer cheveux au vent
Au précipice de tes hanches
Escalader
Serrer dans mes paumes concentrées
Les merveilles abruptes
Qui font tes contours

Tes Himalayas
Pardonnes mon hymne à la noix
Sonnant
La Cordillère des Hanches

On te mordille moi ma folie
Comme une douce fragrance
Un hexagone parfumé d'eau
Que l'on se passe dans le cou

Sur les perles d'étincelles
Et mes sourires fauchés
Qui te mangent

Te démange
C'est l'alcool qui calcine un peu
L'alcool laissé dans le péché.



* Telle ma démence je t'érige ma divine *

Et ce n'est encore que ton corps

lundi, janvier 08, 2007

Rapport du très lettré garde-champêtre déclamé expressément suite à " L'affaire du Papillon de nuit "

" Bonjour bonjour, la réunion qui se tient aujourd'hui exceptionnellement abordera tout particulièrement l'évènement de la nuit dernière. C'est pour cette raison que je ne m'étendrais pas ici dans de pesantes solennités introductives. Hmmm...Il a en effet été constaté qu'hier soir ou plutôt hier matin sous les coups d'une heure trente, la jeune Lizon Fourrevière, quinze ans seulement et déjà titulaire d'un bon quatre-vingt-dix C, se trouvait pour ainsi dire suspendu à la passerelle...Les conséquences de cet acte puéril ont éclaboussés trop de bouches, voilà pourquoi je me suis décidé à faire une analyse froide et sourde des faits...Perturbation du traffic pendant plus d'une heure, plusieurs dilatations de la pupille, une centaine de litres de vin rouge consommés à cause d'un oubli de thermos, quelques évanouissements dont l'origine demeure inconnue...Je me perd...Au vue de cet incident regrettable et regretté des mesures extrêmes ont été prises, la jeune Lizon sera privée de désert jusqu'au prochain Paris-Dakar et ce sont les africains amateurs de grosse mamelle qui risque d'être déçu, j'en profite ici pour remercier le général Pétain d'un clignement de tête admiratif...Lizon a avoué je l'avoue...Elle m'a parlé d'une histoire de pari dont je serai bientôt la malheureuse tête de turc...Mais jamais vous m'entendez jamais dans l'Europe...Par précaution et pour rassurer les mères anxieuses quand aux escapades nocturnes de leurs petits et également quand à leurs propres dépressions, un grillage de fer torsadé vert clair a été monté n'offrant plus pour moyen de mettre fin à ses jours que la solution noyade ou la solution revolver, en notant par là que toutes les cordes ont été confisquées depuis la terrible histoire du " Grand pendu " depuis, on ne joue donc plus ni à la corde à sauter ni au piano, et l'expression "Pleuvoir des cordes" a été officiellement remplacé par l'expression "Pleuvoir des choses longues servant à attacher des choses sur certains navires"...Je tiens aussi à remercier les forces de police qui produisirent un travail admirable...Je me rend de plus en plus compte que ce rapport est confus et totalement superflu, de plus il paraît peu probable que dans une aussi petite commune une action comme poser un grillage sur une passerelle se soit faite dans la minute...Je me suis moi-même rendu sur cette passerelle, le mot est joli, et j'ai pu constaté la circulation et une légère bruine qui me rasséréna...Bon et bien pour tout vous dire il y avait aussi pas côté carrefour mais côté fuite, une route bifurquant vers la droite abritant un mystère certain...Hmmm...Passons maintenant au sujet mineur de ce rapport, il concerne le retour de la Bible et de son apprentissage dans les bâtiments scolaires plus particulièrement à la maternelle, je peux vous dire que je suis farouchement contre mais que je dois bien obéir à l'État et à celui de mon porte-monnaie...Merci de votre attention, au revoir au revoir et lisez les grands auteurs américains paranoïaques "

Par souci d'exactitude, je signalerai qu'une dantesque bataille de guimauves a eu lieu entre la quatrième et la sixième ligne et qu'elle laissa du sucre sur bien des fronts.

dimanche, janvier 07, 2007

Périphérique non reconnu

Elle n'a plus sa robe de chambre, il ne lui reste plus que ce court tee-shirt blanc qui lui presse les seins et sa culotte en coton avec un petit noeud dessus comme on en fait plus. Elle marche, on dirait qu'elle fait ses pointes. Le long de la passerelle les yeux complètement ouverts, elle ne regarde pas passer les voitures pourtant elle pourrait, elle est au bout du chemin. Les phares éblouissent le contrebas du pont et d'invisibles vagues lumineuses échappées des diodes avant viennent lécher ses pieds nus. Plusieurs trente-six tonnes klaxonnent pour se donner un coup de fouet. On peut apercevoir une goutte de sang venant poivrer son poignet, résultante écarlate d'ongles meurtrissants le creux de sa douce main. Le chant reconnaissable d'une mobylette se réverbe sous la voûte de béton. Elle fait les cent pas, elle en fait même un peu plus, beaucoup plus. Des morceaux de cailloux plats, de l'herbe écrasée mille fois, des aléas du carbone donnant un aspect noir à tout même à la nuit, voilà ce qu'on aurait pu voir si on était en dessous de ses chevilles de soie et si le bitume était en plexiglas. Il règne en ce lieu une chaleur épouvantable qui ressemble à l'hiver. Une somme d'automobilistes mécontents quittent l'habitacle de leurs véhicules resplendissants et ne semblent pas la voir. Quand soudain, ils aperçoivent une forme intrigante dans le ciel. C'est elle, elle a grimpée sur le bord, elle est assise et si elle glissait, si elle tombait ce serait (...) mieux vaut ne pas y penser. J'aurais du les écouter, ils disent de faire des pauses toutes les deux heures, je commence à avoir des hallucinations. Une personne qui se trouve folle c'est plausible, mais vingt-six en même temps et en plus de ça témoins du même phénomène c'est forcément que c'est la réalité. Elle est là, les surplombant tous en dressant un regard rectiligne ne visant rien. Sa robe de chambre est plus que jamais manquante, et ses seins paraissent au fur et à mesure que le tee-shirt s'évapore. Je n'ai jamais vu un aussi beau papillon de nuit déclare un quidam à son pare-brise alors qu'il essaie de fuir la formation serrée de voitures qui l'entourent pour que ses enfants ne soient pas les brebis victimes du saut de cette jeune ville dans le vide jusqu'au bitume. Le papillon de soie violette fiché sur sa culotte en inspire plus d'un. Un fragment de pierre jalousement gardé par une flexion de sa voûte plantaire vient s'écraser au sol en ne causant aucun dégât excepté dans les esprits de ceux qui pensent que la gravité est une affaire de suite et que si le caillou bientôt la fille et la flaque de sang auréolant le crâne brisé qu'ils ont déjà vu à de multiples reprises dans des films. On a toujours une vue divine de ça, une vue de dessus, une vue des airs, que se passera t'il quand le vertical sera remplacer par une correspondance horizontale et qu'on aura une vue de dessus mais trop près et que l'on verra qu'elle a un beau visage mais qu'il restera à jamais synonyme d'horreur compte tenu de sa mort toute récente. La masse compacte d'hommes subjugués et de femmes célibataires observant le spectacle avec une anxieuse interrogation assez bien justifiée commence à se désolidariser, chacun a sa cause, beaucoup souhaitent quitter cette passerelle, où une adolescente s'y est gravée, pour ne pas en être traumatisés, d'autres le font pour la même raison mais se persuadent du contraire en allant chuchoter à l'aîné que c'est pour mieux laisser arriver les secours j'ai déjà vu comment ils font à la télé, ils ont besoin de place. La place, une poignée d'hommes et deux femmes pour la parité suspendus au balcon de cette inconnue et essayant tant bien que mal de la raisonner en lui gueulant, clamant, chantant, ordonnant des messages d'espoir des messages sur la famille, l'amour, l'amour perdu en scooter un après-midi de septembre et c'était lui au guidon, y'avait un peu de ça dans sa voix mais rien n'y fait. Une paire d'hommes ne disent pas grand chose, il regarde le contact criminel du tee-shirt contre sa jeune et voluptueuse peau, le papillon, et un peu en dessous. Ceux-là sont des voyeurs mais ne sont pas au courant. Par économie de batteries, seulement six phares sont allumés. Un d'entre eux est en plein sur l'entrelacement de doigts du jeune couple aventureux toujours soucieux d'aider cette jeunesse qui va mal qu'ils ont si bien réussi à quitter et cette image est d'un symbolisme dégoûtant. Cela fait bien une vingtaine de minutes que l'on ne s'intéresse plus vraiment à la figure de proue de cette passerelle, sirène vivante, on voit battre son coeur dans l'élasticité du tissu et c'est du plus bel effet. Une des deux femmes décident de prendre les ovulations en main en prônant sa beauté, sa délicieuse juvénilité, le fait qu'elle doit plaire à beaucoup d'hommes et la tension brune des autres du groupe qui l'entoure l'oblige à s'arrêter avant qu'elle ne dise qu'elle est bonne à violer. Ce qui aurait sans doute plu au deux du fond s'imaginant volant la secourant, la raccompagnant la réchauffant avant que le lendemain matin elle décide de prendre une douche avant de repartir et que vous évidemment vous oubliez de lui dire un truc et elle qui ouvre le rideau de douche( de très mauvais goût d'ailleurs ) et qui vous dit de venir lui dire plus près, ensuite il n'y a plus que le bruit des perles se bousculant le long de la tringle et le léger clapotis du tamis d'eau. Comment prendre sauvagement une pauvre innocente déboussolée à gros seins. On pense tellement à nous qu'on en oublierait presque que les secours arrivent. Enfin. Les gyrophares, le périmètre de sécurité, la cellule de soutien psychologique, les combinaisons ignifugées, les mégaphones. Et soudain l'intelligent parle silencieusement et demande s'il y a une route qui mène à cette passerelle. Pas fou, le pompier stagiaire va jusqu'au début du texte en faisant danser la roulette de sa souris et constate que c'est un chemin. Il le rapporte. Son supérieur lui demande de voir s'il y a un moyen d'aller au bout de ce chemin. Le pompier ne sait pas mais n'a pas à savoir puisque tu vas voir comment ça va se passer. C'est là que ça devient vraiment étrange, dans un sens de l'équilibre insensé la star parvint à tendre ses bras, un projecteur les éclaire et on ne découvre qu'épiderme. Elle plaque ses mains sur le vert métal de la passerelle et se hisse de nouveau de l'autre côté en écartant légèrement les jambes laissant une dernière vision d'extase aux voyeurs encore présents et la regardant toujours en évitant de croiser le sinistre regard de celui qui les interroge. Elle est de l'autre côté et elle continue de faire ses pointes. Un type dans l'ombre qui pourrait bien être son frère ricane et lui tend sa robe de chambre. Elle dit qu'il est vraiment stupide avec ses paris débiles mais que c'était bien marrant quand même. Une voiture de patrouille arpente le chemin et ne trouve rien d'autre qu'une chaleur moite et un spectre là où elle était assise durant tout ce temps. Si vous aviez pu choisir entre cette vérité banale d'un jeu dangereux entre frères et soeurs et sa chute contre le bitume, son crâne fracassé, son beau visage inerte et votre vie traumatisée. Qu'auriez-vous choisi ?

Beau visage inerte ou petite putain gâtée s'amusant comme elle peut ?

( Désolé d'avoir utilisé au cours de ce poème le mot crâne )

jeudi, janvier 04, 2007

Laisser des pistes

C'était l'aube de sa dix-neuvième année, il aimait reprendre les concepts sans les saisir vraiment, il aimait caresser une certaine pédanterie. Il ne connaissait rien et la lacune le nourrissait la musique aussi. Ces golfes éclatés, ces jardins où il se posait en réfléchissant, en élaborant carrière et multiples procédés mentaux visant une reconnaissance d'une large partie de l'humanité sensible. Dans un grand cahier vert il notait, il écrivait des choses aux titres vrombissants qui sonnaient comme des slogans irréels. Il vivait comme lui, le billet, qui risque de filer avec le vent. Les voix aigues et les mines blêmes de ces travailleurs qu'il imagine, surexploités dans des bureaux aux néons abrutissants, tous en batterie à produire pour quelconque ponte obscure au besoin vital de matières premières. C'est ainsi qu'il déchanta dans l'allée de pins, un gorgeon d'eau-de-vie et tout l'équilibre fout le camp.

Sa paume portait des hexagones de chairs arrachés avec un naturel inquiétant. Comme il se posa contre le mur et devant un autre, regardant la fête passer, la fille que l'on pense mériter à cause d'un comportement exemplaire et d'un amour qui ne désemplit pas qui se tire avec un quasi inconnu qui lui plaît pour allez savoir quel charme narcotico-rassurant.
Le froid ne me touche pas. Le froid ne me touche pas et je regarde le mur, commun à ceci près de cette espèce de langue de fils et de toiles qui pend en devant sans pour autant succomber aux chahuts du vent. L'esprit s'accorde parfois à ne pas demander d'explications à des phénomènes aussi banales, un mur s'il peut être enfoui sous des échelles de lierre peut très bien sous un élément externe X ou Y se parer d'une queue de poussières et de fibres. Là vient se nicher le piano bleu, cet instrument, ce piano bleu abandonné pas loin de la maison d'un ami mais là n'est pas l'histoire elle est sur les notes, ces notes qui se recouvrent peu à peu de la saison blanche et de la déroutante grisaille de ma région.

Alors je cherche une histoire, une origine et une fin métaphorique à ce piano bleu, froid, délabré comme les murs de ces demeures brûlées, mais tellement beau, posé près de ces arbres, sur cette herbe sale.

C'est ainsi que toute chose semble vouloir fonctionner, de ce qui tend à se traiter comme fonctionnement, nous cherchons une analogie de tout par rapport à notre mortalité, on fait donc mourir les histoires d'amour, on fait mourir un objet trop vieux, il aura eu sa naissance le temps de se décider d'ouvrir le porte-monnaie ou de fouiller ses poches pour se l'acheter, il aura vécu durant tous les moments où il se sera tenu dans notre intérêt.
Des objets on les brise on peut les faire mourir quand on veut comme les gens sauf qu'on risque moins la prison pour une chaise enfoncée dans un écran de télévision que pour un cran d'arrêt plantée entre deux côtes.

De ceci peut s'établir une réflexion sur le matérialisme, sa main mise sur notre simplicité, et on peut faire revenir un titre qui exprime bien ça et ce malaise :

Objets de luxe pour personnes seules

Il y eut une époque non jamais, bref ils ont réussi à nous faire bannir l'image de l'obèse obscène aux pupilles révulsées affalé sur son canapé devant sa télé dégueulant un taux incroyable de machins visibles à caractère toujours plus ou moins inintéressant pour agrémenter les pubs.
Ce cliché réconfortant a donc laissé sa note de téléphone et est parti sans payer les clopes et c'est pas tant mieux, aujourd'hui on achète du home cinéma, des moyens de compression de la pellicule de plus en plus perfectionnés, de la haute définition ce qui n'empêche pas aux grosses majors majors et aux grosses majors indépendantes de dégazer un flot absurde de merdes filmiques en tout genre.
Que ce soit les films d'ados en mal de vivre filmés de derrière, les comédies romantiques adaptées de best-sellers ignares qui sont en tête des ventes grâce à une bonne promotion grâce à un bon bouche à oreilles un bon scandale pour faire mousser le tout et c'est bon, en plus vu que c'est totalement idiot c'est facile à lire et tu souffres du syndrome de Borges quand tu lis tu te dis "Putain ce que je deviens intelligent" même si tu lis de la connerie à belle reliure et avec une appréciable qualité de papier mais de la connerie quand même.
Et encore passer pour intelligent ce n'est pas passer pour beau, ça me va tant que je reste dans la marge, et la marge prend le pli sur la page et et cætera l'anthologie des modes.

Les religions sont des modes qui ont trouvé en l'âme humaine le meilleur des partenaires boursiers.
Revenons à cet orgue azur trônant dans la forêt et réinventons le.

" Ma fille ne sera pas une de ces musiciennes molles du genou, ma fille lira des livres et se passionnera pour les feuilles mortes "

Si on excepte la parenthèse sur les déchets organiques, on attend à la suite de cette phrase, une dispute entre un époux et sa femme au sujet de la bonne éducation de la sensibilité chez leur fille.
Ensuite il y aura la révélation, la fille qui s'assume et qui déballe tout haut que ce qu'elle a toujours voulu faire depuis le début c'était l'actrice et ça se terminera avec un visage blanc sur la scène d'un théâtre parisien pas trop bondé parce qu'elle débute et qu'il faut faire croire au lecteur que plus tard peut-être on la verra à la une du papier glacé se prélassant sur une plage en suçant son pouce.
Le mari jettera le magazine avec rage sur la moquette clairsemée de copeaux de pistaches et il gueulera intérieurement que ce pouce est un assaut de son enfance brisée, oui il fallait la laisser partir et il pleure, il n'a jamais eu l'occasion de dire à tout le monde qu'il est le père devant des caméras bouillantes.
Vu que c'est une actrice et qu'on a la dent dure, il y aura la période cocaïnowomane et on sera tous triste, c'est dur une vie de riche quand on est seul, c'est dur d'avoir tout mais personne à serrer dans ses bras, ce genre de démons qu'on ressasse dans des autobiographies torchées par des aisselles pour nourrir sa petite marmaille car le recueil de poésies ne fait pas grand bruit.
Elle s'en branle l'actrice en vrai, elle aime voir comme sa vie brûle.

Si c'était ça, on s'écarterait définitivement du clavecin turquoise( technique de la non répétition absolue) qui n'aurait jamais existé ou pas dans ce foyer là vendu qu'il aurait été par mes soins à un orphelinat où résonnent encore ses chaos enchanteurs aux clairs des tablettes de verre cernant le hangar possédé par une brise infecte que mon imagination a fomenté en mon absence, maintenant je pense que les orphelinats sont réellement de grands hangars.
J'ai sûrement tort mais j'ai évidemment raison.

" Que répondras-tu quand il te questionnera ?
- Que vous êtes mon maître d'éducation physique et que si je vous vois souvent c'est simplement pour parfaire mon entraînement.
Bien, et pour les traces de sperme ?
- Je dis que je ne me souviens de rien, mais que j'ai parfois l'impression que mon père me surveille.
Parfait ma douce, je t'aime
- Moi aussi "

C'est doucement glauque, ça traite on ne peut plus clairement de la pédophilie ( que l'on pourrait traduire selon notre humeur par "amour des enfants" c'est bien pourtant d'aimer les enfants ) et ça se termine ou ça commence sur une touche tendre, mais je sais déjà, je sais déjà que vu qu'il est maître d'éducation physique et qu'il lui demande de mentir à un interrogatoire( prétendument orchestré par les autorités policières ) c'est qu'il la manipule, elle la jeune et frêle, et lui le pervers abject assouvissant ses fantasmes les plus clos auprès d'une étudiante facilement impressionnable.
Il n'y a pas une once de passion dans tout ça !
Les catalogues ont la peau dure, moi je dis et on ne peut me faire changer de sens, que c'est une belle histoire eux deux.

Dans la tranchée ondule sans bruit le soldat Jisop, rescapé de la bataille des Adriatiques et fervent défenseur des éoliennes dans leur combat face à l'infâme nucléaire.
Cette sentence insensée me conduit bonhomme allant vers le néo-Don Quichotte vissé sur sa Vespa et pétaradant lance-roquettes à l'épaule en vue des dames blanches et de leurs calmes hélices.
Un champ d'éoliennes.
Une herbe un paysage où souffle un vent magique.
Des ombres qui se bousculent.
Des baisers qui s'attrapent au poignet et qui se chamaillent.

L'autre jour, j'ai senti la mer et je m'y suis mis, non pour plonger, non pour nager, non pour me noyer mais pour être à l'intérieur et y ressentir frappant ma poitrine et mes os toutes ses émotions.

Un peu comme je suis à l'intérieur de ce piano et de ces ambiances résiduelles que je décris en vain à l'infini.
Me voilà coincé entre les cordes grises misérables et coupantes de ce piano, et je soulève à peine le couvercle pour y voir percer la candeur mystiques des arbres et de la forêt des hommes.

Jamais loin du délire d'une femme.

Ses levers

Ses levers denses la vie passe,
En terribles alcôves
Quand les parterres violets et le ciel vermeerien
A quoi penser sinon tes yeux

T'étirant, je vois apparaître
D'imperceptibles plaisirs visuels
Liés à la vue de la chair

Ma paranoïa sablonneuse

Distillés ces détails insignifiants
Au compte goutte
Ces nombrils, vitres embuées
Côtes de cristal fin
Aux sables dépareillés

Faudrait saisir le frisson
Avant la fin du monde
Savoir mettre les mains
Parfaitement

Pour que j'entende
Tes soupirs hallucinants
Que je m'invente
Pour me donner bonne conscience

Les écoliers s'instruisent
Péniblement
Il règne une pluie fine sur les briques vertes
Vous êtes parti

Je te vouvoie dans le noir.