vendredi, mars 30, 2007

Intoxication élémentaire / Les doigts dans le nez

L'écran crypté diffuse un mauvais thriller...Paranoïaque

Reviens jouer sur la route. Tu te souviens de cette parole, tu t'en veux maintenant.
Les plaies si on les laisse, finissent par porter un remugle amer.

Qui n'a pas voulu se figer. Qui n'a pas voulu comprendre que le vent avait tourné.
Qui n'a pas su voir ces quelques traces tièdes sur mes bras, et mon livre d'allemand ouvert sur mes cuisses.

Mes bons moments sont souvent reliés à des visions filmiques. Une fois j'ai embrassé une fille, rien qu'une fois et je suis parti dans d'indicibles tremblements. Le coeur battant, et le saxophone, fier, dans le feu.

Il me semble que tout tend à disparaître un jour, peut-être qu'en fait personne n'est aussi fort que prévu, peut-être qu'un seul regard douteux ou subtil nous tue.

Je ne dois pas être le seul dans cet état d'effarement brutal. Quand les gens que vous avez aimé et chéri vous ignorent tout un coup comme s'il n'y avait plus de retour.

L'histoire

" Crachat, crachat, crachat, crachat, crachat. Cinq crachats sur le bitume froid en attendant Anaëlle. Tu es un bandit, tu ne peux pas faire ça, tu t'étais dit, tu ne peux pas te pointer en avance pour être sûr de ne pas louper la fille et pourtant. Pourtant là t'avais eu le temps d'expier ta salive cinq fois avant qu'elle ne se pointe, fraîche comme la partie basse, la partie la plus ombragée de la "Death Valley". Ce n'est pas toi. Tu ne peux pas te mettre à sourire comme ça juste parce que tu la devines à peine au bout de la rue. Tu es niais, niais, ce sont les pédales qui sourient comme des imbéciles sans arrêt. Quoi encore, ton coeur a des spasmes, il danse comme un fou, une bille rouge qui cogne aux portes de la raison, bonbon dans une basse à bloc. C'est pas du tout ton genre de nana en plus, brune et cheveux bouclées façon Angleterre victorienne, toi t'es un mec à blondes pulmonaires ou à brunes coupées garçons. Elle se sape mal, chemisier blanc, c'est blanc, t'aimes pas le blanc, t'imagines le balcon terrassant derrière chacun de ses souffles. Tu souries, tu la détestes, elle t'a changé en lavette, t'es devenu une poire à lavement qu'on se glisse bien tranquillement dans l'embouchure. Merde. Elle se rapproche, va falloir que tu dises quelque chose. Ses deux yeux noisettes concurrencent admirablement la beauté froide de cet après-midi de janvier. Tu vas l'embrasser, pauvre type.

Clik, Clik, Clik. Ton index est posé, il remonte, il remonte le cran, tu sors la main de la poche.
Cinq coups de cutter dans le foie.

Tu t'enfuis, putain, dingue, dingue, tu l'aimais, dingue ce qu'elle dégageait, dingue l'Eden que tu laisses agoniser sur la chaussée. Elle tremble.
Tu ne pouvais pas être amoureux, pas toi, pas toi. "

" - Je vais être franc avec vous mon gars, ce n'est pas beau à voir.
Je ne devais donc pas regarder. Regarder à quel point mon espérance de vie venait de diminuer. Quand on est en bonne santé, quand on va cocher les cases des tickets de Lotto, quand on dit "Bonne nuit" à une douce juste avant d'éteindre la lampe de chevet, lampe qu'on voudrait toujours garder allumer pour profiter, profiter de ces nuits où l'on perd nos heures, pour l'admirer en train de dormir, toutes ces nuits perdues, égarées foutues en l'air pour des rêves bizarroïdes qu'on oublie quasiment tout le temps, toutes ces nuits gaspillées où l'on aurait pu continuer d'affronter l'ennui en se goûtant la peau. Quand on va au centre commercial pour acheter le dernier album d'un type qui tourne en indépendant mais qui tu es sûr vu son talent finira sans doute en fond d'une pub pour des piles rechargeables. Quand on mange un sandwich débordant de sauce en pensant distraitement à la cachexie africaine. Quand on se penche à la fenêtre pour voir s'il y a des corps à côté de la carcasse de voiture encastrée dans le champ. Quand on se dit qu'il faudrait cette fois oui s'atteler à écrire quelque chose de vraiment bien, entendez par là de construit, quand on se dit que tout ce que l'on avait écrit avant ne nous plaît pas, que c'est nul mais qu'on se sentirait tellement orgueilleux si jamais quelqu'un de cultivé adorait nos mots. Quand on se dit qu'il vaut mieux écrire des poésies efficaces que des romans laborieux. Quand on pense ça en sachant que c'est parce qu'on a flemme, angoisse et pas encore les épaules pour 300pages poignantes à souhait. Quand on change la couche de Lucas avec tout l'amour du monde pour ce petit pavé de chair geignant, pour ces petites dents qu'on soupçonne sous les fraises de ses gencives, quand on se sent bien, en communion avec toute la race humaine quand on jette son colis noir à la poubelle, quand on se sent si contemplatif devant tant de fragilité. Quand on rate un train et qu'on attend le prochain en bouquinant d'un oeil et en regardant la faune féminine d'un autre. Quand on s'atomise le cerveau avec ses amis devant un nanar intellectuel, quand l'orge, la distillation, l'emporte. Quand on fixe le mur, qu'une goutte difficile s'échappe de la feuille qu'est ton oeil, que cette goutte soit toute la détresse, toute la folie que je ressens en ton absence. Quand on feint un rhume pour éviter un contrôle qui s'annonçait délicat, quand on le fait et qu'on se dit qu'on aura pas à le rattraper, quand quelques jours plus tard on a un sourire acide face à notre feuille et à ses lignes de questions indéchiffrables. Quand on demande à un copain à nous d'aller parler à notre place à Chloé pour lui dire que c'est une gamine vraiment cool et que si elle veut, on est disposé à sortir avec elle et à la protéger. Quand on doit impérativement se pointer à l'ANPE pour se flanquer le nez dans des photocopies placardées sur des petits panneaux marrons à bordures rouges, quand on doit ensuite se présenter et répondre oui à tout car "C'était pour vérifier, histoire qu'il n'y ai pas d'erreur". Quand vous prenez des vacances à Treblinka, ça ne peut vous faire que du bien. Quand vous marchez la route, le pouce à semi-levé parce que vous aimez ça marcher et que vous êtes persuadé que votre malchance chronique vous conduira directement vous l'auto-stoppeur dans les bras d'un gentilhomme à camionnette doublé d'un serial-killer qui se servira de la peau de vos biceps pour en faire des collants, piles à ma taille il dira. Quand vous vous sabordez des week-ends entiers à mater une dizaine d'épisodes d'un nouveau manga bien speed qui sublime les sentiments tels que l'amitié ou le don de soi, et que vous êtes touché par tout ça, ces sprites colorés qui s'animent. Quand vous ne savez pas quoi faire du reste de votre année, m'inscrire autre part ou tout simplement me trouver un taf assez bien rémunéré. Quand vous lisez un magazine sur les motocyclettes dans les toilettes. Quand vous allez chercher le pain et tu ramèneras aussi des croissants si tu veux. Quand vous caressez votre chien, là-bas en Dordogne, là où le sol pique, et qu'un inconnu veut le caresser aussi et que peu partageur vous lui cognez dans l'oeil gauche, quand après dans le bungalow, vous tournez autour du lit pour éviter les jolis coups de ceinture de votre mère furax. Quand vous offrez un pendentif en forme de dauphin à une amie lointaine, vous avez fait que penser à elle, vous êtes pas loin de la mer du Nord, au Touquet et vous y pensez en mangeant une crêpe sucre dans un truc retiré, votre père avale l'autoroute et vous êtes à la fenêtre tout à l'admiration du paysage qui défile, du vent qui vous rempli la bouche, d'elle. Quand dix ans plus tard vous apprenez qu'elle est sur le point de se marier et qu'apparemment elle s'est convertie à la connerie. Quand vous reprenez une part de tarte. Quand vous faites tout ça, vous êtes totalement sans idée de ce que peut être la mort, du moins sa proximité. Même quand on pense à la mort, au plus profond, quand un vieillard bleu vient s'agiter dans notre torse et qu'on commence à vraiment avoir peur, on ne peut pas se douter ce que c'est. Ce n'est pas beau à voir, le docteur me l'a dit, doux euphémisme et lapalissade, rien n'est beau à voir, un visage c'est rien qu'un lac d'épiderme reposant sur un gros bourdon de sang et de canaux, d'os et d'articulations. Et puis le reste n'est rien qu'un imaginaire de la communication. Ou plutôt un imaginaire créé pour que l'on puisse communiquer, s'entretenir, se trahir, s'émouvoir. De l'imaginaire, comme l'horizon, la ligne Maginot, la religion, le hasard, la sociologie, les comptes au Caïman, les pétrodollars, les dons par téléphone aux organismes humanitaires, les crédits, les bobines, la musique, les dessins, les ouragans en Floride.

Brèves tendresses énucléées. Des asticots sautent de ma plaie ouverte au tibia comme des saumons cinglés d'un cours d'eau d'Alaska. Y'a pas de soleil dans ma chambre et pourtant je me sens en train de cramer. Je me sens morphine morphine, ça va mieux. Mon infirmière est sans doute une grande fan de ma littérature. Elle a dû demander au médecin en chef de s'occuper expréssement de ma petite personne, c'est ma Kathy Bates dans Misery sauf qu'elle est plus jolie. Pfff à quoi ça sert, je ne peux même plus bouger. Même la télé qui pourtant est l'un des hauts lieux d'expansion du bonheur et du soda rose transmet des "greys gardens". Plus de cigarettes qui font rire. Plus que ma pensée et l'élan faiblard d'une survie. Encore une. "

Sentiments, sensiblerie à trois balles, positive attitude, flancs à flancs, s'asperger de sunsets dégoulinants. Derrière la neige et ses crissements, le générique de fin de ce thriller mal torché.

vendredi, mars 23, 2007

A l'eau de rose

POUR CEUX QUI TIENNENT A REMPLIR LES URNES
UN CONSEIL D'AMI : LA GAUCHE
oui je sais c'est une femme mais bon...

Hier c'était la journée mondiale de l'eau(...j'ai cédé à l'appel, trop heureux d'avoir à me redresser en vain dans cette fosse boueuse qu'est l'orgeuil...)je sais pas trop ce que ça signifie à part quelques vannes qui ont dû être lancées dans des troquets par deux trois poivrots " C'est la journée de l'eau? Et ben tant pis"...je ne suis pas très doué dans les brèves de comptoirs...seulement qu'après ce jour, nous voilà repartis pour 364 jours 1quart de Coca Cola...

Il y a le Sidaction, des artistes, des bénévoles, des gens, chantent et se mobilisent pour aider les gens qui meurent d'une maladie terrible...
Pendant que de leurs côtés les grands groupes pharmaceutiques(y'a des français qui doivent y travailler) font tout pour interdire les médicaments génériques à la distribution pour cause que soit disant ils sont déficients, il faut en refaire un tout neuf avec une marque et qui coûtera dix fois son prix, ce qui fera que seuls les plus riches pourront se le procurer eux qui ont baisé la dernière fois de leurs vies il y a 1an et demi sur internet par le truchement des pixels d'une jolie lituanienne, une européenne quoi...(et qui n'ont vu que le sang des animaux)

Il y a les élections, j'en parle pas, je veux pas en parler et j'explique pourquoi comme ça gratuitement...

Simplement parce que la politique me fait froid dans le dos...

Quand tu penses que

Tailleur blanc : gauche tirant à droite
1m65 : DROITE
Grandes oreilles : Centre non je rigole Droite
Le type qui t'endort(dixit maman) : Droite RADICALE
Facho : Extrême droite
Postman : Fera ses maigres quatre %

Enfin je veux dire que y'a pas de quoi se rouler dans le nougat quand tu vois que tu choisiras entre la droite et la droite...tout à l'heure(il y a 27h) dans le train je me suis demandé comment ça se faisait qu'un type qui a proféré des trucs tellement antisémites que même moi je me suis senti visé, comment ce type et tous ses potes qui font des affiches de campagne avec des rabzas dessus, ce même type qui organise des soirées cools où on diffuse des images de ces mêmes rabzas qu'on s'amuse à siffler dans une rage communicative...comment se fait-il qu'il soit encore éligible et qu'il n'ai pas encore pensé à s'en foutre une dans le citron ou dans la mangue pendant qu'on y est...non maintenant on lui serre la pogne grassement et bientôt sûrement il fera l'émission de Michel Denisot - BONSOIR, vous êtes sur SSTV, maintenant nous allons regarder le film Shoah avec en fond la musique de Benny Hill, c'est mon choix cinéma, c'est mon choix politique, abhorrer les pas beaux, les sans rien, et des rires en boîte...

Bon Bon, José Bové ouais pourquoi pas
Ou Arlette
Ou Marie-Georges
Ou Dominique
Ou l'ULM d'Hulot

Qu'ai-je vu dernièrement d'atroce -excepté l'Internationale chantée par Bezancenot et ses vieux, une quinzaine de vieux au fond(ils étaient vraiment au fond allez savoir) un peu rougeaud dans une salle communale grosse comme le bras d'un enfant Tutsi après le massacre, grosse comme la lâcheté médiatique par rapport à ce pti con en Corée du Nord, oui on a le droit la famine, la dictature, l'interdiction de la presse libre, oui on a le droit, tu veux faire un film en Corée du Nord sur la Corée du Nord mais en la critiquant? Meurs ou vas le faire à Holly(séoul)wood, tout le monde salivera devant cette histoire si réelle, si dans l'air du temps, si injuste mais tellement loin de nous(un peu comme on se régale des thrillers ayant pour toile de fond quelque génocide subsaharien) donc ils étaient là les cocos, une quinzaine à tout plier sur des chaises pliées, ce genre de chaise qu'on utilise toujours lorsqu'on fait des Noces d'argent dans ces communes de moins de 10 000habitants(chut!!!) et l'autre poing est serré et ils chantent et ils y croient et j'aurais aimé y croire si ça n'avait pas pris tous les atours de la désuétude-

...ah oui, le passage d'une magie!

Deux jeunes filles voilées rentrant chez Jennifer, l'enfer puritain dans le paradis du dénudement et de la loche suggérée...Ne jugeons pas trop vite, elles ne font pas l'amour avec le voile et donc leurs joyeux barbus(dixit le type qui endort)(dixit maman) ont bien le droit à quelques dessous affriolants...

(JE SAIS BIEN QUE CHEZ JENNIFER ILS FONT DES GROS PULLS EN LAINE ET DE TRES SEXYS BOURCAS MAIS BON PROFITONS DE L'APPARENTE ETRANGETE DE LA SITUATION)

Extrait de l'Utopie réalisée : Entendu dans les caves du métropolitain : " Je vous rappelle qu'il est interdit de fumer dans l'enceinte de(...) (ton très solennel et dur à la fois) pour vous aider à arrêter de fumer, un numéro est disponible : 08 machin truc bidule.... "

On dirait bien que la liberté devient une maladie honteuse
(et pourtant je les aime pas les fumeurs, mais là j'en achèterais mon paquet(5euros quand même) tous les jours par simple souci de révolte!) Pré-cancéreux n°652143 vous allez être fusillé, une dernière volonté ? Hmmm, juste une taffe de ton cerveau moisi...

J'aimerais vraiment à l'instant, arrêter tout ça, j'ai mal à la gorge et une petite fièvre et ma seule ambition pour le moment en tant qu'écrivaillon malencontreux est de mêler MEURTRE et PASSION, des trucs à l'eau de rose donc, où des barres de fer se nichent dans les cervicales, où des fusils s'enrayent, où les amants filent à l'anglaise dans les rues désertes d'une ville occupée...

Politik Politik


La démocratie est une chose qui s'arrache facilement, comme une affiche, des ongles et du vent, et le plus souvent moins d'un mètre 70...parce que oui complexe d'infériorité, Napoléon, sujets à genoux à côté de Louis XIV pour pas faire de l'ombre au soleil, le peintre emprisonné écrivant Mein Kampf...d'ailleurs il a du mérite! Alors que tous les autres hommes politiques de nos jours ont un nègre, ou deux, ou toute une famille soudanaise...

Michel Tournier, auteur de Vendredi ou la vie sauvage n'a sans doute jamais été au Nouveau-Mexique

J'ai une conscience politique, j'ai une conscience poétique, mais j'aimerais vraiment que ce pays qui est le mien et que j'adore vraiment parce qu'il propose un chamarré de couleurs inégalable, et ces ambiances du nord qui me balisent tant, j'aimerais qu'il plonge dans l'aliénation qu'elle sème depuis le marasme post-mitterrandien, j'aimerais que tout ça devienne de la science-fiction, que personne n'ai plus le droit d'écrire librement comme ça ça empêcherait sans doute un bon nombre de biographies de stars de télé-réalité ou bien ça empêcherait le martelage indécent de crétinerie d'Alexandre Jardin ou bien ou bien...(j'aime pas Alexandre Jardin parce qu'un jour il avait un pull rouge et mon oeil l'avait mal pris)(et puis parce que je le trouve con)(moins que Moix mais bon c'est si simple d'étriller dans le vide)

J'aime Beigbeder parce qu'il s'y connaît en cinoche et Houellebecq parce qu'il a un chien.

Le matin tu te lèves : Un débat : un présidentiable : les mêmes questions
Le midi tu manges : Un débat : un présidentiable moins côté : les mêmes questions
Le soir tu remanges : Un débat : un présidentiable à paillettes : les mêmes questions

Et faut faire gaffe avec ces gens là, véritables génies dans l'art de la rhétorique, si tu les écoutes de trop près, tu finirais presque par y croire !

Ce qu'il y a de bien avec (ah oui : Bayrou a critiqué les médias et pour empêcher ça les médias ont créé...LE NOUVEAU BAYROU, super cool avec tous un tas d'accessoires genre un bras qui lance des projectiles en plastoc que c'est risqué de te les prendre dans les noeils) Mr Rusé c'est qu'il chatouille ta haine, c'est toujours un peu comme ça le doux jeu du déguisement de la République, chatouiller ta haine...On ne dit plus "le bruit et l'odeur" non on dit "74% des enfants d'immigrés ont déjà tué un chien avant d'arriver en 4ème" l'effet est le même...et on te fait conserver tes obsessions, tu ne veux surtout pas perdre ton album de Noah tous les trois ans ni ton blockbuster américain le dimanche soir...j'exagère...ils exagèrent...

LES CHIFFRES NE FONT NAITRE QUE DES CHIFFRES
LES CHIFFRES SERVENT LA TERREUR

Poètes, Unissez-vous...faut faire du raffut, se raser la tête, provoquer des rixes dans les clubs, chanter de drôle de ritournelles, acheter des claquettes, boire des flaques d'eau, sluurrp, délicieux, brûler internet, mettre un virus sur mon "blog" et sur tous les blogs du monde sauf celui de Michel Onfray parce que j'aime bien sa coupe de cheveux...

Baudrillard est mort...si vous ne connaissez pas Baudrillard...ne vous en faites pas vous le connaîtrez d'ici moins d'un siècle quand le Système aura injecté langoureusement tous ses simulacres...je ne dois pas me joindre à cette mascarade politicienne...je dois être en retrait, en absurde...Hannah fait quelque chose, t'as pas pu pour Heidi mais fait quelque chose pour moi...
Ouais j'ai de minces notions de philosophie que je tiens d'un livre que j'ai lu à la va-vite pour avoir mon ***

Je termine ça par un texte qui me plaît bien, je sais pas s'il est d'Anjani ou de Mr Cohen, je sais juste que la chanson est belle(pour la traduction, je vous conseille l'outil linguistique de Google(Goût Gueule ça se dit) ça sera évidemment faux, évidemment superbe) :

Golden Gate

Looking back, to San Francisco
Wearing my blue Chinese dress
A yellow jacket with padded shoulders
Smoking Sobranie cigarettes

Four o'clock and the fog comes in
We all remember the sea
For several seconds our sins are forgiven
Mine against you, yours against me

Don't wait for me and don't be sorry
Forget all the letters we wrote
Leave to the foghorns our lonesome story
Let them sustain the heavy note

We order another margarita
Sipping it slow by the window
Nobody needs an Indian teacher
All they need is San Francisco

For we are driving most carefully home
Down roads that are floating and veiled
The Golden Gate,
It's still gold,
It's still great
Nobody's drunk
Nothing has failed

...c'est ça...Nobody's drunk

Nothing has failed(rien n'a échoué)

Tout s'est barricadé

dimanche, mars 18, 2007

Un cadavre dans l'Hudson

Je vous vois déjà rire. Je vois vos mines chafouines, vos yeux vides et moqueurs. Je vois ton coeur aussi sur l'estrade, suffoquant, sublime. Je vois l'immensité glacée que constitue l'Espoir. Je vois les états d'âmes, la délabrement des candélabres, flammèches devenues crochets sous la brise maligne. Je vois l'Amérique, grande et ses prostituées grandes elles aussi. Je vois ma mort, en fin alternative, dans un bocal d'oignons. Je vois la fuite, prendre ta main, courir au plus vite, dedans dehors des foules à drapeaux, des foules à slogans, de ces armées qui marchent en portant leurs fusils paisibles. Je vois le cliché, l'époque qui se dénie, les mots qui mentent, les mots qui se retournent dans leurs tombes. Je vois la langue du matricule, arrogante, teigneuse, elle s'agrafe à mon cou. Je vois comme le parfum du désoeuvrement, comme ces gens qui ne savent plus quand ni pourquoi. Je vois les villes, parfaites, abritants leurs fumées radicales. Je vois la petite poche violette séparant la Nature du ciel noir et bruyant, tout pèse. Je vois les îles disparaître de la carte, une par une, et les champignons incarnadins s'élever en de minces citadelles multicolores, jaunâtres. Je vois la pression, l'envie de s'y mettre, d'inhaler le dernier baiser craché. Je vois la prosternation, ces mains d'enfants qui arrachent leurs ailes grisonnantes. Je vois des anges qui ne sont plus que des rebuts d'anges, des anges de logo, des anges pour faire bien. Je vois la centrale, les cerveaux bouillonnent, les combinaisons sont de plus en plus imperméables, les gants de plus en plus vert foncé peau de crocodile, les réacteurs effrayants, la chute sur cette terre pourpre de ce nouveau-né à VINGT têtes et TROIS CENT bras. Je vois le jaune qui me grignote ce qui me reste de cil.

Je vois des éclairs, des cerceaux, des grenouilles, ce jeune allemand qui s'amusait à danser avec de la bande magnétique enfoncé dans quelques profondeurs alpestres, il était la millénaire, fleur perdue que l'on peint, que l'on grave, que l'on moule, que l'on coule, fleur il était. Je vois les ponts et la fraîcheur mortuaire des balustrades, je vois la blême folie de la lune sur ce plancher mouillé, les claquettes, les dômes aqueux que laissaient tes pieds, les algériens creux, burinés, martelés, sortant de Seine. Je vois la communion, ce voyage en famille jusqu'à l'église où ma cousine blonde doit tendre son front à la vigne, à ces sacrements et à ces aubes, je vois mes frères, démembrés, ficelés aux poteaux et le geste standard du capitaine. Crépitations, de fumeux crotales blancs sortent des canons, arrêts cardiaques par dizaine, le bois craque, l'herbe souffre.
Je vois l'amitié, belle, chanceuse, de chants et de partages, de tapes dans le dos comme des antipoison, de longs oublis sur l'érudition au profit des caresses closes de la tranquillité, quand tout s'étire en un panaché rieur, passer une nuit dans un bus à contempler les variables de son sourire sans se mordre à la glace. Je vois les cheveux dans le bain, les arbres plantés sous un horizon fixe, le Monde en train de se détendre, de lire un autre chapitre du roman tandis que le robinet d'eau chaude continue de vomir à ses pieds une merveilleuse cascade. Je vois mes lèvres, leurs maltraitances, leurs souvenirs. Je vois des instruments dorés qui me transformeront. J'en vois d'autres, crépusculaires, construits pour me noircir la gorge. Je vois cette fille, pieuvres, algues, étoiles de mer au creux des yeux. Je vois les bulles et la surface, uniforme, givrée.

Je vois mon été couvert d'hématomes et ma jeunesse à l'oeil gonflé. Je vois mes jardins, ma balançoire, la même qu'hier, rentrer pour l'atmosphère grandiose de la bonne cuisine de ma mère, jouer avec les enfants, tomber amoureux, se mettre à raconter tout ça et à boire à la bouteille de la mélancolie.

Je vois mon hiver dans les yeux d'un chien, paresses noires et blanches affalées sur les tuiles. Je vois mon regard vers cette incroyable larme verte qui s'approche de nous et qui bientôt avalera tout. Je vois les ruisseaux de mes piétinements, les mares de mes lamentations. Je vois l'électricité, ses accordéons, ses souffleries, ses explosions d'or et de coccinelles quand la plaie persiste à s'ouvrir, une forme humaine à la craie et le cri aveugle des objectifs. Je vois les fils, la salle de Stockholm comble, un piano, une relative chaleur, douce, pour m'accueillir.

Je vois mes doigts devant l'écran de mes années restantes, des années en sursis. Je vois mes doigts devant l'écran des hommes accroupis dans la poussière et l'urine. Je vois mes doigts devant l'écran des femmes belles comme des éternités de fêtes nationales. Je vois mes doigts devant l'écran des peurs qui brûlent mes nuits. Je vois mes doigts devant l'écran de la vie.

Je refuse de voir la fin, les coups de revolver de l'abandon, je refuse de voir le soleil brunir sur ces murs de banlieue. On essaie à tout prix de ne pas voir, mais on finit tous, toujours par lâcher prise et par laisser une main dans le sortilège.

Je ne connais pas New York, je connais si peu de choses, juste l'azur et les splendeurs de ton côté difficile.

mardi, mars 06, 2007

on ferme avant que les oiseaux

Tu ressembles à...tristesse

Possible que du top départ " la naissance " au passage de la ligne blanche sur le tiroir de bois " la mort ", on ne soit fait que de ça. Je vous vois tous, entrouvrant vos petits yeux noirs, ne vous en faites pas je vais vous expliquer du début jusqu'à la fin et ça ne sera pas très long, à peine plus long qu'une prière et vous n'avez pas à vous agenouiller. Donc. Quelques explications s'imposent. Tout d'abord pourquoi ce " Tu ressembles à...tristesse " ? La suite des opérations nécessitent un flashback détaillé.

Cage capiteuse, coussins bleus mouchetés de vert, la lourdeur. Quatre stations de silence à essayer de comprendre, à quoi bon le silence. Je reprends ma route et je me sens gris comme trop souvent. Me voilà sur un quai, désert à part le violon titubant dans les mains d'un chauve; comment ce chauve était arrivé jusque là, par quelles galères et quelles femmes; en fait je pense à rien, mon coeur est aussi pesant que l'air. Ce malaise s'arrache de par mes pupilles bleues, tout est bleu et absolument atroce. Quitte à guetter la solitude. On m'a laissé tomber et je suis cassé par dizaines de morceaux sur la grande allée liserant ma campagne. Campagne sponsor officiel des averses. Campagne pluvieuse, campagne humide ce qui la rend encore plus sèche.

Je fais des rêves, beaucoup de rêves, trop de rêves. Ce sont des rêves simples et je l'avoue assez bas, connaître un peu l'amour et le luxe et surtout et ça tourne souvent autour de ça, être reconnu. J'ai déjà imaginé mille moyens pour parvenir à ces fins brillantes, cela va d'un bon roman sur la détresse à l'invention d'un système qui ferait fonctionner la chasse d'eau en même temps que l'on rabat la cuvette des toilettes, avouez que c'est une bonne idée, encore faut-il que l'on prenne la peine de rabattre la cuvette mais c'est une autre histoire. L'autre histoire, celle du commencement continue d'injecter son parfum nègre dans ma cage thoracique. Je me sens, ma poitrine bat et pourtant je n'aperçois rien d'autre que des fossoyeurs blonds me tendant la main. Et j'ai tant besoin d'une main.

Cela paraît triste. Ce matin, j'ai effectué mon habituel trajet de la gare à l'université, le dernier chaînon de ce voyage non voyage prend les plis d'acier d'un escalator, j'étais quasiment seul dessus et il était très lent et je voyais son bout et je voyais ces marches mécaniques s'abattre et se faire avaler comme une mer désespérée. Je me suis exactement dit : " Quelle tristesse ! " et ça l'était. Il existe bien des fourmilières de choses qui paraissent inanimées mais qui sont tout bonnement mortes et agissent par réflexes post-mortem. Les caissières en font parti et j'en fais sans doute parti, malgré moi, sans m'en rendre compte quand je marche et que j'essuie les regards de ceux qui ne m'avaient jamais remarqué, qui ne s'étaient jamais fait remarqué, que je n'avais pas encore osé imaginer, c'est normal. On a beau dire : " Une journée comme les autres " on ment profondément, on fait abstraction par peur d'être incompris de tous les visages creusés des vieux, de toutes les sucettes sucées des enfants, de tous les derrières des femmes et de tous leurs yeux merveilleux, de tous les gens qui se sont imprimés inconsciemment dans votre champ de vision et une nuit peut-être dans trois mois vous rêverez de celui-ci ou celui-là et en vous réveillant vous vous direz des étoiles crevées sur la tête " J'ai rêvé d'inconnu " et c'était bien le cas.

Je ne sais pas où m'amène ce texte à part vers une mélancolie en fil rouge. Je ne sais pas, je suis debout, je me tais, je pense mais ça n'a plus de saveur, je n'ai plus d'orgueil, je suis juste amer. Je sais que dehors tonne un soleil aux asiles bleus, je sais qu'en faisant un effort et après quelques cinémas et discussions sur tout et rien et particulièrement la littérature américaine je pourrais cueillir une fille, par les lèvres, mais je n'en ai pas tellement envie, j'ai les yeux ouverts grand ouverts sur la civilisation mais ils sont blancs du moins je les vois blancs dans ma tête vu qu'il ne reflète plus rien. Des reflets apparaissent sur les cailloux noirs, pas sur les aubes blanches, parce que le blanc est déjà un reflet. Je voudrais lancer des galets sur l'aquarelle mais je sais que les ricochets me déchireront les oreilles. J'ai des espoirs en la musique, comme en le paysage jaune des fenêtres de trains, tu auras peur si tu me suis, tu auras peur et je te bousculerai et tu t'effondreras sur le carrelage. C'est indescriptible.

Il m'est impossible de former parfaitement ce qui me traverse mais ce n'est pas beau à voir. J'ai un cerveau et de l'encre mais je ne peux pas écrire convenablement, complètement ce qu'il y a. Ou ce qu'il reste. Je suis un danseur dont on a coupé les pieds pendant qu'il dormait. Et c'est ça l'existence en tout cas ce soir, c'est " Tu ressembles à ... tristesse " ou un vers que j'ai composé tout à l'heure, un vers pas trop mauvais il me semble, un vers dont j'ai le début et la fin mais dont le milieu trébuche dans une triple ponctuation, ce milieu, ce coeur crémeux qui en donne le sens, tout son grain. Ce vers aurait très bien pu me faire planer pendant des semaines ou me révéler à moi-même mieux qu'un somnifère, ou il aurait très bien pu me faire sourire jusqu'à ce que le jour se taise.

Au fond, je n'écris que des sourires, sourires imaginaires, sourires durs, sourires parfaits, sourires d'une autre vie, pas meilleure ni pire, une autre c'est tout. C'est inachevé, ça a une peau de larmes grasses et de migraines, ça a une peau bouffée par l'apaisement des sunlights se diffusant dans le canal, ça a ma peau. Je suis un costume de corps et je viens à peine de finir mon pantalon, j'attaque la chemise pour cacher mes os, mes organes minables, quand j'aurais terminé mon trente et un dans l'ultime fibre du noeud papillon je pourrais me remettre nu et vivre dans la forêt avec des fauves clairs non syndicalisés. Les orties se confondront aux fleurs et ça sera le jeu, l'amour, éviter de se piquer et se perdre dans toutes ces fragrances inimaginablement belles, plonger dans son regard. Mais pour le moment c'est encore dur et lourd, ça m'écrase comme le toit en taule fine d'un ascenseur, mes cervicales plient. Je n'en suis qu'à mon pantalon mais d'ici peu la chemise et le noeud papillon d'ici peu une exquise harmonie de mots à la place de ces trois funestes points entre " Tu ressembles à " et " tristesse ".

Je sais juste que je ne ressemble pas à la tristesse et que je ne vais pas mourir.
Tout le contraire oui, comme toujours.

(me sortir de l'étouffement, couper la parole aux lettres noires, la vie poétique)

/C'est jamais comme ce que j'avais prévu, c'est la beauté/

lundi, mars 05, 2007

J'ai mal à l'image

Des gares vides et l'hiver, l'hiver : cordes lisses de perles blanches et glacées. Comment s'en sortir avec toutes ces choses à écrire qui ont sans doute déjà été écrites mais autrement. Autrement que ce point à la fin de ma phrase se poste un autre point dans un autre lieu de rendez-vous. J'angoisse parfois quand je vois tout ce qui a été fait et tout ce qui reste à lire. Dans les bibliothèques quand on veut acheter tous les ouvrages même si on sait que la plupart nous ne les liront pas ou peu ou mal. Il est possible qu'on se refuse à un bouquin simplement à cause de son titre, quand je ne sais plus qui titre son amas de papiers et d'encres : " Encore une journée de merde dans ce monde pourri " on s'attend à quelque chose de pas gai et qui sent la crasse. C'est un peu le cas mais l'auteur nous réserve quand même beaucoup de moments de tendresse que ce super titre ne laisse pas du tout entrevoir. Il arrive aussi que...et puis ***** pourquoi pas écrire un truc plutôt que m'endormir...

" - Ça s'anime en bas ! dit Georges, l'âme couverte de sueurs et le pull de peluches diverses

On pourrait parler d'un opéra, il y aurait un chanteur et il aurait une amoureuse dans la salle, sa femme. Jusque là ça tient debout ou plutôt assis vu que ça a commencé. Puis il aperçoit le type à côté d'elle au premier rang, ce type elle ne le connaît absolument pas mais il est très beau, il a un regard de givre et des traits plus fins que le fil ondulant de l'archer ou que l'écart des atomes. Au début il en rit, mais au fur et à mesure de la représentation il s'aperçoit qu'il n'arrête pas de la reluquer, lui cet inconnu à la tête maigre et intense voilà qu'il veut me voler ma princesse que j'ai conquis si durement en chantant sous mille balcons. (d'une voix aigre et fausse...ça vient d'où ça?). Il se dit qu'il ne doit pas en être jaloux et qu'elle ne s'intéresserait jamais à un jeune fauve dans le genre de son voisin. Alors il chante en toute quiétude, martyrisant un à un les codes classiques du lyrisme amoureux grâce aux gymnastiques précises de ses cordes vocales.

L'entracte

Se décontracter, peut-être la voir en coup de vent, elle porte quelle robe aujourd'hui, boire un verre d'eau chaude, c'est le rituel, manger une clémentine, ne pas penser à son voisin séduisant, c'est qu'un jeune con, elle ne craquera pas et puis c'est moi qui suis sur scène au fond, c'est sur moi les lumières et les fleurs pas sur ses quelques rides habillant son visage d'une gravité sublime, ne pas y penser, tu vas chanter votre chanson et tu vas l'envoyer jusqu'au ciel, et vous rentrerez chez vous et tu lui feras l'amour, tendrement comme un ténor, et c'est demain au pied du lit que tu sauras quelle robe elle portait hier soir, comme toujours, cinq minutes avant de remonter sur scène, je suis d'aplomb, l'orchestre est bon ce soir et le public répond bien, sauf...ne pas y penser, le rideau va s'ouvrir, mourir d'angoisse

Pendant la deuxième partie, sa voix petit à petit se perd pour n'être plus à la fin qu'une triste voix de chanteur de variétés standard, mais il est beau ! Et j'ai vu qu'elle le regardait, qu'elle le scrutait même et lui qui plonge si habilement dans les yeux de ma femme ! Bientôt l'orchestre et la scène ont disparu, il n'y a plus que lui, lui et sa beauté féline, féminine, lui et ses regards sombres qui feraient tomber les dernières ruines de la Grèce Antique, lui et son jean, lui et sa jolie veste, lui et ses dents vives, lui et ses deux pupilles toujours braquées sur ma femme, où est ma femme. Je ne la vois plus, mais est-ce bien ce même voisin ? Peut-être ont-ils profité de l'entracte pour filer en douce s'embrasser sur le marbre doux d'une fontaine, peut-être que c'est lui qui découvrira sa robe au pied du lit, il me reste encore combien de chants ? Le son s'est déformé, il n'est plus une ligne droite ténue mais un tunnel de guimauve, il n'y a plus de case, de reprise et de finals, il n'y a plus que lui au premier rang dans l'ombre du public il jaillit, il flamboie, il y a lui et toutes les formes autour.

La question est : Est-ce que cet écrit est suffisamment ou trop travaillé pour qu'on se rende compte que sa jalousie lui fait aimer passionnément son adversaire du soir ?

Je ne sais pas, je sais juste que quand j'ai retrouvé ma femme à moitié en gazouillant des pleurs parce que je savais que les aficionados devaient s'être rendus compte de ma performance minable, elle m'a dit : " Tu as été formidable ! Tu étais comme absorbé ! Tu ne t'aies même pas rendu compte quand le public s'est levé comme une vague bruyante et dorée pour t'applaudir, le zénith était là juste dans ta gorge, les mains rougissaient, c'était un bonheur intense, fou, je t'aime "

Et quand elle m'a dit ça je n'y ai pas cru, je veux dire je ne l'ai pas vraiment entendu, je ne croyais pas à son amour après qu'elle m'ai trompé ainsi avec le premier venu, premier venu que j'ai vu partir, je n'ai pas vu la vague mais je l'ai vu partir, calme, serein, sûr de son crime, je l'aime ma femme mais on ne se joue pas de moi comme ça, ce soir il n'y aura rien, on va boire une coupe de champagne et après on va peupler nos lits comme tant d'autres couples établis.

UN SPECTACLE MAGNIFIQUE
titrait la Une du coin ce matin-là, et les croissants étaient chauds et le jus d'orange frais, ma femme prenait une douche en chantonnant. Comme après une nuit d'amour. "

Est-ce que c'est un écrit ?

Une valse bleue(naïveté)

Je viens écrire cette valse bleue pour toutes ces filles qu'on dévisage,
Ces filles aux airs de plages, plus ou moins ravagées par l'orage.

Elles font des nuits blanches, des manigances, dans les décrets carnassiers de leurs hanches
L'éther est bleue comme une orange.

Le brevage coule sur les bassins, assassins assassines fluides en apocalypse,
Elles tournent, oiseaux noirs aux corps de rose qui d'arômes s'arrosent en grignotant les tristes choses.

Elles sont vétues de vapeurs sombres, que tricotent les soupirs et tous ces silences qui vous plombent,
Mettons à giorno
les souvenirs de sourire, abrités dans chaque volute de leurs peaux.

Elles ne sont jamais en retard, jamais par peur de dire toujours,
Elles ont le scandale du soir, soir par crainte de voir le jour.

Elles dorment dans des hôtels, dans des taudis et des banques, à vrai dire je les déteste
Comme elles n'aiment pas les hirondelles, elles elles préfèrent le manque.

Songes de pirates, songes de nuques froides,
On est bientôt arrivé quand on oublie son âme,
Près des ravins d'argent qui brûlent doucement,

J'ai la poisse elles me disent et la rive,
ressemble de plus en plus à un précieux précipice,

Elles tombent au milieu de jardins, nues ou avec robes,
Beiges et longues, c'est l'oubli du matin et ton coeur y succombe.

Elles ont le goût du jeu, traînant des amants morts sous leurs pieds,
Des morts des mots sous leurs pas fins, pour qui j'écris une valse bleue

Et cette drôle de valse touche à sa fin.

« Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé »

pour votre santé, évitez d'éviter

vendredi, mars 02, 2007

Patricia

Hier un rêve : je gagne un Oscar et un César au nez et à la barbe de tout le monde. Chose bizarre, j'ai pas réalisé de film récemment à part celui de ma vie qui fane. M'enfin qui sait, j'ai peut-être hanté un plateau de tournage avec ma gueule cassée, puis j'ai foutu ma trombine en vrac devant un objectif et hop c'est dans la boîte, l'inconnu propulsé meilleur second rôle masculin de l'année. J'm'en fiche de toute façon ce n'était qu'un rêve. N'empêche que j'y ai cru, je me suis dit ils sont là dans l'entrée sur une étagère, la statuette d'or et l'étron doré, côte à côte, et à moi le succès, la richesse, les femmes, les bains qui font des bulles, les orgies. C'est vrai ça, ça doit être un putain de panard que d'avoir un Oscar et un César. Évidemment quand je me suis levé ma tronche a tiré la tronche, j'avais que dalle excepté ma cicatrice sous le nez et ma fameuse dent cassée. Souvenir d'émail d'une avenue dans l'aube où j'avais bien dû en étaler trois et des pas minces. Le miroir était gris, plein de poussières, de postillons et d'autres saletés que sèment le quotidien, c'était de mieux en mieux pour moi, plus le miroir était sale, plus j'étais beau. Je devais être moins charmant que l'opium mais je n'en savais rien, ça faisait des mois et quelques printemps encore que j'avais pas arrêté mon regard sur une glace nette.

Je me rappelle l'adolescence. J'avais pas grand chose pour vivre, je faisais pas la manche alors pour avoir un peu de maille je suivais n'importe qui ayant besoin d'un paumé dans mon style. Pendant quatre ans, j'ai vu des mecs gerber tout ce qu'ils possédaient, leurs couilles, leurs bijoux et la plupart du temps leurs âmes. Des fines parts d'âmes sur le macadam insulté par la bruine. La bruine c'est de la pluie harassée qui se fait sa place au soleil, je l'aimais bien la bruine, elle me caressait la nuque les matins où ça tournait pas rond et me permettait de rester debout, debout dans ces ruelles ou ces parcs à regarder des gus en cravates cracher leurs tripes. Au début, je suis resté perplexe face au spectacle, en effet, comment pouvait-on connaissant son nom, son envergure et sa force brute, comment pouvait-on devoir quelque chose à Steve Holland ? Le Hollandais comme il aimait à se faire appeler par son entourage, le barjo de chez barjo gérant d'une main de fer(plus dur que le fer) la mafia irlandaise. Chaque personne qui rentrait en affaire avec le Hollandais savait qu'un jour ou l'autre il serait baisé, certains, des malins, tentèrent bien de le baiser en baisant une de ses soeurs mais le Hollandais s'en foutait pas mal de l'amour et étripait aussi bien le quidam que les fiancés d'Héléna ou de Patricia.

Ses soeurs bon dieu. Ses soeurs, si la providence nous avait pas fait livrer les forets, les neiges éternelles, la liberté surveillée et les mangues, il n'y aurait pas eu d'autres beautés au monde. Elles étaient deux donc, une fausse blonde et une brune acérée comme un cutter dans le pectoral. J'étais jeune et à l'époque je me faisais la main sur les petites putes pas chères ou les courtoises camées qui se traînaient enroulées dans leurs robes violettes qui devinrent bientôt les tentures de la Cour du Hollandais. Mais merde faut bien une histoire et de l'amour. Alors oui je l'ai vu, la brune, l'épine, la seringue aux jambes parfaites. Elle était allongée, de la fumée sortait de sa bouche, elle était allongée sur une mer de coussins bleu (dé)foncé et elle était en apesanteur, elle était de l'apesanteur, elle, ses cheveux noires comme une prison noyées dans la fumée et le spleen caché, son visage de brouillard et ses yeux que je n'arrivais pas à voir tellement l'ambiance. Je fais rien de mal, juste, juste je vais vérifier la couleur, la forme, l'éclat de ses yeux et ensuite je m'en retourne à mes coupes-gorges au clair de lune qui font gicler les boyaux des plus dignes. Mais au fond je le savais, je le savais que c'était elle le coupe-gorge ce soir là et que ça se terminerai dans un motel cradingue et que j'aurais à choisir entre mettre ma queue et mes valseuses contre la flamme bleue du chalumeau du Hollandais ou lui en coller une bonne entre les deux arcades et passer le reste de mon cauchemar en cavale.

C'était son petit délire sadique à lui le truc du chalumeau. Il le passait sur ton machin qui se rétractait et dont la chair se délitait silencieusement jusqu'à ne plus être qu'une marque obscure et violacée, une espèce de moignon s'inclinant mollement entre tes deux jambes. C'était terrible, d'autant qu'ensuite il te passait ton horreur ridicule sous l'eau froide histoire que tu comprennes que la douleur la plus maximale peut parfois être la résultante d'un simple dollar non rendu. Et encore ce traitement était pour les petits merdeux, les plaisantins, ceux qui avaient de la chance. Pour les autres, les débiles, les ratés, les rebelles il y avait une suite. Suite pour le moins visuelle puisqu'après vous avoir fait geindre et pleurer tout ce que vous avez pendant une douzaine d'heures, il rallumait le chalumeau sous vos boules, et il se rapprochait et il se rapprochait, la chair tombait et ensuite comme il adorait le raconter dans une gestuelle rappelant celle des physiciens expliquant la formation du champignon atomique, il disait avec vigueur et avec un rire qui vous faisait plus pisser de trouille qu'autre chose : " T'auras du voir ça mon pote, ces boules ont explosés comme du putain de pop-corn, c'était magique ! " et ses yeux de tarés brillaient autant que cette rivière abusée par un soleil malade auprès de laquelle j'avais passé trois étés à siester. C'était le bon temps.

Il fait mauvais temps ce soir. Bien sûr que j'ai été voir Patricia et qu'elle avait des yeux valant plus à eux seuls que vingt-cinq années de mariage, et si on rajoute son corps là on arrive à l'inégalable. Patricia, ils étaient verts d'obscurité, m'a regardé et a pincé sa lèvre inférieure. Et il n'en fallait pas plus, j'étais amoureux et je me serais jeter joyeusement d'un gratte-ciel pour finir écraser dans un volcan fondu si elle me l'avait demandé. Bien sûr bien sûr qu'elle ne l'a pas fait et qu'on a parlé en s'excitant peu à peu, bien sûr bien sûr que je m'en suis moqué de l'oeil macabre du Hollandais, cet oeil qu'il m'a lancé en filant vers un couloir donnant vers une chambre donnant vers des hanches d'or donnant vers un sacré coup. Les sacrés coups ce soir là j'aurais pu les voir alignés jusqu'à l'autre bout du continent et fusillés que je m'en serais cogné. Tu l'imagines toi cette anguille sanguinolente dansant sur un mur infini. Elle aimait bien la philosophie, chaque jour elle prenait des bains de sang, de membres congelés, de boîtes crâniennes fumantes et de dope mal coupée et pourtant elle continuait d'aimait la philosophie. Des vrais corps passaient, criaient, devant sa fenêtre avant d'aller se briser sur le bitume aveugle et elle restait fasciné par Bergson. Au cours d'une de nos après-midi humides et rideaux fermés, elle m'avait dite cette phrase : " Il n'y a que dans la plus complète folie, que l'on peut penser en paix " quand elle me la dite j'ai pensé que toutes ces conneries lui montaient à la tête et sa chute de reins me montait à la tête et ma langue aride montait à ses cuisses. VOUS SAVEZ LA PASSION, ça vous fait VIVRE A L'ENVERS, d'ailleurs nous ne passions pas des après-midi mais des crépuscules ensemble à flotter.

Ironie du destin, les rooms des motels sont toujours aussi poisseuses et c'est rien que sur mes cheveux en berne qu'il flotte. J'ai pas été taillé dans un saule pleureur et pourtant à ce moment j'ai craqué et j'ai chialé comme un gosse, comme ces gosses des histoires glauques de l'Amérique qui perdent leurs clebs sous les pneus imprudents des breaks crèmes. J'ai enfoncé ma lame dans la pomme d'Adam du Hollandais et je l'ai ressorti, une première larme de sang a commencé à couler sur son cou et sa chemise blanche à rayures noires, puis ça gargouilla et de légères gerbes rouges commencèrent à éclore du trou dans sa pomme, entre temps, j'avais planté ma lame une dizaine de fois touchant la plupart de ses organes, poumons, rate, foie, estomac, vessie. Cet enfoiré était en train de crever et pourtant il restait là, droit comme un I, stoïque avec un léger sourire. Sa chemise était désormais rose à rayures encre et tout en me constellant les joues de pétales de sang et de salive il murmura sa dernière parole : " Tapette "

Enfin il s'écroula, son corps ne bougeait plus, il baignait. Les quatre masses tenant dans les coins restaient immobiles, ils n'avaient pas l'air du tout de s'attendre à ça, un timbré venait de surriner leur patron, un timbré était suffisamment timbré pour dire no way à " la méthode pop-corn". En temps normal, l'un des quatre molosses m'aurait cassé le bras avant de m'en loger une dans l'omoplate mais ils avaient l'air vraiment choqué et puis ce n'était pas un temps normal parce que cette putain de pluie dehors était rouge, rouge sang. Vous devez vous demander pourquoi j'ai joué aux cons comme ça en refroidissant le Hollandais, si j'étais en fait un super-héros, un flic infiltré ou une blague du genre mais non. J'étais simplement amoureux, simplement dinguement abysallement amoureux de Pat', Patricia boucles sombres plus belles que Tokyo l'hiver, Patricia yeux de jade plus fantastiques encore que toutes les guerres mondiales.

Un jour, le Hollandais a dû en avoir marre de flinguer ses meilleurs associés à cause des bassins trop accueillants de ses soeurs. Ses soeurs n'étaient pas mauvaises mais elles faisaient perdre la tête à ses plus précieux éléments, moi y compris. Voilà pourquoi il lui fit traverser la fenêtre, Patricia chevelure de verre, Patricia crise cardiaque avant d'atteindre l'asphalte. Et Bergson, la moue triste, assis sur son lit temporel. Bergson vient de perdre sa fan. Sa fan seulement sa fan et pour moi TOUT. Et ce connard de caïd qui m'annonce ça calmement, il me dit que je suis mort, que je viens d'abandonner à tout jamais l'existence, les quelques croyances que j'avais envers ces montagnes vertes, pures, vérolées par ces si naturelles tâches solaires. Il me dit STOP au sublime, il met fin au miracle inespéré pour un moins que rien comme moi et tout ça en douceur. DOUCE MA LAME ? DOUCE MA LAME ? DOUCES MES LEVRES, mes mains sur tous les recoins de la perfection, DE SA PERFECTION.

Il devait espérer la mort le Hollandais ça doit être ce type de disjoncté qui a toujours vu ses soeurs sous l'eau, des douches et des baignoires, sous les fleurs odorantes, sous les iris et qui jamais n'osent toucher, qui jamais n'osent enlever la mousse pour dévoiler leurs charmes, ces courbes esthétisées par l'humidité. Frustration qui explique violence exacerbée expiatoire et sa manie de ne jamais caresser les filles, et ses gants. Putain de détraqué! Putain d'Hollandais irlandais! Putain de gants! Putain de temps de cabot!

La pluie, la fenêtre sale, le miroir, ma mine terrible, les traces des enfers solitaires sur la glace effacent presque mes larmes. Je suis fatigué, maigre, malodorant, mal fichu, mort, fatigué. Je vais bientôt me rendormir, oui. Et bientôt tu verras, l'Oscar et le César je les aurais et je te les amènerais et tu brûleras dans ma bouche, bientôt tu verras, l'Oscar, le César, je les aurais tu verras, Patricia.