jeudi, juillet 26, 2007

Rester sur la scène comme une machine de sexe

Fellas, je suis prêt à lever et faire ma chose (allez-y ouais !) Le wanta I entrent dans lui, homme, vous savent (allez-y !) Comme a, comme une machine de sexe, homme, (allez-y ouais !) Movin et doin elle, vous savent Est-ce que je peux la compter au loin ? (Allez-y) Un, deux, trois, quatre ! Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de sexe, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de sexe, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de sexe, (obtenir dessus vers le haut) Attendre une minute ! Secouer votre bras, puis employer votre forme Rester sur la scène comme une machine de sexe Vous avez obtenu d'avoir le sentiment sûr comme vous naissez L'obtenir ensemble, bien dessus, bien dessus. Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Hah ! Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Vous dit, vous avez dit que vous avez obtenu, Vous avez dit le sentiment, Vous avez dit le sentiment que vous avez obtenu d'obtenir Vous me donnez la fièvre « n » une sueur froide. La manière que j'aime, il est la manière il est, J'ai obtenu à les miens « n » n'inquiète pas le 'accès sien Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de sexe, (obtenir dessus vers le haut) se lèvent, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Policier ! Au cas où je prendre la 'fin de support au pont ? (Allez-y !) Prendre la 'fin de support dessus au pont ! (Fin de support de prise au pont !) Au cas où je prendre la 'fin de support au pont ? (Ouais !) Fin de support de prise 'au pont ? (Allez-y !) Me frapper maintenant ! Allons ! Rester sur la scène, comme une machine de sexe ! La manière que je l'aime est, est la manière elle est J'ai obtenu le mien, (fouille il !), il a obtenu le sien Rester sur la scène, comme une machine de lovin Rester sur la scène, comme une machine de lovin Rester sur la scène Je veux la compter outre d'une plus de fois maintenant (Allez-y !) Vous voulez entendre qu'elle l'aiment a fait sur les fellas supérieurs ? (Ouais !) Entendre qu'elle l'aiment a fait sur le dessus ? (Ouais !) La frapper maintenant ! Obtenir dessus vers le haut, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Obtenir dessus vers le haut, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de lovin, (obtenir dessus vers le haut) se lèvent, (obtenir dessus vers le haut) Goûter, (obtenir dessus vers le haut) Bein', (obtenir dessus vers le haut) Goûter, (obtenir dessus vers le haut) Bein', (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Rester sur la scène, (obtenir dessus vers le haut), comme une machine de sexe, (obtenir dessus vers le haut) Vous avez obtenu d'avoir le feelin, (obtenir dessus vers le haut) Sûr comme vous naissez, (obtenir dessus vers le haut) L'obtenir ensemble, bien dessus, bien dessus redresser dessus, bien dessus, (droit dessus, bien dessus) redresser dessus, bien dessus, (droit dessus, bien dessus) redresser dessus, bien dessus, (droit dessus, bien dessus) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Et puis, secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent, Secouer votre fabricant d'argent Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Huh ! Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Se lever, (obtenir dessus vers le haut) Pouvons nous le frappons comme nous faisions une plus de fois, à partir du dessus Pouvons nous avons frappé comme ce un plus de temps (Une plus de fois !) Une plus de fois ! Frappons-la et stopper ! (Allez-y !) Pouvons-nous la frapper et stopper ? (Ouais !) Pouvons-nous la frapper et stopper ? (Ouais !) Pouvons-nous la frapper et stopper ? (Ouais !) La frapper !

mercredi, juillet 18, 2007

La poupée nègre

Entendu que nous sommes ici dans un laboratoire. Un terrain de jeu. Un champ libre, sans grillons, sauterelles, sans cris, quelques lucioles de passage. Une chambre à éléments. Je puis donc me permettre nombre de libertés structurelles et/ou narratives. Suspense. La violoncelliste au deuxième rang arrange ses cheveux au mieux, la salle est prise dans une espèce de cacophonie magistrale. Cette euphorie fille de mes mains déliées m'offre le loisir ici et pour vous de parler du problème des pixels morts sur la PSP. Ou pas. Ou peu. Ou prou.

Un adolescent vient de se pendre.
Un autre s'essuie la chair en pensant à Natacha.

Mon grand frère lui vient de me montrer son tout nouvel écran où il peut voir des films ! L'écran fait la taille de ma paume, je vois pas vraiment l'intérêt de regarder un film sur quelque chose d'aussi petit mais il avait l'air d'y tenir alors j'ai joué au type piqué de curiosité voir même de jalousie. Pour ma part, les films se devraient d'être diffusé dans un état proche du sommeil sur la roche de longs colisées méditérranéens, et encore je pèse mes mots.

Jack Nicholson vient de signer pour un nouveau film où il interprétera un personnage fini.
L'état du monde est déprogrammé.

Gratuit ou pas ? Ajoutons du recul et de la lucidité, une noble histoire grise jouissant du spleen des souterrains, là les wagons sont propres, propices à de belles nostalgies.

J'arrivais sur la ville. La tête vidée de tous les drames qui se jouaient autour de moi. Une pluie fine s'élançait dans cette soirée vive. A ce moment là, pour tout vous dire, je me moquais totalement de ces gens qui se font exploser contre des vitrines de vendeurs de glaces et de tous les gosses suivants le souffle de l'explosion. Mes oreilles étaient chargées d'une musique douce et délicate, musique des inconnus qui voguent vers des heures pleines de promesses. On était tous là à tanguer, approchant de la ville et de ses remparts, on voyait déjà se dresser les cornes du château. Soudain, même si ce ne fut pas si soudain que ça, ce fut plutôt la suite logique d'un langoureux mouvement opéré par mon attitude, je vis une fenêtre. Embrasure creuse et crasse, pleurant des lézards d'eau sale, entourée de tags et de crimes sinistres, persienne classique de ces villes où la misère est mise au loin, là où les yeux courent moins le risque de se poser. Et je continue sur ma droite, frictionnant ma nuque et ses os, pour observer une véranda orange aux vitres larges. Cette petite chapelle surplombait la ligne de chemins de fer et la plus grosse fenêtre donnait en plein sur une de ces épaisses bobines bleues, réseaux de fer, de fils et de volts, balisant les voies. Toujours scrutateur, j'aperçus derrière de mousseux rideaux blancs un vague mouvement, vague mais toutefois suffisamment éloquent pour me confirmer que la vie fut possible en ce lieu. C'est précisément maintenant que la réflexion va viser quelque chose de supérieur.

Je me suis alors demandé ce que ça ferait de vivre là, par-dessus la voie, face à l'épais épouvantail bleu. Je n'aurais pas été le même. Peut-être que ma poésie aurait continué, que je n'aurais pas accepté ce job sous-payé, que Eleanor voudrait enfin qu'on s'installe ensemble. Si j'avais vécu dans cette véranda, cette gangue improbable, mes amis eux aussi auraient été différents. Je n'aurais pas mis mon poing dans la figure de Predrag pour qu'il arrête de peloter mon ex-femme. Comme si comme si. Quand son nez se brisait sous mes phalanges comme la cire sous le tampon, quand notre amitié s'effaçait, toutes nos nuits foutues à la poubelle en un seul sac. Ces nuits me manquent, je ne peux pas lui dire, je ne peux plus lui dire, c'est gâché. On devait avoir vingt ans, on brillait d'espoirs en tout genre, il voulait être architecte, moi écrivain, au pire journaliste. On se voyait le plus souvent l'été, le reste de l'année étant dévolu à nos études respectives et aux réseaux relationnels s'y raccordant. Mais l'été était à nous. Une bouteille de vin parfois et la bonne herbe qu'il ramenait toujours. On marchait jusqu'à trouver un bon coin où se poser, on en trouvait jamais qui nous plaisait vraiment mais on se posait toujours, sur ce qui ressemblait plus ou moins à des tertres à l'ombre de grands immeubles. Ou alors on allait plus loin et on trouvait, une butte qui nous plaçait tout en haut de la ville. On voyait ses lumières, ses machines, son silence. Et on parlait, sans arrêt, on philosophait, on parlait des femmes oui, on parlait de leurs dangers, de leurs précieux dangers, on parlait que c'était doux d'être dans leurs cous, on parlait de nos parents, on parlait de notre éducation, on parlait qu'on serait quoi qu'il arrive de biens meilleurs pères que les nôtres, on parlait de l'avenir, la nuit était douce, la ville en bas, silencieuse comme un nourrisson que l'on regarde dormir avec tendresse et on parlait de l'avenir, il me parlait de ses envies de lier la matière à l'apesanteur, de créer des hôtels aussi légers que l'air et de toutes les femmes qu'il se ferait grâce à ça, je lui parlais du roman que j'avais en préparation et aussi du recueil de nouvelles en préparation et de mes poésies, je peux même vous en donner les titres, le roman c'était : La forme de la matraque, ouais un roman de révolte, les nouvelles : Désoeuvrements...ce que je ne disais pas, ce qu'on ne disait pas c'était le plaisir, le profond bonheur qui s'enfouissait en nous à partager ces moments, nos nuits, ces portions de paradis suspendus dans le temps. Des fois j'en étais tellement euphorique que j'en criais, je gueulais je gueulais et lui se mettait alors aussi à hurler et nos coeurs doublaient, triplaient, quadruplaient de volume tandis qu'on imaginait les rues en contrebas réveillées par nos cris. Tout ça résumé en un poing dans la gueule. Comme si comme si. Comme si j'avais pu empêcher mon ex-femme d'être attiré par Predrag, c'était un mec génial et même s'il n'était pas devenu architecte, il travaillait pour un cabinet alors que pour moi mon premier roman était toujours au premier chapitre comme les deux autres entamés plus tard. J'étais incapable de finir ce que je commençais sauf ce soir là où mon poing acheva de plonger mon seul véritable ami dans la case souvenir. Leur histoire n'a pas duré mais c'était trop tard pour tout. Je l'ai revu une fois, à Noël, les mains étaient froides et les sourires faussés, ce Noël-ci dans cette grande salle, il fut gâché aussi. Nous étions devenus des poisons l'un pour l'autre, j'aurais pu essayé de crier mais à quoi bon. On se détestait. Le voir présent me rendait terriblement amer, pareil pour lui. Après ce Noël, la plupart de nos "amis" se sont arrangés pour qu'on ne se trouve plus dans le même périmètre, histoire de conserver l'ambiance. Tout compte fait, avec du recul je me dis que je n'aurais pas voulu vivre là-bas, dans la véranda côté-voie. Je ne veux pas vraiment d'autre ami, j'aurais simplement aimé être plus naïf en voyant Miranda rire aux blagues de Predrag. Ainsi, en m'approchant de la ville, je penserais à tous ceux qui y vivent et qui il y a quelques années furent réveillés par les incantations de deux jeunes cons secoués d'ivresse : le plus grand des écrivains et le plus grand des architectes.

Nous sommes dans une région qu'aucun satellite au monde n'a encore détecté. On ne devine pas notre population. Il n'y a pas trace de notre monnaie. Guère plus d'informations filtrent quand à nos religions. Nous sommes les nations de pages blanches qu'il nous faut noircir pour éclaircir le jeu. Au fond, cette véranda orange, a peut-être été construite par Predrag même. Au fond, rien ne nous indique que la silhouette qu'il voit bouger discrètement ne soit pas lui. Je m'engouffrais dans les tripes de la cité. Péniblement, ma tête s'inclina vers ce plastique posé près de moi, dedans un grand carton pris dans un film plastique sur le devant, sûrement un cadeau d'anniversaire ai-je pensé. A l'intérieur, ficelée et articulée, rien d'autre qu'une poupée nègre.

lundi, juillet 16, 2007

"Elle palpite"

- Ces temps derniers, j'ai souvent une veine qui bat sur le front. Elle palpite. Une espèce de pulsation rapide, tu vois ? Je ne sais pas si ça t'est déjà arrivé, à toi. C'est affreux, mais ne peux pas m'empêcher de penser qu'un de ces jours je vais faire un transport du cerveau, ou quelque chose dans ce goût-là. Ce n'est pas comme ça que ça débute ? Un vaisseau du front qui éclate ? C'est probablement ce qui finira par m'arriver. Ma mère, ma grand-mère et une de mes tantes sont mortes d'un transport au cerveau. Il y a toujours eu un taux élevé d'accidents cérébrovasculaires dans ma famille. Quelquefois, c'est de famille, tu sais. Ça peut être congénital, comme les maladies de coeur, l'obésité et tout le reste. Enfin, de toute façon, il faudra bien que je meure un jour, poursuit-elle. Et si ça se trouve, ça sera de ça : une crise d'apoplexie. Oui, c'est sans doute de ça que je mourrai. Et j'ai bien l'impression que cette veine qui palpite en est le signe avant-coureur. D'abord, elle ne fait que sautiller imperceptiblement, comme pour attirer mon attention, et soudain elle se met à battre à toute allure. Tic-tic-tic-tic. Ça me panique complètement. Il faudrait vraiment qu'on renonce à cette saleté de tabac avant qu'il soit trop tard.
Elle regarde ce qui reste de sa cigarette, l'écrase dans le cendrier, et s'efforce de chasser la fumée de la main.
Allongé sur le dos, je contemple le plafond en me disant que c'est le genre de conversation qu'on ne peut avoir qu'à cinq heures du matin. Il me semble que je devrais y mettre mon grain de sel.


Raymond Carver, Whoever Was Using this Bed(Débranchés), p55
16ème ligne

dimanche, juillet 15, 2007

Birds himself

Faudrait connaître les cirques dorés des pylônes illuminés,
Vivre dans les foins
Le double reflet d'une blonde qu'on a roulé dans le sel
Les plumes cuivrent
Quand les oiseaux chutent dans ce sable humide
Loin au pied
Des miroirs boueux des lires

Infinitifs

Lux :

Des Nations entières de bouleversements climatiques et de cancers marbrés
Des hordes de vauriens, de traînes-valise marchant brumeux le long du rêve
La corde au cou à mes requins
Elle s'y frotte
J'y trouve six pics et une reine,
Des cartes meurent sous les buissons près des pelures d'orange,
Au dos le Golden Gate en images,
Tyrannique
Qu'on me le déblaie des versants de ma satisfaction
Gîtes où vivent mes grands-parents,
Quiets et distants
Comme ces billes d'un rouge vif qui attirent les enfants
Car il y a du poison dedans,
Nombre de regrets que je n'ai pas su élucider,
L'acidité est une crosse qui brille,
Pareille à un cadavre nu et désarticulé
Par cette chaleur fictive.

mercredi, juillet 11, 2007

On n'éclaire pas le silence avec du sel

Je ne sais comment s'est arrivé.
Mon héros se demande alors ce qui s'est passé, pourquoi la chaussée était devenue glissante précisément à ce moment, quelle somme d'évènements environnementaux d'importances diverses s'était bousculée pour qu'à l'instant même il se retrouve paralysé, sans pouvoir lever la tête pour le ciel ou la télé.
Certes, je n'étais pas un bon chrétien, ni un excellent père et j'avais frappé ma femme une fois un soir de cuite mais je n'étais pas non plus une ordure, un criminel bas du front, j'étais pas un type qui méritait que la fée du destin le transforme en légume.
Il se dit que toutes ses microéxactions n'auraient pas du avoir pour conséquence un tel traitement, il se crée sa propre justice, sa propre injustice, justice des cieux où les bons roulent en cabriolet et ou les mauvais, les racailles, pourrissent en prison à aimer d'autres hommes.
Pourquoi moi ?
Pourquoi pas lui ? Jésus s'est tapé un long trip sur une croix, Gandhi était maigre comme un clou, Kennedy s'est fait assassiné, le Comte de Lisle n'a jamais été reconnu alors pourquoi l'humanité s'indignerait qu'un ouvrier moyen se retrouve en chaise roulante. Il devrait en profiter. Il a beaucoup de chances, plongé dans un espace démesurément propice à la remise en question, au coeur de son impasse physique, de sa camisole psychomotrice il va pouvoir réfléchir, regretter, se souvenir, pleurer, bref, éprouver. Il n'était plus qu'une boîte humaine qui sortait chaque matin sous un soleil uniforme qui riait aux mêmes genre de blagues des collègues et bandait pour les mêmes seins tous les soirs. Maintenant qu'il est immobile, il va pouvoir regarder tout autour.
Je marchais, tranquille, je venais de m'acheter des clopes puis ensuite, une légère impression de glissement. Regardez-moi maintenant ! Je ne suis plus rien ! Un légume ! Un machin mort qu'on laisse pourrir au frais ! Un déchet ! Je ne peux même plus jouer avec mon fils ou embrasser ma femme ! D'ailleurs elle est partie et avec le gosse sous le bras et moi qu'est-ce que j'y peux ? Elle a eu raison, ce n'est pas sain d'avoir une commode parlante pour paternel, ce n'est pas sain d'être l'amante d'un corps vide.
Bon sang, qu'il se rétablit vite, pense aussi à dire que si elle t'a quitté ça signifie sûrement que c'est elle le corps vide.
Mais non tu te trompes, je ne peux pas lui en vouloir, toi par exemple, on te propose de te marier avec une paraplégique, de la faire pisser toutes les trois heures, de la laver tous les matins, de lui brosser les dents après chaque repas et de la pousser devant toi comme une présence baveuse à chaque fois que tu vas faire tes courses ? Qu'est-ce que tu ferais ? Tu dirais non à moins qu'elle soit plein aux as et sur le point de crever, c'est pour ça que je n'en veux pas à ma femme d'avoir voulu faire sa vie plutôt que d'assister ma mort.
Votre lucidité est étonnante.
Cela va bientôt faire six mois vous savez, l'année du suicide est passée, on dit qu'elle vient tous les cinq ans, et tous les cinq ans il va falloir être encore plus fort. Actuellement, je passe le plus clair de mon temps à lire(quasiment deux ouvrages par jour) et à regarder par la fenêtre le balancement des saisons, les fleurs qui disent oui, l'herbe qui rechigne à la pluie et tous mes amis qui traînent, passants paisibles et chaleureux de mon souvenir intense.
Vous n'êtes pas vraiment seul vous le savez.
Si, je le suis. Mais je me console en me disant que nous sommes tous plus au moins seul, prenez mon docteur, il joue merveilleusement à la compassion mais je sais qu'il ne fait que ça pour le joli montant de fin de mois : parce que du joli montant de fin de mois dépend le collier de diamant et du collier de diamant dépend la si jeune et si excitante actrice aux cheveux décolorés qui a le goût du luxe et elle a bien raison, y'a rien de plus triste qu'une chambre d'hôpital, quand on pense à tous ses palaces j'en ai la chair de poule; m'enfin voyez, si on enlève son cash mensuel à mon docteur, il perd la femme et se retrouve tout seul, seulement lui il ne prend pas le temps de s'arrêter pour poser sa truffe sur les seins de la nature, de la simplicité, non lui il faut qu'il retourne directement aux fourneaux pour se retrouver une nouvelle perle assoiffée d'or que notre société profondément consumériste produit à la chaîne. Et encore, je sais que l'exemple que j'ai utilisé est d'un manichéisme affligeant et que même mon simili de sagesse est manichéen, ma façon de voir les choses, ma clairvoyance était prévisible, une mécanique déjà établie et ce depuis l'accident, ce n'est pas le destin, c'est simplement notre foutue humanité, parce qu'il faut sans cesse qu'on se surpasse pour découvrir les vérités de ce monde, parce qu'il fallait obligatoirement que je m'en sorte par l'esprit, parce que c'est ça la force, la volonté de vivre. La vérité c'est que j'aimerais mourir mais bon que voulez-vous faut bien faire semblant même en étant cloué dans un lit de clinique 24h/24.
Mais la vie...
Et ces machines, ces tubes, je n'en peux plus de respirer.
C'est censé être tous les cinq ans...et pourtant ça continue.
A l'année prochaine " Putain pourquoi moi bordel, allez tous vous faire foutre, saloperies de respiration artificielle, et ma femme quelle salope elle m'a privé de mon gosse, ah celui là si j'avais eu le temps de le mater, t'aurais vu j'en aurais pas fait une fiotte fils à maman..."

dimanche, juillet 08, 2007

Croisière transcendantale : Expérience 01

Beaucoup de mes fans, désireux d'apprendre de nouvelles choses sur l'humanité toute entière m'ont envoyé des lettres réconfortantes se terminant par un souhait précis, ce souhait, offrande délicieuse, était que je détaille un peu les jeux brinquebalants dans l'écriture, j'ai réfléchi longtemps et aujourd'hui, maintenant, à l'instant où mes doigts jouent la mécanique je m'en vais leur répondre.

Situation classique : Un homme rentre dans un café
Lieux et dates : Indéterminés
Beauté : Pourquoi pas

On part donc de ce constat : Un homme rentre dans un café. Ensuite tout s'enchaîne plus ou moins de façon simple dans l'esprit du lecteur ameuté par cette première phrase. Des questions banales et logiques entrent inconsciemment dans son volume attentionnel : Pourquoi rentre-t-il dans ce café ? Qui est-il ? Nous savons que c'est un homme mais quel genre d'homme au juste ? Est-il du genre à se sentir gêné quand il se réveille avant tout le monde tellement qu'il reste à faire semblant jusqu'à ce que quelqu'un d'autre ouvre les yeux ou bien est-il du genre à se lever en premier et à toussoter de plus en plus fort jusqu'à la libération incarnée dans cette jeune fille décoiffée LES YEUX DANS LE VAGUE ? Mettons simplement qu'il y rentre.

Il est dans ce café, assis à une table, il n'a l'air ni fatigué ni bougon ni totalement épanoui, il est juste assis comme des millions d'âme à une table. Attend-il sa fiancée ? Ou sa future ? Ou bien est-il là pour un rendez-vous d'affaires ou pour l'échange d'une mallette ? Comment est le café au fait ? S'il se présente comme une bouche ample et dorée pareille à ces palaces viennois est-ce que ça nous aidera ? Si c'est un de ces vieux troquets cabossé qui recueille toute la fange, tous les culs usés à la trogne rougeaude, est-ce que nous en saurons d'avantage sur ses motivations ? Ce rade pourri peut très bien être un lieu de transition, en attendant la bonne heure devant un plus ou moins bon verre. Il faut faire attention à ce qu'il boit, le cépage dans lequel il décidera de baigner ses lèvres contient une inestimable somme d'informations : S'il boit du café : il est sûrement accroc, en manque de speed, sentimental et puissant. S'il boit de l'eau : il doit se reprocher quelque chose ou bien il a arrêté la boisson depuis peu. S'il boit de l'alcool : il est maintenant sûr qu'il n'est pas musulman ou bien essaie-t-il de ne plus l'être en défiant les règles. S'il boit du whisky sans glace : c'est un homme un vrai et pas un godelureau à la petite semaine, c'est un type qui en a vu passé des deuils et des magistratures, un homme qui sait comment une femme se baise. S'il boit du lait : c'est un anticonformiste classe comme on en voit souvent dans les westerns, du genre génie du meurtre à l'esprit affûté.

Cela fait maintenant une heure qu'il est là, il a commandé un chocolat liégeois. Il est européen c'est sûr ou du moins il en a les habitudes, il est ami du raffinement et il n'attend sûrement pas une future conquête, le chocolat est une boisson peu présentable aux donzelles, à moins qu'il n'ai pris froid et ai décidé d'assurer le coup en se payant ses gorgées chaudes. La serveuse, est-ce qu'il l'a regardé ? Est-ce qu'elle a les seins lourds ? Ah ça y est, il la regarde, la détaille vaguement sans plus d'efforts que ça, il la regarde comme la plupart des serveuses et autres êtres humains sont regardés : En s'en foutant. A ce stade, l'homme est un inconnu dans un lieu inconnu buvant un chocolat liégeois avec une parfaite indolence. Ses vêtements ? Il peut très bien porter une gabardine, ou non il serait plutôt homme à vêtir redingote, très vieille école. Attendez, rien ne nous indique pour le moment qu'on ne soit pas fiché en plein dans le 19ème siècle ou début 20ème. Regarde attentivement, non pas d'écrans bruyants diffusants les matchs, pas de flippers, pas même de stéréo, rien que le lointain murmure des autres clients. Le chocolat liégeois reste notre indice le plus riche, cette boisson étant en effet assez rare, on peut facilement deviner que nous nous trouvons en Europe ou dans l'un de ces bars français snobs à souhait dont regorge San Francisco et autres cités artificielles du type Tokyo ou Hollywood. L'auteur n'a pas encore mis l'accent sur quelque autre personnage, nous avons seulement en face de nous ce personnage inconnu dégustant son chocolat par petites gorgées sucrées. La chantilly ? Comment s'en est-il débarrassé ? J'aurais du être plus attentif ! Si j'avais vu comment il l'avait fait disparaître, j'aurais pu en savoir des choses...Chantilly consommée directement à la cuillère comme de la glace : personne épicurienne et impatiente / Chantilly consommée noyée : personne aimant les contrastes chaud-froid (psychanalytiquement le chaud-froid représente le couple père-mère, on peut donc dire en extrapolant quelque peu que la paix de ce personnage repose sur la bonne entente de ses parents) et les grands mélanges, soit possiblement ouverte sexuellement...

Mais je n'ai pas vu comment il s'y est pris et l'auteur n'est pas du genre à s'arrêter sur quelques cygnes séchant dans la paume de la cuillère. On entend la circulation, les moteurs respirer sur le pavé, ce grondement est toutefois tamisé par l'aménagement judicieux de l'endroit. La circulation ? Des moteurs ? Mais des moteurs comment ? A explosion ? A essence ? Diesel ? Des moteurs cachant des tempêtes ou de maigres vents ? Aménagement judicieux de l'endroit ? Mes intuitions sont bonnes, nous ne sommes pas dans un de ces lieux paillards où les ouvriers ronds comme des vinyles défragmentent leur solitude, non ici nous sommes au sein d'une niche chic, étudiée avec goût, un lieu lyrique où les toilettes sont lavées toutes les deux heures sans que personne ne s'en rende compte, on doit y parler violon et clarinette, il a du y passer nombre de chefs d'État fameux ou en disgrâce, d'artistes en pleines gloires, de couples pleins aux as et aussi un nombre incertain de mafiosos flambeurs. Des livres se sont sans doute écrits ici, peut-être même sur cette chaise sur laquelle Adolphe Malivoir semble attendre on ne sait quoi. Adolphe Malivoir ? L'auteur nous a enfin donné son nom bon Dieu ! Adolphe Malivoir. Hmmm. Adolphe, A-D-O-L-P-H-E, P-H-E pas F toute comparaison est donc fortuite, malgré tout Adolphe demeure marqué d'une douce aristocratie mais en ces jours où tout va si vite à émettre et à copuler on peut très bien s'appeler Adolphe et résider en HLM. Mais malgré tout, le chocolat liégeois, l'aménagement judicieux et Adolphe, il ne fait plus de doute, ce type a les moyens, il en devient d'un coup presque fat et ennuyeux. Malivoir, il n'est pas nécessaire d'être professeur es onomastique pour comprendre les douleurs éburnéennes réfugiées dans ce patronyme. En gros, Mal Ivoire, ou bien est-ce Mal Y Voir, voilà pourquoi nous sommes trompés depuis le début. Ou bien est-ce juste Adolphe Malivoir et ce serait mal y voir que de croire qu'il y a une signification là-dessous alors qu'il s'agit de la réutilisation d'un nom aux consonances sympas d'un fusillé des chemins de fer. Une plaque avec ce nom gravée est visible à la gare de Serqueux, Seine-Maritime.

Une femme s'est assise face à lui. Une femme ? Ahah je m'en doutais sacré Adolphe, un vrai bourreau des coeurs, elle aurait beau faire, cette nuit elle finira dans ton pieu à en redemander. Une femme. Une femme. Ce n'est pas une femme rayonnante, brillante, souriante, pieuse, décadente, belle, attirante, c'est une femme. Elle peut donc tout être : femme d'affaires, femme terroriste, lesbienne, sportive, moche, ancienne actrice porno, Laura Morante, la toute nouvelle petite amie d'Adolphe Malivoir. La serveuse a débarrassé la tasse de chocolat vide à l'intérieur de laquelle se sont abattues deux vagues de chocolat noir sur ces récifs nacrés, la femme en a profité pour commander un diabolo fraise - toujours aucun regard pour la serveuse qui est pourtant sensuelle au possible avec sa chemise blanche et ses longs cheveux de son- Elle aime le rouge, les bulles, le sucré, cette femme veut séduire tout en restant enfantine. Adolphe doit être un poil plus vieux qu'elle et elle veut jouer là-dessus. La discussion a commencé. Que se disent-ils ? Pourquoi est-ce que je ne vois rien de cette conversation ? Me voilà dans les rues de Stockholm, que de détails sur cette ville solaire, que d'arrêts sur image pour admirer les poses halées sur les visages des jeunes filles. On passe par une boutique de jouets à l'abandon, par une longue réflexion sur tous ces trésors qui partent. Quand soudain, un homme rentre dans un café.
La femme est déjà à la table, assise, le regard un peu flou, dissimulé dans la fumée ambiante de ce lieu de grouille. Les nappes sonores se superposent maladroitement, des cris fusent au creux des rires voisins, des pleurs traversent des discussions sur l'émission de télé-réalité à la mode, des coups de poings dansent près des échanges froids entre deux génies frustrées, toutes ces voix s'éclaboussent et déjà la femme est sortie du café et il faut pour l'homme courir, la rattraper à tout prix, on ne sait pas encore pourquoi mais il le faut. L'homme sort et court sur ces pavés blanchis par l'été mais le taxi file au loin. Je ne pourrais pas l'avoir. Le coeur de l'homme se serre, Adolphe a vraiment pas assuré sur ce coup là. Plein de rage et de regrets, il essaie de l'appeler sur son cellphone une bonne centaine de fois, rien à faire. Alors il laisse un message sur son répondeur : Rendez-vous au café des Roses Blanches. Une larme coule sur sa joue gauche, une larme puis un sourire, cela faisait bien une dizaine d'années qu'il n'avait pas pleuré pour une bonne raison, une femme. Il ne l'a pas trompé, non, il lui avait simplement promis de venir en avance cette fois-ci mais manque de bol faute au métro, il avait eu plus de retard que d'habitude, c'était de sa faute mais pas vraiment. Il savait qu'elle en ferait toute une tragédie en trois actes et qu'elle fouterait le camp après une grande engueulade, elle était comme ça, ça lui plaisait, il l'aimait pour ça.

Vous savez maintenant pourquoi l'homme rentre dans ce café. Vous connaissez les secrets de sa décontraction, leur discussion vous devez la deviner aussi. A moins que cette femme ne soit pas la bonne et que cet Adolphe-ci n'ai jamais été en Suède de toute sa vie.