mardi, octobre 30, 2007

Résonance des méduses

Fragrance délicieuse dispersée dans les mers,
bienvenue la lune, les passantes nymphomanes y bronzant,
exhibant l'oeil du diable tenant entre leurs reins,
solitude : du nomadisme

samedi, octobre 27, 2007

Dé de Trieste

" Vos lacets, un pendentif nacré en forme de coeur, un négatif d'une rue de New York, un dé à coudre "

Lacets = Chaussures

Pendentif = Ma femme de l'époque

Négatif = Mon plus beau voyage

Dé = Je ne m'en souviens pas

/ Là, il ne me reste pas beaucoup de choix. Bien évidemment que ce dé inattendu dans le bac du détenu est l'élément perturbateur mais qu'en faire ? Les possibilités sont restreintes. Une petite précision sera faite sur ce dé à coudre, ce n'est pas un dé à coudre vierge, il porte sur lui un petit paysage peint et le nom de la ville de Trieste en Italie. Si mon héros est réellement amnésique, il se rendra là-bas, par curiosité, et pourra y découvrir un passé sombre et violent. Mais peut-être que ce dé a été mis là pour piéger mon pauvre protagoniste, peut-être que ce dé n'est que la première miette de pain pour la vengeance d'on ne sait qui. Ce dé peut aussi être là sous l'effet du hasard, un grain de sable l'ayant placé dans le mauvais bac, alors, mon héros possède ce dé et un autre détenu, un jeune homme de vingt cinq ans condamné pour viol, à sa sortie, se demandera où est-ce qu'il a bien pu passer. Au fond, l'histoire sera la même, qu'importe par quel moyen ce dé est apparu, il faudra passer par la case Trieste. Tout, toutes les intrigues semblent déjà éculées, le meurtre, la profanation, l'amour, le ressenti, tout a déjà été fait, ou tenté. Il se peut qu'un jour on me plagie sans le savoir, il se peut qu'un autre jour, cette histoire se soit passée et que personne n'en fut témoin. Il se peut des tas de choses, sur la Terre basse des hommes /

" Trieste, Trieste, j'avais bien un oncle qui collectionnait les dés à coudre, mais Trieste, ça ne me dit rien. Je devrais l'appeler mais je ne peux plus, je n'existe plus pour ma famille depuis que j'ai mis les pieds en prison. Ils étaient venus me chercher à la maison, " Il dort " leur avait dit ma mère mais c'était sûr que je ne dormais pas, je savais que j'étais coupable. J'ai pris pour meurtre, l'avocat a pas trop mal fait son boulot, j'ai finalement écopé de 8ans pour homicide involontaire, de mon côté, je savais bien que c'était un meurtre de sang froid. A moi les livres, la compagnie des taulards, à moi la bouffe gelée et la crainte de l'autre. Mais je m'en suis sorti, comme un grand, j'ai simplement perdu quatre dents, en revanche, j'en ai envoyé pas mal se faire recoudre. J'ai pris du muscle aussi. J'ai l'air de ce que je suis, un type qui sort de 8ans de taule sans s'être fait tringlé par quiconque. Je ne me sens ni fort, ni arrogant, ce que je veux maintenant c'est un peu de tendresse histoire d'oublier ça. Dans le bus qui me ramène vers la ville, je ne pense qu'à une seule chose : Trieste. J'aurais pu m'en foutre mais, et j'avais décidé ça à l'intérieur, dorénavant, j'avais choisi d'aller au fond de chaque chose, même les plus insignifiantes. Néanmoins, l'idée d'un voyage ne m'enchantait pas énormément. Je n'étais même pas encore revenu chez moi qu'il fallait déjà que je reparte, sans argent, sans bagage, sans rien.

Par la vitre, le brouillard flottait au-dessus des champs silencieux, parfois, quelques nuées d'oiseaux s'échappaient du flou. Je ne m'étais fait qu'un seul ami à l'intérieur, Jacques, un ancien book ayant traîné dans nombre d'affaires louches, je ne le reverrai jamais c'était sûr, il devait sortir dans douze ans et d'ici là c'était sûr également, je me serai tiré loin. Malgré tout, Jacques m'avait filé le numéro de sa femme histoire que je me dégote une piaule. Le bus nous a déposé devant le commissariat, un des gendarmes nous a déclaré libre tout en proposant à ceux qui le voulaient une soupe chaude. Nous avons tous refusé, ils se foutent vraiment de nous, on vient de tous risquer notre peau en cabane et faudrait encore qu'on se brûle les lèvres dans leur soupe à deux balles ? Il fallait que je mange un truc de consistant, un truc vrai. Bon sang, j'ai les poches presque vides mis à part les deux billets que j'ai gagné là-bas en jouant aux cartes. Bon Dieu quelle ironie, je me retrouve a être pris d'une érection en bouffant mon hamburger alors que tout le monde me regarde comme si je sortais de l'asile, ah vous avez raison, c'est tout comme, y'a que la couleur des uniformes qui change. Que ces frites sont bonnes, que cette viande est bien cuite, qu'il fait bon ici. Mes poches sont pleines de petits fragments d'un passé révolu et d'un futur en annonce. "La même chose s'il vous plaît ". Je ne connais pas d'endroit plus faux que les fast-food mais faut dire qu'à ce moment même, j'aimerai y mourir, oh paradis.

Les cheveux longs ont l'air d'être revenu à la mode, les rues regorgent de jolies femmes. J'aurais pu souffrir du manque de chair mais heureusement, j'étais plutôt du genre persuasif, j'étais parvenu en 8ans, à coups de poings et de ciseaux, j'étais parvenu à obtenir les faveurs de quatre femmes, venues miraculeusement entre les murs épais de mon centre de détention. J'ai réussi à survivre à ne pas devenir une bête sodomite en me débrouillant ainsi, je vivais une année en pensant aux contacts, celle d'après dans le souvenir, plus la prochaine femme arrivait etc...Charmante routine.

/ Les histoires de taulard sont banales, je ne pense que la mienne fasse exception. De fait, je ne connais rien des prisons à part les quelques clichés présents dans l'imaginaire commun. Le personnage quant à lui souffre de nombreux paradoxes, il emploie un langage brut qu'il associe à une réflexion beaucoup plus vaste sur lui et l'ensemble de ses contemporains. Ce personnage n'a pas grand intérêt. Aussi, il conviendrait que le récit prenne un rythme différent en cessant de s'attarder constamment sur ce passé carcéral un peu convenu. On devine facilement la suite des événements, il va l'appeler, cette femme, l'amie de Jacques, et bien sûr, il sera étonné par son charme latin, par le fait qu'elle ait la trentaine alors que Jacques lui, approchait des soixante. Il couchera avec, retrouvant au passage un peu de son goût de la liberté, de là, l'auteur nous gratifiera d'un assez long passage sur l'enfance sucrée salée de son héros. Et nous, nous nous ennuierons /

Je n'ai vu fumer personne jusqu'ici. Alors c'est bien vrai, le tabac a été officiellement interdit, partout. Je vais de ce pas dans un bar pour voir s'il en va de même pour l'alcool. The Violin Cave, nom étrange pour un bar mais bon je m'en moque un peu. L'atmosphère y est noire et enfumée, bizarre, un groupe de jeunes gens encore plus paumés que moi semble avaler et recracher de cette précieuse fumée pourtant prohibée. Je décide d'aller au comptoir pour plus d'informations. " Qu'est-ce qu'ils fument, les jeunes là ? "

- Ah ça, c'est un dérivé de l'opium, allégé à l'extrême mais conservant les mêmes effets si on augmente la dose, et c'est parfaitement légal, ils ont beau leur avoir interdit des tas de trucs, ces jeunes trouveront toujours un moyen pour s'amuser, vous avez l'air de venir loin vous dis-donc.

Le barman est gras et peu rassurant, il porte un tee-shirt I love New York et écorche la plupart des mots, sûrement un immigré de la première vague. " Vous avez raison, je viens de loin, presque du passé, sinon, y'a moyen que vous me serviez une vodka frappée ? "

- Vous n'êtes pas au courant ? La loi est passée il y a quelques mois maintenant, tout alcool fort est interdit à la consommation en journée, sous peine de poursuites, désolé, tout ce que je peux vous proposer comme remontant, c'est de la Guiness.

Ce type parle comme un livre, comme si chaque jour, chaque heure, un type dans mon genre demandait une vodka, c'est sans doute le cas, on met souvent du temps à réaliser qu'on s'est fait baiser en beauté. " Va pour une Guiness bien lugubre boy ". Un écran géant placé en face du comptoir diffuse d'assez vieux clips, de ces clips mal fichus où le chanteur se trémousse devant un fond vert en mouvement, ça plus les vapeurs d'opium, je dois vous avouer que je ne sais plus vraiment nous sommes en quelle année.

/ Conscient de ses lacunes, l'auteur semble s'orienter vers un récit de semi-anticipation, rien de plus prévisible. Il va ensuite essayer de nous présenter une société rongée par la frustration et au bord de l'implosion. Ce côté cocotte-minute tranchera littéralement avec Trieste qui bien entendu paraîtra comme l'Eldorado même si à n'en pas douter, c'est là-bas que les malheurs commenceront, car quoi de plus galvaudé que de faire vivre la misère dans un cadre à priori idyllique ? /

jeudi, octobre 25, 2007

T'es libre quand ?

Les affreux bâtisseurs de colonnes, les putrides sculpteurs de tableaux. Ces monstres-là, bien installés derrière leurs machines, qui construisent nos emplois du temps. Ces documents qui contiennent nos obligations à être à un endroit précis à une heure précise dans un ennui précis. Ces fichiers qui nous empêchent d'aller foutre les pieds en Suède ou au Guatemela. Au fond, rien ne nous en empêche, mais tellement de choses, de regards, des parents, des amis. Nous sommes devenus tellement inconsistants qu'il nous est impossible de disparaître. Je dors à un rythme étudié, pour pas que mon enveloppe ne craque. Je mange selon les demandes régulières de mon organisme. Je ris quand j'ai besoin de rire. Je pleure quand il faut que je pleure. Il m'arrive de demander aux camarades ce qu'ils font de leurs heures creuses, ils me disent : "Je m'ennuie", "Rien de spécial", "Je suis avec ma copine". Hier, j'étais debout dans le froid, des langoureuses nuées de petits oiseaux noirs virevoltaient par grappes autour de l'impressionnante grue dominant le chantier en face de la gare, à droite de ce chantier, au-dessus d'un immeuble ras et gris, la lune était là, remplie aux deux tiers, brillante endormie, et ça, ce soulèvement naturel, cette somme d'interactions quasi magiques entre les voyageurs pressés, les oiseaux programmés, les grues mortes et les lunes ensommeillées, j'étais presque certain d'en être l'unique spectateur. Là j'ai fait de l'art pessismiste, c'est à dire que je vous ai prêté mes yeux sans y croire. Si je vous parle de ce moment, c'est qu'il intervient dans une attente que j'ai moi-même souhaitée, j'aurais pu rentrer chez moi plus tôt, mais j'ai préféré voir. Tenter de jouïr ainsi de ces moments détendus, on nomme cela la vie ou son essai. C'est le plus souvent seul et loin des contraintes de l'horlogerie qu'il m'arrive d'approcher l'absolu, instant VIF ou mort où rien ne semble exister. Nos sociétés, bonnes sociétés de graisses et d'apparats nous donne un mode, une gamme de comportements à adopter, il y a les bourgeois et les pauvres gens, les pacifistes et les anarchistes et tout le menu peuple au milieu et c'est très bien comme ça, il serait juste alors d'extirper de cette tapisserie figée les Esprits. Ceux qui sentent. Qu'ils appartiennent à des paysans à la face brûlée ou à des patrons défigurés par le remord, ils sont là. Il ne s'agit plus là de bel esprit ou d'esprit libre, car aujourd'hui, tous ceux-là rentrent assez communément dans une case attribuée. Même, personne n'est plus libre, personne ne le fut jamais, Diogène ou Rimbaud(n'oublions pas Valuko et Tyrone) que la plupart des froides pisses salue pour leur sens du direct et de l'évasion, Diogène ou Rimbaud devaient se branler et écrire les démones. La liberté, finalement, à mon sens, serait de regarder où bon nous semble.

Post-Scriptum : S'engager, c'est se tirer dans l'âme.

jeudi, octobre 18, 2007

L'hiver déréglé

"J'en ai ma claque des aurores boréales." Don't try to follow the human race.

Nous voilà insatiables, livrés à la chaleur des bombes. Des phrases circulent comme celle-ci. Insatisfaits, la frise astrale crucifie les couleurs et on s'en lasse, on voudrait l'acier, la cigarette. Loin du voilier, l'enfant de pauvres active ses rêves autour de ces ciels stupéfaits. Aurore boréale / Building / Building / Aurore boréale. Deux façons de régaler ses yeux. A vivre dans le sable, on espère la pluie. A vivre sous la pluie, on espère le sable. On y peut rien.

Sous le film, les blancs membres de Christelle aspirent aux flammes. Sous le film, elle ne respire plus. Sous le film, arrêtée par les cristallins éclats du lac. Sous le film, elle plongea, pour retrouver Jeff. Sous le film, ils disparurent tous deux, laissant des chansons aux siècles pour les amants à vivre. Sous le film, la casquette bleue du détective vire au noir, il sait qu'il ne résoudra pas cette affaire mais qu'il faut qu'il aille jusqu'au bout. C'est dans le script.

" Il est malade, il prend plein de médicaments, il a du mal à comprendre tout ce qu'on lui dit, il est gentil. " GENTIL ? JE ME FERAI UN PLAISIR DE MARCHER SUR VOS CADAVRES ! Si seulement vous saviez quels assassinats du sain vous mettez en place à parler ainsi de moi alors que je suis dans la pièce ! Juste à côté sur ce fauteuil ! Et que j'entend tout ! Mon corps me fait défaut, mon esprit aussi ! MAIS VOS CRANES EXPLOSERONT SOUS MES PAUMES ! Je suis un chien, vous feriez mieux de m'en tirer une.

Quand je voyais à l'orée, sortir sa blanche silhouette, quand le canal on longeait, frigorifié, passant nos mains contre les grillages pour singer une musique, quand la nuit tombait si vite, et que j'aimais boire du thé, en observant, l'oeil doux, la clarté étouffée du réverbère veillant sur ton toit.

Les hommes n'ont pas de nom. Ils leur faut un piano, une tirelire où poser leurs revolvers et une étrangeté.

/ Ce matin sonnait vide. Il était comme tous les autres(excepté ceux des Noëls d'enfance, ceux des femmes, ceux qui n'arrivaient pas, ceux qui l'évitaient, ceux des vacances, ceux où il étaient malades) pour Svrano Lexomil. Il dormait en caleçon, sans chaussettes ni pantalon mais avec son tee-shirt, celui sur lequel était dessiné un cheval au fusain. Ses amis se demandaient toujours en voyant ce tee-shirt, pourquoi, si c'était une question de précision dans le trait ou de bousculement dans l'inconscient, il ne le trouvait pas laid mais presque fascinant. Peut-être que Svrano Lexomil le savait. Svrano se fait la plupart du temps appelé Svran' par les filles qui deviendront ses concubines et Lexo par les types qui pensent pouvoir profiter de lui assez rapidement. Il ne ronfle pas, il se souvient rarement de ses rêves et pèse le poids des anges. Il conclut chacune de ses sessions de sommeil par un petit cri animal( [Mé] ou [Bô] ) là où la plupart s'étire comme des étoiles à s'en arracher la mâchoire. Svrano n'aime pas le café depuis qu'il sait que ça fait jaunir les dents et comme Svrano n'a pas pu embrasser Hilda parce qu'il avait les dents jaunes, depuis il fait gaffe(Hilda le lui avait dit cash, c'est fou l'honnêteté qu'on peut avoir à treize ans)(on peut certes trouvé ce grief un peu léger mais il est vrai que des dents mal entretenus ne sont pas belles à voir). En remplacement, Svrano décida un matin de boire un lait chaud au miel et ma foi cela ne lui allait pas si mal. Après son verre de lait, Svrano prend une douche(il préfère prendre son bain le week-end), il commence par se mouiller entièrement le corps, puis se frictionne avec du gel douche à l'amande douce de bas en haut, il remonte le long de ses mollets bruns et secs, savonne savamment ses cuisses, fais passer la mousse sur ses poils ondulés et sur le bout de son sexe, caresse son ventre et ses côtes, frotte trois fois chaque aisselle et termine sur sa pomme d'Adam. Pour le visage, il utilise une petite crème pas vraiment donnée. Il asperge d'eau ses fins cheveux noirs qu'il lave une fois tous les deux jours et sort de la douche après avoir fait disparaître un à un les monceaux savonneux de son corps grêle.

Je dois vous avouer que ce n'était pas vraiment très drôle de vous conter les manières hygiéniques de ce personnage. Mais je ne pouvais pas le faire passer pour quelqu'un de sal et de mal éduqué. En finition à cette toilette, Svrano se brosse les dents, quand Svrano a un peu plus de temps devant lui, ça lui arrive d'imaginer des airs célèbres dans ses coups de brosse sur l'émail, autre chose moins avouable, en octobre il y a de cela quatre ans, Svrano fut pris d'une gingivite, ce qu'il fait qu'il crachait du sang parfois mêlé à la salive. Figurez-vous que Svrano aimait ça, cracher du sang. Pourtant avant cela, il tournait quasiment de l'oeil à la vue de la moindre goutte d'écarlatine. Il allume ensuite sa chaîne et attend à chaque fois le début de la quatrième mesure avant de commencer à s'habiller, c'est d'un raffinement. Il n'y a que la solitude dérivant sur la démence ou la sagesse qui ne puisse permettre de tel plaisir. Un vieux jean troué et un tee-shirt des Jets feront l'affaire. Deux chaussettes blanches, un peu trop longues pour lui, qu'il remonte juste au-dessous du genou. Un boxer noir. Rapide passage devant la glace pour vérifier que tout est bien là où ça doit être et il est temps de partir. Oui, Svrano ne va pas aux toilettes car dans cette histoire les gens ne vont pas aux toilettes.

L'ascenceur ne marche pas, ce qui ne change rien puisque Svrano vit au rez-de-chaussée mais ce qui pourrait jouer un rôle décisif si jamais une fois il avait envie d'aller sur le toit de son immeuble pour contempler la nuit. Il sort son scooter de l'arrière-cour, enfile son casque, un vieux modèle qui laisse son visage à découvert. Gaz, gaz, il roule. Le vent vint fouetter ses joues dans une cérémonie...

Que se passe-t-il pourquoi la description s'arrête-t-elle ici ? Quoi ? Il n'y a pas de vent ? Comment ça ? Plus de vent ? Vous voulez dire qu'il fait clair ? Non plus de vent, même s'il roule à 200kilomètres heure, il n'y a rien. Oui c'est bien ça. Le vent a disparu. Les arbres restent figés, les chapeaux sur les têtes. Il faut que j'en parle à quelqu'un. Monsieur monsieur s'il vous plaît ! Oui bonjour, vous avez vu, il n'y a plus de vent...

Oui, j'ai vu, mais excusez-moi je dois y aller.

à suivre...

jeudi, octobre 11, 2007

Usine moribonde

Je ne sais pas quoi écrire. Des choses se passent, milliers, millions, centaines, même pour moi y'a du mouvement mais bon j'hésite. D'un côté, je perçois l'aspect dramatiquement représentatif de cette révolte des bonzes birmans contre la junte, de l'autre, je sais bien que cette histoire servira uniquement à ce que des millions de français s'enorgueillisent à l'idée de connaître à tout jamais le mot "junte". Alors il me reste la fiction. Tu n'appartiendras pas à autre chose que mes lettres, tu seras là, évoquée dans tes poèmes mais je ne puis me permettre de me servir de toi. Alors il me reste la fiction :

- C'est quelle heure pour toi demain ?

Je sais pas, dès demain dès l'aube, le chef doit appeler, je fais mon paquetage et on file droit vers l'Est.

- Tu penses que ça va aller ?

Ca devrait, c'est pas la première fois que je fais ça avec le chef.

- Il est bien comme on dit ?

Bah c'est vrai qu'il est dur et c'est pas rare qu'il y ai de la casse mais bon vaut mieux que y'ai un peu de casse et que tout le reste soit nickel plutôt que d'arriver avec des choses pour la plupart en sal état.

- Sûr.

Et puis dans le fond c'est pas un mauvais. J'ai pas pu beaucoup parler avec lui mais il sait ce qu'il fait et il le fait bien, tout simplement.

- C'est vrai pour l'étranglement ?

J'étais pas là ce jour là moi, je bossais ailleurs mais on m'a dit qu'il avait des yeux du diable lorsque qu'il lui a pris la gorge. Mais bon, ce sont des rumeurs et puis il faut bien ça pour qu'il se fasse un peu respecté.

- Mais tu vas faire quoi en gros toi là-bas ?

Bah pendant le voyage, on me laisse derrière pour vérifier que rien ne se trame, c'est assez dur, assez long et ennuyeux. Mais pendant les pauses, il est pas rare qu'on me laisse un peu profiter de la marchandise. En un quart d'heure, on a le temps de faire pas mal de choses mine de rien et puis ça chasse la fatigue d'un coup.

- Je vois, ça doit être pas mal du tout. Et une fois arrivé ?

On les descend, ensuite je reste deux trois jours sur place pour m'assurer que tout est ok et je repars par le train avec mon enveloppe pleine en poche.

- Tu te fais dans les combien ?

Oh tu sais, ça a l'air simple comme ça, mais tu sais bouffer tout l'Est avec des chouineuses, des cogneuses, des suicidaires c'est pas facile facile. On pourrait les droguer mais c'est pas la politique de la maison, on veut que des filles cleans, qui n'iraient pas gâcher leurs charmes sur des aiguilles mal nettoyées. Sans oublier les histoires de douane, de filles mortes de froid ou de faim, le nettoyage de leur merde et de leur vomi ou leurs tentatives d'évasion. Bon donc avec tout ça, pour chaque "ballade", je me fais dans les 1000euros, pour douze jours de travail en tout. Quand je reviens je suis complètement flingué mais j'ai de quoi faire niveau boisson et assez pour me payer les bouteilles de Champ' et les nanas qui s'y accrochent dans les meilleurs boîtes du coin.

- Mais moralement, c'est pas trop dur ?

Au début si, bien sûr que j'ai eu un petit coup de déprime puis je me suis dit qu'il valait mieux qu'elles vivent chez nous même si c'est comme ça plutôt qu'elles restent dans leurs trous à se laisser mourir. Tu sais la plupart d'entre elles se tirent au bout de trois ans, elles ont de quoi payer leurs études et une chambre de bonne, la vie commence.

- T'as raison, en tout cas côté finances, c'est clair que ton taf paie bien, t'as le droit de donner mon CV à un de ces gars ou pas ? Mon boulot de videur me tape un peu sur les nerfs.

Je vais essayer, mais je te promet rien. Bon écoute, je finis mon café et je te laisse, je dois bien dormir, les jours qui viennent risquent d'être assez chargés.


° merde c'était pas de la fiction.

Texte à compléter

vendredi, octobre 05, 2007

Surtout ne prends pas froid - Première cassette

L'aube légère
Qui récoltera nos pas
Sera la douceur.

On appelle ça un haïku, tu connais ? Moi ça m'emmerde, ça m'a toujours emmerdé. Je dis pas qu'en jap' ça vaut pas le coup, mais ces connards de français puent du slip qui jouent les grands purs et qui en chient pour aligner trois lignes me filent la nausée à tenter ainsi d'imiter l'Asie. M'enfin je t'en ai fait un, tu peux me dire merci. Il est pas tout à fait dans la pure tradition parce qu'il est peut-être trop évocateur et que l'aube n'est pas réellement liée à une saison particulière. Là, je te parle de la règle du kigo, toujours parler d'une saison dans un haïku sinon ce n'en est pas un. Mais je t'en ai écrit un, avant que tu partes, parce que tu vas partir, t'as beau ne plus sentir la douleur ça veut pas dire que le mal est parti, enfin tu dois le savoir mieux que moi. Tu sais j'ai rien contre toi, encore que ta connaissance de la poésie en général semble un peu limité, ce qui pourrait être une bonne chose mais pas quand on me cite en tout et pour tout une phrase de René Char. Et pas la meilleure en plus, c'est dire. Mais j'ai rien contre toi, c'est juste que par voie de faits, je me retrouve au final à devoir t'ôter la vie mais je ne suis qu'un coursier de la mort, c'est les gros qui me payent qu'il faut réprimander, je t'ai diverti non ? Tu n'aimes pas l'usage du couteau ? Je te comprends, je me suis fait percé une fois et je sais bien que ça calme sévère mais il faut que tu saches que ce sont aussi mes employeurs qui choisissent le moyen par lequel ils veulent que leur cible parte. Il écoute pas, il s'en fout, il tremble déjà et il est tout bleu, bon, j'ai encore une fois fait proprement mon travail.

Télé :

Mistral et tramontane. Hmmmm hmmmm, oui vas-y ouiiiiiiiiiiiii. La Nouvelle-Calédonie est une terre spéciale, où chaque année les kanaks attendent le chant des baleines pour pouvoir. En passant par les côtés, c'est par là que les blaugranas parviennent à illuminer le jeu. Tu crois que l'amour viendra ? Je ne sais pas. Non mais vous vous foutez de moi ou quoi ? Oui( rires enregistrées ). Ah c'est dommage Christine ! Ce n'est pas la bonne réponse, vous n'aurez pas la voiture. L'aura meurtrière des deux jounins qui s'affrontent, si je reste là, je sens que je vais devenir fou. Au premier, temps, de la vaaaaaaaaache.

Devant :

Décidément j'accumule les perles du mauvais goûts avec mes clients du moment. Entre le pro-Char et celui qui préférait Truffaut à Godard, je suis pas sorti. J'ai jamais compris ces verges molles qui acclamaient l'élégance d'un Truffaut tout en reniant l'explosion d'un Godard, c'est vrai quoi, je dis pas que ce con n'a pas fait quelques bons films mais Godard lui dans rien qu'un film y'a déjà à peu près tout de ce qu'on attend ou plutôt de ce qu'on attend pas du cinéma. Le type chialait toutes les larmes de son corps gras en secouant ses lèvres pour dire : "Tirez sur le pianiste". Ça me rappelle encore un autre client... Je sais je sais vous vous dites que ce que je fais n'est pas mais alors pas du tout moral... mais ceux, ceux qui donnent des prix à des romans d'Angot ou à des films pseudo indépendants nous contant l'histoire de deux pénis qui marchent, ceux-là ont-il plus d'éthique(de petite moraline) que moi ? Attention, je vous fais pas le coup du type qui descend que du salaud de première, que du super méchant pédophile, non à vrai dire, je pense que je bute plutôt des trop gentils qui ont pas eut de chatte et qui se retrouvent à valser au milieu des balles. Mais bon, c'est tout aussi immoral, voire plus, sur un champ de bataille "réel" où des petits points noirs explosent blancs sous une lumière verte, je dirais même que je suis gagnant de ce côté-là parce que j'ai au moins la bonté, dans la plupart des cas, de voir mon client en face et même de lui taper un brin de causette avant qu'il aille en tailler une plus ample avec Saint-Pierre et Mes-couilles. Je fais même des offres spéciales à ceux qui répondent bien, en janvier par exemple, une espèce de sous-directeur d'un grand groupe pharmaceutique qui fait tranquillement crever l'Afrique en balançant sa carotte trithérapique sous le nez des gosses aux ventres gros, et ben ce gars-là, il m'a récité presque entièrement Le Corbeau de Poe et dans la langue, récompense : la nuque simplement brisée alors que j'aurais dû l'amputer de quelques uns de ses membres, mais j'ai fait ça postérieurement, le légiste aurait pu le remarquer mais je m'en foutais, rien n'était stipulé de vraiment très stricte dans mon carnet de route, simplement : La mort et les mains en moins plus clik clak photo.

Parlons un peu plus de ce carnet de route justement. Vous savez dans notre milieu, les méthodes de communication évoluent aussi très vite, nous sommes passés de la petite annonce codée dans un journal local à la fréquence pirate sur la radio, puis à la clé-usb passée de la main à la main et maintenant ce qui est en vogue, c'est la "méthode Spam". Vous devez aussi en recevoir par dizaine chez vous, de ces mails qui vous invitent à acheter du Viagra pas cher ou à se faire allonger le sexe ou encore à obtenir une carte verte. Et ben moi c'est pareil, sauf que tout dans ce fatras de saloperies et d'arnaques y'en a un camouflé qui contient mon code( qui change toutes les semaines, toutes les semaines je reçois un texto, toutes les semaines je change de portable ) et quand je le repère, je clique sur le lien qui m'entraîne sur un site miroir où je peux télécharger ce fameux carnet de route, qui est codé lui aussi évidemment. Dans ce carnet de route on trouve, deux photos en noir et blanc( il n'existe pas encore de logiciel capable de faire apparaître directement les photos en couleur sans que ça puisse être tracé ), le nom du client, la façon dont je dois exécuter tout ça et aussi la somme que je recevrais si le contrat est idéalement remplis. En cas de succès(et donc dans la plupart des cas), pour qu'ils soient au courant là-haut, j'ai simplement à répondre à un de ces spams similaires à celui codé, par une phrase banale mais qui se termine obligatoirement par une lettre définie( nous avons commencé avec la lettre "a" et ainsi de suite, donc on retourne à "a" tous les 26contrats ). Les photos elles, on vient les chercher directement chez moi comme pour dire qu'il faut toujours faire gaffe à ne pas en faire.

Je me fais de l'argent c'est sûr, beaucoup, mais ça n'empêche pas la solitude, je dis pas que je le vis mal, je dis juste que je suis seul. C'est sûrement pour ça que je me suis autant intéressé à l'art et à ses escroqueries et à ses gemmes de feu. J'ai pas un coeur superbe mais je supporterais pas de m'attacher à une nana et de m'y perdre et qu'un jour je lui dise tout sur mon vrai boulot et qu'on nous retrouve plombés avant d'avoir pu atteindre la plage de notre île du Pacifique. Alors je paie aux dames leurs charmes, ça vaut mieux et puis j'ai pas à me plaindre, avec la thune que je claque dedans je peux dire qu'elles ont pas la mine ramassée comme celles des vieilles cabanes d'Europe. Y'a bien eu Line mais bon, j'ai à peine passé une semaine avec elle dans la frénésie londonienne que je me voyais déjà lui proposer de se tirer très loin, puis toujours dans mes rêves, son beau corps pale abusé par mes "collègues" pendant que je gisais là à attendre la fin et son silence. Alors je peux pas vraiment être sentimental et pour compenser je me tape une toile tous les deux jours, une femme tous les trois et j'écoute tout sauf Brahms parce qu'il est surestimé du fait de son incompétence. Je joue aussi pas mal aux jeux-vidéos, y'en a qui sont quand même pas mal balaise niveau esthétique, y'a des vrais ambiances et une vraie liberté de ton qu'on perd un peu chez les autres médias mais qui malheureusement commence à se faire très rare également dans le vidéoludique. Ma map préférée à CS c'est da_train, aussi bonne pour les snipers que pour les adeptes du desert eagle comme moi. D'ailleurs je signale à tous les planqués des rails qu'ils sont grillés à des kilo...

Fin de la bande.

lundi, octobre 01, 2007

Deux coeurs brisés sur l'Atlantique

Mais qu'est-ce que c'est que ce titre merdique ? Encore un de vos trucs guimauves à la con ?
Vous voulez quoi hein ? Faire pleurer dans les chaumière et que mon journal ne se vende plus c'est ça ? Vous voulez tous nous foutre sur la paille simplement parce que votre bonne femme a foutu à la porte une mauviette comme vous ? Allez me réécrire ça, je veux du suspense, des tripes, quelque chose, là dès le titre on sait que ça va être mou, mou comme la merde !

- ...j'ai trouvé intéressant d'évoquer ces nostalgies qui touchent les couples qui se séparent et se retrouvent tout en le transposant dans un paquebot, faire mon Titanic sans iceberg...

Rien à secouer de ces âneries à l'eau de rose, je veux que ça parle aux hommes, que ça parle à nos lecteurs bon Dieu !

-...si c'est ce que vous voulez...

Bien, fichez moi le camp.

" Il existe deux types de personnes dans ce monde. Ceux qui se la ferment et ceux qui finiront par se la fermer. Timothée Asparagus ne fait pas parti de ceux-là, s'il s'est montré très taiseux dans l'exemple précédent, c'est parce qu'il était sous acides. "

C'est encore plus nul que le texte de base bordel. Quand j'étais gosse, ah quand j'étais gosse et que mon seul souci était d'avoir les pompes dernier cri. Ma femme ne m'a pas mis à la porte, on s'est disputé certes mais on couche toujours ensemble régulièrement, je couche aussi avec une étudiante en art tous les trois semaines mais ce n'est pas ça qui m'embête. Au tout début, j'ambitionnais à autre chose qu'à mon boulot de journaliste nouvelliste dans ce canard de droite. Je visais l'universel...

En me levant ce matin, je me demande comment ils ont fait,
Ces poètes, ces planqués, comment ils ont fait pour qu'un jour
Leurs phrases puissent traverser si directement.

Par quelles torsions d'énergies ils sont passés pour m'abasourdir ainsi,
Moi et tout le reste du monde laissé sur le cul.

Vous savez, ils font des vers que l'on récite sans peine
Et qui nous filent des frissons, comme si l'éternité venait taper aux tympans.

Ils ne font rien d'autre que de décrire le vaste désarroi humain,
Ils n'utilisent pas forcément des termes difficiles d'accès,
Ils pénètrent simplement cette coquille de chair isolant l'âme.

Mon nombrilisme me pousse parfois à croire que si cela passe si bien
C'est que c'est craché sur la pellicule,
Que c'est en américain qu'ils prophétisent tandis que des lettres jaunes sous-titrent le tout,
Alors, ce serait ces sous-titres les vrais morceaux de damnation.

Mais même parfois sans le cinéma, je suis soufflé et les survivants avec,
Soufflé par l'exactitude nerveuse de leurs interrogations,
Je suis mis face à ma propre condition, comme si le canon s'approchait de ma tempe.

J'ai vu un film une fois qui nous donnait à voir tous les sourires du monde entier,
Le documentaliste en commentaire, soulignait le fait que qu'importe nos croyances et
Inclinations nous possédions tous le même rictus,
Sentier vague où se déroule nos fluides.

C'est cette universalité que j'ai toujours poursuivi en écrivant,
Dans ces caves, ces trains, ces champs,
Mais j'avais toujours l'impression de me mentir car je n'arrivais pas
A rejoindre ces autorités déconcertantes qui venaient m'aspirer
Sans me souffler à l'oreille le secret.

Comment faites-vous pour me bouleverser,
Vous vous servez bien de phalanges et d'encre et après ?
Comment vous faites pour toucher les frontières,
Les toucher si près qu'elles se réorganisent.

Je sais qu'il n'y a pas de secret, que je pourrais sans doute l'atteindre sans le sentir,
Atteindre cet état de communion, cette grâce diffusant jusqu'aux arrière-salles
Des Andes les profondeurs de ma philosophie.

En me levant ce matin, léchant ma bouche racornie,
J'ai réfléchi à toutes ces pièces sur l'atomique et le sentimental,
Sur l'incommensurable précipice de la passion humaine,
Sur ce qui racontait les montagnes, les baisers, les génocides et les anges,
Et j'ai fait une croix sur le Nirvana.

Peut-être que cette croix signe le butin de ma postérité,
Peut-être n'y a t'il qu'une large pluie de tes pas à mes chutes,
En attendant, mon ombre se sédentarise,
Parce qu'elle ne fait que te deviner.

L'infini d'une femme
Et celle de l'attentat qui devient prière
Sous les effets de succession des heures.

En me levant ce matin, j'ai oublié que je touchais la foule
A chaque reflet de mon visage dessiné sur le miroir usé,
Je touche la foule, l'agglutination humaine dans mes scandaleuses rêveries,
Je la touche en ne prêtant pas d'attention aux marées,
Marées d'ossements noirs vomis sur la plage de mes pieds nus,
Je la touche en me plongeant sous l'eau au plus fort pour déformer ces sons
Qui viennent du dehors.

Je la touche en ne tournant pas des yeux devant l'horrible et le miraculeux.

...mais ça s'est dispersé, tout le temps, je n'ai eu le droit qu'à des clameurs régionales. Qu'à une gloire rationnelle. Nous ne sommes que des vers de terre, des lombrics en voyage constant sur de la roche branlante et de la flotte limitée, et il a fallu qu'on s'entiche des étoiles. Qu'on les affiche et leur donne à manger. Viens ici et dis-moi que tu m'aimes, dis-moi que la mer sans moi n'est pas la même que la mer avec moi, dis-moi aussi que les frites avec ou sans moi sont différentes. Sur le perron, je n'ai pas osé l'embrasser, à ce moment-là au bal, je n'ai pas osé l'embrasser, au cinéma, je n'ai pas osé l'embrasser, dans cette rue d'Hambourg magnifiée par l'automne je n'ai pas osé l'embrasser, au guichet, je n'ai pas osé l'embrasser, sur la route de nuit, je n'ai pas osé l'embrasser, pendant qu'elle mangeait son hamburger, je n'ai pas osé l'embrasser, au cimetière des alouettes, je n'ai pas osé l'embrasser. Le cimetière des alouettes ? Oui, j'ai déjà utilisé le mot miroir avant donc là je palie.

Unisson

Tout se brise autour de moi, dans la grande chambre d'airain, de la désolation, des peines physiques et mentales, mélangées, abusées. Les rêves ne m'atteignent plus la tête, je me débat face à la fureur des jours lassés, nous voilà tous flingués, assis sur nos propres constats : que ce monde pourrait se faire beau, qu'il a la gueule dégueulasse. Bougies sans ombres, médinas sans saveurs, l'alcool monte, terrasse et égorge les dragueurs. Gaieté grise du ciel nu, laissant fleurir ses quelques becs assassins. Le réfectoire était fermé aujourd'hui, je n'aime pas vraiment ce qu'ils servent mais je n'ai pas trop le choix. Rouge, pelé, l'extrême orteil supplie dans sa chaussure étroite. On a beau être en sueur et déshabillés, on a beau se mettre sens dessus dessous, le vertige reste plat. Venez les lances que j'idolâtrais, venez hallebardiers de tous bords me mettre sous le nez vos lumineuses lames, que je reprenne un peu de goût dans ce sang suggéré. Bombes artisanales humidifiant les moelles, versant les enfances. Les hommes de foi se révoltent, en Birmanie, les caméras filment, captent l'importance, avant de repartir vers plus léger. Coudes, épaules, fronts, poings dévorant mon corps oscillant, mes reins se plombent, mon dos se segmentent, c'est la fête. Entrer dans un monde différent, euphorique, immaculé, joyeux, votre bouche bave au sol alors que vous jouez l'ailleurs. Veines tatoués sur des sous-vêtements bon marché, veines gravés sur les plafonds des chapelles, veines inscrites sur l'oeil droit d'Eve. Visibles canaux sanguins, lignes comestibles de la surexcitation ou de la perte. Artiste ignoré regardant artiste ignoré sur écran géant, les gens à côté, focalisés sur l'image, émus par divertissement. J'ai pleuré, je me suis divertis, j'ai gagné une trentaine de minutes sur la mort en stand-by, je t'ai quitté, j'ai gagné deux ans sur mon cancer annoncé. Ceux qui vivent ne pensent qu'à se divertir, ils crèvent pour oublier qu'ils vont crever sous peu dans leur(LA) misérable solitude. Est-ce tout ce qui nous attend, un peu de dislocation blanche, des estampes passées, des bluettes magnifiques avant la Sublimation. Salvatrices, précieuses les caresses libres du matin. Masses démesurées d'abrutis paranoïaques et égocentriques, masses démesurées de mes semblables. Désormais nous aviserons la Vierge avec pudeur et agacement, comme un or insoutenable. On me soutient que c'est loin de tout brasier, que loin de tout brasier ma sève logerait, elle ne saurait flamber et créer ses papillons splendides, ma sève serait trop liée à l'anarchie. Ma déstructuration de façade ne ferait que desservir ma déstructuration de fond. Au fond, je n'ai que de l'emmerdement et trois pousses de soleil que je garde piétement. Gogues d'électricités s'ouvrant à l'éclair froid de tes pupilles. Je suis fait comme un rat, tous faits comme des rats et des singes pathétiques, je ne sais même de quoi ont l'air les yeux dont je me plains. Les servantes ont du vite s'ennuyer de ma mauvaise conduite et de mes mains baladeuses. Mes mains, ma carcasse entière se ballade en ne trouvant rien d'autre que la sente prochaine à défroquer de plus belle. Dans l'éternelle pandiculation de mes traits, je connaîtrais bientôt les villes en chacun de leurs liliaux et poreux logogriphes. Spectaculaire pharisaïsme du paros, emphatique boulimie des mots à perruque, des mots du premier rang, des mots bien peignés et tenus au secret des seuls intimes. Nous n'en tirerons rien, excepté l'harmonie par moment, ça mérite bien nos millions de coups durs non. Priant, à l'intérieur de l'ombrageuse sternutation des interlopes, je sens que ça me traîne et ainsi m'imprime des couleurs à dupliquer sans fin.