samedi, août 26, 2006

Whitechapel 1878

De la fumée dans les narines, Jack remonte la rue, sa rue, celle qui préfère avec ses grandes balafres dans les baraquements penchants, son pavé aux mille odeurs, sa population, en guenilles qui grouillent, son éclairage, des lanternes d'une pâleur extrême versant sur sa peau un teint autre, maquillé ainsi, il arpente, planquant ses mains d'engelures et de boue dans des poches recousues la veille, il aime ce parfum, celui qu'il y a au coin, ça sent la femme, la chair qui se consomme, les salives partagées, les mâchoires échangées, les hanches transfusées, il aime mais il ne connaît pas, il est jeune, il ne connaît que la grosse Maggy à l'entrée qui l'appelle Jack l'Enchanteur en lui filant une douce claque sur ses cheveux sales, alors il s'arrête puis il continue, ils voient les lampions dans les cages cristallines trembler sous l'animation et la pression incroyable des corps exténués, son petit orteil droit est noir, il perd ses chaussures à force de regarder, de convoiter, d'envier, les marchands les marins aux secrets animaux.

Un jour, alors que la brume de novembre a laissé place à un soleil inattendu, le pavé rutile, son regard se fige sur une de ces filles debout près de la cantine pour mal aimés, elle a le visage blanc, les seins biens faits et une bouche crayonnée avec bonheur, des reflets de feux enhardissent sa chevelure la rendant encore plus attirante, Jack se dit qu'elle se ressemble à une de ces sirènes qu'il avait vu en estampe dans une vitrine d'une boutique dans le jardin de la middle class, c'est pour ce soir que ces années de questions vont s'estomper, il va savoir lui aussi, ce que cache le mystère vénusien, mais avant tout il doit attendre, une dernière fois, que le crépuscule fasse tomber son manteau opaque pour lui rajouter de l'âge, avant, il a été dire bonjour à Maggy et à reçu sa petite claque comme prévu, il a vu cinq ou six clients tenir la main de la sirène puis la lâcher avec dans un premier temps un sourire et des yeux exorbités et dans un second un sourire et des yeux vides, il se demandait si ces femmes avaient des liens avec l'ophtalmologie, si lui aussi il repartirai avec des pupilles neuves, l'astre éclatant termina son service, progressivement, la fraîcheur si particulière de l'hiver londonien envahit tous les quartiers, en commençant par le plus pauvre, celui de Jack, impatient et enthousiaste, saisit par une forme de la vie qu'il ignorait, il fila d'un trait vers sa sirène, qui semblait avoir seulement cinq années de plus que lui mais que Jack avait du multiplier par dix selon les degrés de sa terreur et de son excitation, Jack l'Enchanteur allait enfin devenir Jack l'Enchanté, un homme qui sait, il présenta les quelques shillings qu'il avait au fond des mains sous la vue sombre de la sirène et bizarrement c'est elle qui eu un sourire laissant entrevoir un léger point d'encre sur une de ses canines et elle chuchota tranquillement :

" Je fais pas les puceaux d'habitude mais t'as l'air d'y tenir."

Il n'avait rien compris à cette réplique mais qu'importe, maintenant, elle lui tenait la main et ensemble ils grimpaient à une allure prodigieuse les escaliers escarpés de ce que les badaud malingres appelaient " La Chapelle des anges sales ", très vite, ils arrivèrent devant une porte rouge, la sirène lâcha la main de Jack et une phrase :

" Derrière ça, y'a tout un monde je te dis."

Et une nouvelle fois, la trace d'encre vient butter sur son regard, à peine eut il le temps de cligner les yeux que déjà la porte était ouverte, dévoilant un lit défait, une table de chevet et un évier comme il en voyait peu souvent, elle lui dit :

" Bon petit bonhomme, enlèves ton pantalon, je vais te nettoyer un peu."

Un peu perdu, sans vraiment y penser, Jack laissa glisser les deux bretelles usées retenant sa dignité de petit garçon et l'instant d'après, il sentit quelque chose d'étrange, la main si douce de la sirène empoigna son sexe froid avec dureté, sa main chaude pris un savon à moitié noir se frotta les mains, puis frotta avec application l'oeuvre de Jack, avant de le passer sous l'eau tiède et brunâtre de l'évier tambourinant contre le mur à chaque filet d'eau craché avec fébrilité, fébrile aussi, Jack vit disparaître sa sirène vers l'océan trouble et désordonné du lit flottant là, il essuya péniblement une larme de surtension perchée sur son cil et avança à tâtons dans la lumière mystique de la pièce et fit une découverte révoltante;

Celle d'une plastique nue déposée dans les draps, des plis assumés du ventre, d'un nombril replié renfermant cent et un fardeaux, du paysage pubien sauvagement travaillé, de la pastille rose embellissant le sein de la meilleure manière, il fit la découverte de l'homme, une force féroce déchira son bas-ventre, il sentait ses yeux se remplirent de fluides fauves, quand soudain il fut terrifié par une vision terrible à l'achèvement de la parure de la sirène dont la crinière ricochait sur les coussins froissés, le rouge sang, le rouge sang de l'ultime infinité féminine, le rouge sang abritant les abîmes extatiques des fissures narcotiques, le rouge sang, cette frontière horrifiante pour l'enfant, cette serrure sur la porte de l'épanouissement des chairs perlées par l'humidité cannibale du désir, le rouge sang fit tourner les yeux de Jack qui fut réveillé quelques heures plus tard par les vapeurs d'éther suspendues dans l'air...

Dix ans plus tard, dans ces mêmes lieux, le ruiné Jack, la salive séchant au dehors des lèvres, continuait de marcher, son orteil noircit avait déteint sur tout le reste de son corps de son âme, il n'avait plus la mémoire des cycles solaires, il savait que c'était la nuit simplement quand ses entailles aux pieds ne saignaient plus, chaque soir, il attendait que les sirènes décident de quitter la proue, il en suivait une, souvent une avec des reflets de feux, et une fois que la lune était cachée à l'ombre d'une transversale de bâtiments, il sortait son couteau à la lame légèrement émoussée et émettant une lumière originale à cause du sang séché, et avec un sourire ouvert frottait le métal froid et lourd de son arme contre la matière souple de la peau de ces femmes, à répétition, pailletant le sol d'un sang instantané, ensuite, méthodiquement, il déshabillait le cadavre étendue et toujours chaud, et en orfèvre, il traçait une longue ligne cinglante de l'abdomen jusqu'à la fleur blessée (oubliées pétales) de la victime, pas sainte mais innocente.

Plus tard, debout dans son monde, il mettrait les entrailles de la femme au soleil, pour chercher minutieusement, le vacillement précis de l'univers qu'il y a dans ce rouge sang.

Avertissement :

Il suffit d'une expérience malheureuse pour que le petit Jack aux cheveux sales et aux envies précoces deviennent un passeur de sirènes par dessus bord, un éventreur de premier ordre, inspirant des pulsions rouge sang dans les coeurs poisseux de beaucoup.

mercredi, août 23, 2006

Après Turbulences

Les aberrations physiques sont monnaie courante de nos jours,
l'école,
la ville,

l'Internationale chantée en arabe par une chorale à Jakarta,

on s'est habitué à une certaine idée de la douleur,
égratignant l'espace,
camouflé dans le menu fretin de l'humanité,

les discours glissent et gisent en tendant leurs bras hystériques,
les balises à fragmentation,
lancées par l'icône de la tauromachie actuelle,

autrement dit un souffle de sable,
les salles qu'on entretient pour les fêtes communales,
comme une algue,

elle me regarde,
verte et lascive,

goguenard,
j'émascule les déchets de ma plume,
crachote dans des poumons à terre,

qui de moi me laissera partir,
vers un monde cartonné,
où l'odeur des sapins me rappellera grand-mère,
un retour de bâton,

personne ne s'est rendu compte que j'allais mal,
je suis un spectre névrosant transposant son souci d'exister sur des feuilles encore plus blanche que ma vie,

la lumière sous les piscines fait ressortir l'azur absurde de la modernité,
l'enveloppe factice de mon impossibilité à m'adapter a peine à m'envoyer ravi,

quels sont donc les chefs d'oeuvre qui m'attendent ?
des expressions de l'image télécommandés ou radioguidés ou bien des cracheurs de faux aux faciès inspirés ?

des concerts avec sous le joug des milliers de petites femmes dégueulant d'amour et de tristesse sur un poster en 4 par 4,
les chevaux de course,
les pur-sang qu'on achète une bouchée de pain pour faire plus grand seigneur,

j'ai du mal à les voir grandir,
mince,

l'encre coule et moi avec,
et tout ça,
le lecteur s'en moque,
lui il veut de l'événementiel,
de la littérature à grand spectacle,
spectacle déterminé par un assemblage de tubes cathodiques dans un miroir lassant,

des existences de papier glacé voilà,
l'absolu marchandage des failles de l'esprit,
ces failles dans lesquelles les génies s'engouffrent,
je n'accorde plus d'importance à la bonne compréhension du verbe,

tant de temps déjà a coulé sous les ponts balayant les clochards aux passage et mes cauchemars en bas âge,

l'atroce opportunité qu'est la perspective est emblématique,
symptomatique même puisque tout ici est régit par la science qui elle est régit par l'idiotie carabinée de l'attentif,

je me présente futur décadence à l'oeil ouvert,
sourire enfoncée dans les chaussures,
je fais les cent pas d'un bonheur en soins palliatif,

rincé d'écrire sous et sur la pluie,
terrassé par un manque chronique de tendresse,
j'ai pourtant ingurgité toutes les formes minables qui bombent ma prétention mais en vain, jusqu'à la fin,

disparaître derrière mes "mots".

Avant-goût d'un régime totalitaire basique :

" C'était une soirée comme les autres, l'enfant allongé sur la table braillait aussi fort que ses frêles cordes vocales le lui permettaient, d'autres plus massives, fixaient son corps menu sur cette planche d'un métal froid. L'enfant, recruté pour son agitation ne nous fit pas regretter notre choix. Soudain, alors que ses ruades se multipliaient, il s'arrêta net. Il n'eut plus un seul mouvement si c'est celui de son regard creusé qui se figea sur le jaune pâle de l'ampoule pendue au plafond dont Terrence avait quelques ombres plus tôt tiré la corde vieillie et dégradée qui lui servait d'interrupteur. C'était un spectacle réjouissant de voir cet enfant inerte captivé par une lumière de la même couleur de sa peau couverte de sueurs séchées. Le sédatif avait bien fait son ouvrage et l'inquisiteur put rentrer en scène sans peine d'être découvert. Et en forçant du bout des ongles, il découpa son globe oculaire; la lumière s'éternisa.

Nous transportâmes le joli petit cadavre jusqu'à l'école primaire où la maîtresse nous remercia d'un signe de tête."

Il se réveilla le lendemain en grattant la cavité laissée par l'incision et eut son premier arrêt cardiaque à l'âge de cinq ans, il avait perdu en même temps que son domaine visuel, son goût pour l'enfance et la suspension du temps.

?

Poursuite : c'était il y a quelques mois, sous K-Dick et Lovecraft

Gravophone : Le piano joue les syllabes

Sur la grève, Jules se souffle dans les mains, ses jointures ont blanchies...

Il repense à Shirley Temple, à ces enfants star, il repense à ces enfants dans la mine, entrouvrant les paupières, il aperçoit les vagues de cristaux de brise, il se lève en s'appuyant un peu, décide de reprendre son fusil et de traverser l'herbe...

Derry, quelque part dans les guerres d'Irlande, on peint les portes, on les peint pour cacher qu'elles pourrissent, bientôt on peindra les corps, une canne blanche à la main, une jolie femme erre en la faisant valser dans les rues inondées de la veille qui abritent de bonnes flaques reflétant son anachronisme, elle crache par terre...

Tranquillement, allongé, la tête contre l'avenue glaciale, Viktor voit la ville défiler, ces centaines de centaines portant des drapeaux agitées, à la criée, ils imposent la foule, ici on l'appelle Vik', ce fut celui qui osa à contre-courant mouillé son tee-shirt dans l'éthanol pour ensuite faire frotter la bouteille contre le trottoir pour la lancer contre les formes bleues rue Oberkampf...

En noir et blanc, le flou dégoulinant des chanteurs des autres années emplissant leurs cornées où on peut lire "American Way of Lie", mes couteaux typiques couleur mazout ricochent dans la plaine, ce sont les corbeaux tumultueux, ceux qui ont fait fondre Vincent et qui ont justifiés le verre des cabines téléphoniques...

Des épines sur le bras, on aurait dit des seringues de nos jours, levé, il danse autour des fontaines, on aurait dit évier loin des nuits, je l'ai même vu une fois rouler simultanément à la lame qui s'émousse, scalpé, tenant le cuir chevelu d'une génération dans ma main tournée, il écoute, le son des gouttes de sang coulant des cheveux jusqu'au parquet précipice, il sent, l'odeur douce de cuivre de son passé d'esclaves, il le lâche, la dépouille glisse à nos pieds, terrifiante masse humide de jais et d'opale, elle a tracé dans son parcours un point d'exclamation gigotant dans nos dents, c'est la gencive blessée, celle qui nous fait faire des mares obscurcies dans des trous exotiques...

S'accrochant à la pente douce, les immeubles en lin frissonnent, froissée, dans les restes de Dresde, on entend lentement, transportée de la cathédrale aux asiles agonisants en passants par les vides roulottes, la mélodie vit, décrochant les mâchoires sonores des laborantins restés sur place des coeurs irradiés couchés dans leurs paumes de cellophane, une très médiocre compagnie que l'estime dans ces langueurs stones...

Une note, le rappel de la capitale, Brazzaville, centre névralgique en plexiglas et lignes boueuses crées selon les livres, selon les figures et les pirouettes de la rouille et de l'amie septicémie, sous leurs ongles marrons une peau souple et noble, de la terre, ils n'auront pas à suivre les guérillas, ils ont été adoptés(vendus) à des gentils parents blancs français qui les aimeront plus que tout(à des ordures en mal d'amour et de jeunesse halée), ils ne sauront jamais qu'un matin ils ont planté une cuillère dans la gorge d'un camarade par voie de favelas, il faut bien qu'ils partent, maman est tremblante, elle a de la came plein les os, du blanc plein les narines obstruant les parfums méticuleux des excréments de pauvres...

Pareille à ces presque grands-mères, plantées sur la plage, attendant de cueillir la fougue des nègres pour quelques pièces et un verre d'eau...

Légère surbrillance, l'Europe effleurée, au passage, les automnes bougent, c'est une vision de l'esprit, un court strabisme s'est arrimé sur moi, l'oeil ne voit que du ciel, n'examine plus les caractères nocturnes bouffant nos papiers, je viens d'éclore en perdant la vue de moitié...

A droite, soigneusement déposé près des pans de C4 dormant sous les pouponnières nord-coréennes, dans les mains translucides serrant les poteaux télégraphiques dessinant des signes dans les ondes radio, l'air survit dans ses mains...

lundi, août 21, 2006

Le goût du jour

Alors on me dépouille,
Après une correction du bonheur,
Tes postures despotiques m'emparadisent,
Ton charisme fracassé sur ces récifs dociles,
L'élévation légère des écumes bouillonnantes pour saluer
Ta chute de reins.
Un petit choc, réglé sur le courant de tes poumons argentins,
La vitrine du soir qui coule doucement sous un règne d'étoiles,
Fissurée, la lune nous remarque, en demi-teintes,
Notre toile renversée,
L'abrasive frénésie de mes mains un peu courtes,
Qui secouent l'ouvrage de ta plastique,
Ce chemin sublime,
L'autoroute artérielle,
Comme un aveugle,
Du bout des doigts,
Comprendre la beauté,
Toutes les histoires que sont tes enluminures squelettiques,
Toutes les messes que jouent tes allures,
Toutes tes éclosions massant nos routines,
Toute la foudre
Couchée,
Dans tes airs de louve
Toujours en fuite vers la vie.


Et par terre, au loin, chahutée par la vérole stellaire et la faucille lunaire,
La lumière s'intensifie.

mercredi, août 09, 2006

Sur les trottoirs de Kinshasa ancienne Léopoldville

Il me fallait une chronique pour me sortir de l'ordinaire et de son terrorisme.

Pour m'échapper de la ruine...

Alors je me suis couvert et j'ai créé un personnage arpentant Kinshasa,

elle s'appelle Aminata...

Pour m'échapper de la crise, de l'amertume qui étouffe ma mère...

Passons...

Je t'ai écrit Aminata
à partir de maintenant tu es une estampille, une facétie pathétique

dorée, t'es un black-out

Je t'ai fait amoureuse d'un bandit aux dents blanches,
tous les matins,
tu parcoures la ville à bicyclette
et l'adolescence congolaise se soulève
en voyant tes formes
épousant la selle
avec une élégance
bouleversante,

J'avais envie que tu sois désirable.

Tu portes une robe rouge délavée par les années
et à peine échancrée,
mais couchée sur ta chair obscure
toujours un peu humide
elle devient
magnétique,

Je dis chair obscure dans le sens du mystère.

Ce mystère qu'il y a en toi
sous tes cordes vocales
quand tes os s'éclaircissent
et deviennent moites,
quand tu ouvres légèrement
ton chemisier
pour y laisser passer
la fraîcheur,

délicieuse brise que tu voles
à nos corps en ébullition,

tu n'oses plus sourire à cause de ça,

Je t'ai fait prudente.

La dernière fois que tu as souris
l'excitation l'a emporté sur la raison
et tu as finis avec un fémur cassé
et un rêve endommagé,

comme cette enfant de six ans
catapultée du toboggan par l'ouragan,

mais t'es amoureuse quand même,

Vu que je suis prévisible et que j'avais envie de défier les pronostics.

T'es amoureuse
parce qu'il t'aime enfin tu crois
parce qu'il sourit quand il te voit
et qu'il t'oblige pas à le faire
parce qu'il aime faire ricocher
son roc de solitude sur ta lagune

vous êtes un score fleuve,

Pour lui ta lagune
c'est la plage ébène de ton front illuminant
et les criques de tes cernes
celles que tu cueilles en travaillant
plus que le soleil,

parce qu'il t'a dit :

"Je suis content de t'avoir"

et qu'il voulait dire :

"J'aime avoir ta vie sur la conscience"

Mais j'ai préféré le faire taire pour souligner le fait qu'on sous-estime le cinéma africain et son émotivité aux épitamines épidermiques.

Tu es amoureuse
et il ne t'a jamais touchée,

six mois plus tard,

c'est aujourd'hui que tu perds ton plâtre,
que ton squelette se resserre
et que tu desserres les dents
pour poser ta langue
sur les siennes en souriant,

Le décor : un cul-de-sac quelconque même pas glauque tenant sur un mur jouant leur ombre chinoise,

d'une Chine libre,

une ombre infinie,
un enlacement d'ombres noires et intenses,
de la couleur du monde.

Aminata je t'ai créé pour que l'on constate que six mois peuvent durer deux mots le temps de se dire :

"Aimons nous"

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Ligne de démarcation entre l'émotion et l'angoisse
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En vrai :

Mon Aminata n'existe pas, la vraie, a été retrouvée morte le chemisier déchiré par quatre officiers ayant abusé de son sourire et l'ayant roué de coups,

En vrai, l'ombre s'arrête devant les fils barbelés.

Il me fallait une maladie pour me sortir de l'ordinaire et de son terrorisme.

Il reste que nous avons tous la même couleur d'ombre...

mardi, août 08, 2006

Elle est crevée ta poésie

Elle souffle,
La peau hésite, elle frôle les drôles de fleurs
Au col d'émerveillement,
Sentiers ébahis,
Les syllabes se débattent dans l'arrière-salle
Du soir,
Où les étoiles référent,
Confèrent,
Enterrent, l'ombre télégénique postée
A la fenêtre, cette parabole du pauvre,
Faite de mille et une ferrailles,
Se vitrifie,
En serpentant sur mon visage
Des histoires de petites filles
Mortes sous l'orage,
Ma sépulture a été franchie un été,
Pour y poser un scénario,
Noir sur blanc sur gris,
En levant la tête,
J'ai lu le titre en gros caractères
Très gros même
Les souterrains ont des problèmes
De lecture,
Revenons au titre:

Elle est crevée ta poésie

Fatiguée des ratures,
De ce passé congelé qui s'exprime en massacres,
Usée de l'homme ancien,
Perdu,
Quadrilatères zénithaux;
Vos baraques paradisiaques
Chantent un couvre-feu
Qui étouffera nos coeurs
Encore heureux
Plus un soupir,
Et la mélodie s'allonge,
Le rythme se casse,
C'est le bémol,
Le monotone,
De l'éthanol Molotov
Sur l'État Nord maladif,
Le torchon brûle,
Des péninsules de souffre
S'imaginent à la surface du gouffre
Des ozones sans transmissions,
On a laissé la nature se gâtée,
L'été devenir escale verglacée,
L'hiver se transformer en un sourire rayonnant,
Même les couples,
Ne se tiennent plus la main mais l'écharpe,
Pour aller à la messe,
Où les prêtres s'escarpent,
Trop désireux des bons fils,
Sur l'autel de l'imaginaire,

Les printemps se tuméfient,
La ville fume et file,
Les clairières archaïques
N'ont plus le goût des vallées
Élégantes, chassées de beauté
Par la douceur froide
D'un bleu pictural,

La foule charrie
Des varies incompréhensibles,
Balbutiantes,
Les filantes du silence,
Peinent à éclairer
Ces quartiers lointains,
Tous ces arrondissements
A la figure de cube,
Privées de l'univers inventé
Par la courbe,

Les miroirs mémorisent
Mais ne renvoie plus
La laideur humaniste
De notre côté rue.

Alors on siège,
Vendant dans l'enfer des enchères
Le blanc-vert de la grande chair,
Notre épiderme cosmopolite,
Notre mélanine internationale,
Variations des bleus de l'océan,
Dégradés des rouges du sang,
Hypothéqués dans un complexe,
Dans l'enthousiasme,
La folie,
L'ivresse,
Présente derrière la verrière,
Dans la navette où nos orbites,
Constatent,
La terre vue du Ciel.

Depuis ce jour,
La vie nous oxyde
Et on fonctionne à plein régime,
Comme des machines,
L'encre s'évapore en un millième de seconde,
Mais les cris restent,

Ce monde est désolé
Ma poésie, essoufflée,
L'en excuse.

(au nom des groupuscules anti-crépusculaires qui pensent amoureusement et n'obéissent pas à la fiction des chiffres)

* Moteur de bruine

mercredi, août 02, 2006

Drizzle engine *

Et encore la pluie,
ses rideaux aquatiques drapant les villes,

les signes trempés,
la tuile rouge qui scintille,
le goudron qui chante

l'air qui éclate
les trottoirs déversant des mariages,
des confettis et des familles inondées,

le crépuscule qui bat dans la poitrine de l'ozone,

cet abordage laisse dans ma chambre,
flottantes,
des billes

et l'éclair tape aux iris,
le fracas secoue les battisses de trois âges,
ce tamis misérable à la perte des eaux,

l'écume se baladant,
dansant,
sur les toits,
dans une vague légère,

dans un souffle grandiose qui ne se voit pas,

une crinière de sel,
les lampadaires têtes basses,
laissent glisser le gris,
la couleur triste de leurs casques,

les nappes phréatiques se dressent en buveuses de vie,

l'onde est en terrain d'entente,

les moteurs déchirent des flaques,
la mécanique se grippe,

l'amour se lit dans les cheveux noyés des princesses fugitives,

un oiseau ose prendre la parole,
planqué dans son arbre,
il demande plus de source,

ça fait le bruit de la moisson,
des vendanges de l'hiver,
des outils qui coulent dans la terre,

un marché,
où les murmures s'exaltent sous les parapluies,
ou les bâches sont des orchestres,
des couches de l'univers,
des bains de mer suspendus,

les baisers se font silencieux et parfois claquent dans la capitale de cet estuaire miraculeux,

la rue prend son teint d'autrefois,
peinte par la nature,
bouleversée,
et en riant peu,
des enfants s'échangent une goutte,

du bord de ma lèvre au bord de sa lèvre,
salée,
cette correspondance du rêve m'esclavagise,

les briques qui font nos maisons sont des îles,
ainsi,
les murs sont des péninsules,
des territoires abordables,
des miroirs changeants,
s'usants,
se révélant,
sous les ébats de la marée,
floquant la lune à l'orée des caps,

un air de gris

ce soupçon qui fait que la pluie est une merveille comparable à ton style.